Douceurs féminines

Dans le vélo ya pas que des filles. Ah ça non ! Les fédérations sportives voudraient bien en avoir un peu plus… et s’y prennent mal. La preuve, elles ne rencontrent aucun succès… Les filles sont parties ailleurs ! 

La FFC, ceux de la course et du tour de France, ceux de la compète d’où les femmes sont exclues, se lance. Elle a lancé cet été une campagne de publicité sur le thème des « Miss cyclettes » comme on a eu Moulinex qui libérait la femme, ou la douce mère de famille valeureuse sous Vichy. Sur le coup j’avoue que j’ai cru à une des blagues -mauvaises- d’une fédération qui se cherche un avenir, j’ai nommé la FF… vélo. Eh ben non, c’est les autres. Peu importe,  les princesses de la douceur auront leurs zévénements, et pis aussi leurs accessoires de mode…. Pour en savoir plus il vous faut aller suivre les fils twitter. Elles font du vélo précise : « C’est une tête bien connue, depuis des années. Ici états généraux #cyclismeféminin 2017, sans analyse des résultats malgré notre demande répétée. » 

C’est sur le fil de Mathilde Robert que cela a été révélé. Les deux, avec Elles font du vélo, se complètent. C’est Mathilde qui nous donne le lien vers le dossier de presse, dont le titre est (ça va faire rigoler les dissidents de la FFvélo. Souvenez-vous du 16 mai 2018 quand la FFCT a dit qu’elle ne voulait plus changer que son image) :  Plan de féminisation, nouveau nom et nouvelle identité visuelle. Il dit un peu n’importe quoi, d’ailleurs. Par exemple : « La Fédération milite depuis toujours pour la parité dans le sport cycliste et encourage la pratique féminine, dans toutes ses disciplines et sous toutes ses formes, qu’elle soit compétitive ou de loisir. » Dans le calendrier du dernier trimestre 2019, sous l’onglet Calendrier Dames il n’y a pas une seule date.  

Une marque communautaire intergénérationnelle
« Les Missyclettes » reflètent la femme d’aujourd’hui, la jeune fille, de la fillette à la maman, la working girl sensible aux nouvelles tendances, la femme fidèle à la tradition. La femme dans toute sa dimension fragile et combattive, en quête de nouveaux défis. (…)
(elles) représentent des valeurs : la liberté, l’autonomie, le sport, la santé, la douceur, la convivialité, le challenge, le partage.
(…) une marque de produits dérivés adaptés aux besoins de la femme et aux tendances de la mode. et 2 erreurs de ponctuation.

Moi je vous dégotte la dernière page du dossier de presse… et qu’y vois-je ? oh le beau vélo de dame !!!! Elles sont si charmantes, faut pas les brusquer … Ben quoi c’est une illustration. Ah bon ? t’es sûr? 

« Le cyclisme féminin balaye les enjeux de la société d’aujourd’hui et les enjeux du sport
avec une Vision des jeux Olympiques 2024. »

Quant à nos amies de la FFvelo c’est étrangement la même chose. L’événement annuel réservé aux femmes (les hommes peuvent aider) s’affiche en rose, en vélo de ville et en timide violette. Toulouse a bon dos, ou alors ça tombe trop bien.

Ces rapprochements FFCyclisme et FFvélo sont troublants et pourraient présager d’autres rapprochements. Déjà que les directeurs techniques passent de l’un à l’autre, Jean-Michel Richefort, ancien directeur technique à la FFCT est aujourd’hui responsable à la FFC de la commission Cyclisme pour tous; Isabelle Gautheron qui lui succède à la FFCT est une ancienne coureuse cycliste sur piste, médaille de bronze aux championnats du monde de vitesse de 1989. « Membre de l’équipe de France de 1982 à 1994, elle a fait partie du comité directeur de la FFC de 1984 à 1992 » nous dit Wikipedia.

Deux fédérations qui veulent élargir leur domaine, la FFC au « loisir », la FFVélo à « toutes les formes » de pratique du vélo1 (sauf la compétition prend-elle soin de préciser), deux fédérations qui tentent de faire adhérer les femmes (aujourd’hui 10 à 20% des licenciés), dépendent du même ministère (des Sports) et dont les dirigeants sont interchangeables …

L’une, la FFC, qui prépare l’équipe de France aux Jeux Olympiques, l’autre, la FFCT ou FFvélo, qui ne jure que par son « année olympique » (« Nous vous invitons à relever un défi européen, en amont des prochains Jeux Olympiques de Paris« ) et fait partie du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) … tout en ayant trois types d’adhésion, balade, rando et sport, les deux dernières n’étant accessibles qu’avec un certificat médical… 

Terminons par une pointe d’humour … sur le fil de Mathilde Robert.

Chez les marchands c’est pas toujours mieux

Voici un extrait de la publicité que j’ai reçue il y a quelques jours :
 
Après l’actuel modèle Sport, (…) développe un nouveau design : L’Urbain. Cadre ouvert, guidon tournant plus souple, il assurera une conduite plus douce et tranquille. Ce nouveau concept électrique propre à la pratique du vélo par la gente féminine, donnera l’occasion aux femmes d’être plus à l’aise. 
Comme c’est gentil de leur part (et ridicule) !!!
 

Les filles s’en fichent, elles sont parties ailleurs!

Quant aux filles je crois qu’elles s’en fichent. Elles font de l’ultra-distance, sont pilote au concours des Machines, sont cadreuses ou mécaniciennes,  coursières ou détentrice de records, ont leurs clubs (des « équipes de cyclistes spontanées ») qui n’existent que sur les réseaux sociaux (voir ici) autour de marques de vêtement (Rapha Women’s 100), ou tels que les GOW (Girls on Wheels – voir leurs sorties nocturnes sur youtube -), ou le Women’s Cycling Club (A vélo entre filles) créé à Paris, Nantes, Biarritz et Reims sur Meetup… Avec Donnons des ailes au vélo elles recréent le Tour de France féminin, arrêté en 1989. Avec Les Bornées elles créent une équipe et une agence d’influence. Elles ont même leurs medias (Elles font du vélo, Lsports) et leurs livres ! Et même leur mode citadine : Edmée, Cyclamelle, ni l’une ni l’autre ne faisant spécialement dans la douceur comme vous verrez, ou Tucano-urbano, avec une gamme ciblée chic et pleine d’expérience. Sa nouvelle parka féminine semble avoir tiré profit de mes remarques.

Qu’en pensez-vous Elisabeth, Barbara, Silvi, Sandrine, Sophie et les autres … ? Et Fiona Kolbinger (voir son portrait dans Le Monde : « J’étais (…) fabuleusement heureuse. »), arrivée première de la transcontinental race 2019 (11 heures d’avance sur le second !), et ayant enchainé sur le Paris-Brest-Paris sans problème … Peu se posent la question d’une adhésion, sauf peut-être pour l’assurance. Ces messieurs des fédérations peuvent faire ce qu’ils veulent, se rapprocher ou afficher leur sexisme, les femmes sont déjà ailleurs. Hors vieilles structures, pour la plupart, et tout simplement. Et je peux vous le dire : Elles sont magnifiques. 

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Dernière heure : 

La vitesse de 122,12 km/heure vient d’être atteinte par une jeune femme, étudiante à Utrecht. C’etait sur la « piste » du Nevada, USA, en vélo carrené, nous a informés Elles font du vélo le 11 septembre. Voir @ellesfontduvelo – Quant à la vitesse de 124,07 km/h, elle vient d’être atteinte par la Française Llona Peltier, sur altaïr, à l’IUT d’Annecy. Voir ici.  

Sans rentrer dans les détails, je découvre ce soir 15 septembre ceci : Tour Cycliste Féminin International de l’Ardèche 17ème édition : « Depuis l’année dernière le Tour est classé en 2.1 par l’UCI (Union Cycliste Internationale). » Il est au niveau du Tour de France, est-il assuré, et c’est en ce moment. Il n’apparaît pas dans le site de la FFC, mais le journal l’Express (15 septembre) nous fournit une bonne analyse du rôle de cette compétition. Les deux derniers paragraphes disent en résumé la même chose que l’article dont vous terminez la lecture. 

Note

  1. « le souhait profond de dynamiser en rassemblant toutes les pratiques (du vélo de route au VTT en passant par le vélo à assistance électrique) et tous les pratiquants (de tous les âges, femmes et hommes). Notre priorité est de faire du vélo un véritable mode de vie en France ! La FFVélo rassemble autour de ses valeurs que sont la convivialité, le partage, le sport, le plaisir et la découverte ! » dans La FFCT lance la FFVélo pour renforcer la dynamique vélo !
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7 réflexions au sujet de “Douceurs féminines”

  1. Bonjour, ça a l’air intéressant, mais malheureusement je n’arrive pas à tout comprendre. Je pense qu’il y a énormément d’allusions ironiques que comprendront les initié-es. Donc on perd le fil et on ne sait plus ce qui est ironique et ce qui est vrai. Toujours est-il que le sujet du washing pratiqué par la fff mérite toute l’attention

    • Vraiment désolée, c’est vrai qu’on oublie souvent de penser aux lecteurs non-initiés. Ici il y a de la vieille ironie, en effet, mais tout est quand même à prendre au premier degré, rien n’a été inventé. L’usage du mot « féminine », c’est parceque c’est comme ça que la FFCT appelle les dames : « X participants, dont X féminines et X jeunes ». Dames et jeunes sont donc considérés à part, la norme étant ceux que j’appelle « les masculins ».

  2. Petite correction, c’est l’IUT de Annecy.
    Ilona Peltier étant encore débutante dans ce type d’épreuve, elle est probablement capable de dépasser son 124km/h.

  3. Bonjour Isabelle, quid de la FUB où la parité est assurée au CA et dans l’équipe de salarié-e-s ? et je pense qu’il en est tout autant du côté de l’heureux cyclage (à vérifier car je ne peux l’affirmer personnellement).

  4. Les ateliers vélos participatifs sont, dans le domaine du vélo, aussi souvent des lieux de lutte contre les stéréotypes de genre et les rapports de domination sexistes. Voir le wiklou.

  5. Si, si, Cyclamelle fait aussi dans la douceur : des vêtements qui méritent d’être essayés ! Les tissus stretch de la collection Amtsterdam offrent une douceur incomparable alliée à une liberté de mouvement stupéfiante. Le style de la ville mais le confort des tenues de sport.

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