FFCT : un coup de force qui a failli mal tourner

FFCT : gros cafouillage au sommet. La fédération française de cyclotourisme, vieille de presque 100 ans, est une grande famille à laquelle beaucoup sont attachés quoi qu’il arrive. Etre dirigeant n’est pas toujours facile non plus, mais cette fois-ci la bourde semble vraiment énorme. Elle a voulu changer de nom sans en avertir ses adhérents, sans les consulter et sans passer par les procédures réglementaires. Elle a aussi donné l’impression de vouloir chapeauter toutes les activités de vélo en France… Une conférence de presse devait présenter ces changements, mais entre deux ça avait sérieusement tangué.

La FFCT, Fédération Française de CycloTourisme, a failli devenir la FFvélo, afin de “renforcer la dynamique vélo”. La lettre d’’invitation du 23 avril pour la conférence de presse qui devait l’annoncer est claire, « La FFCT devient la FFVélo pour renforcer la dynamique vélo ! ». Mais dès le 9 mai le texte a changé, on parle désormais de « nouvelle identité visuelle » et l’invitation ne porte plus que sur l’observatoire du tourisme à vélo. L’adresse est pourtant déjà passée en @ffvelo.fr. mais on a renoncé à s’occuper de l’ensemble du vélo.

Martine Cano, la présidente, parlera des actions à venir de la … FFvélo.

 

Que s’est-il passé entre les deux ?

Les clubs apprennent le changement d’identité une fois les adresses électroniques changées, et imposées, et la nouvelle papeterie livrée. Ça n’a pas beaucoup plu, ça discute sec, des « piliers » claquent la porte,  il se dit même que ce changement de nom n’aurait pu être fait du vivant de Pierre Roques (figure tutélaire décédée en janvier dernier) ou de Samuel Neulet (ancien monsieur sécurité). La fédé se moque-t-elle de ses adhérents ?

Les réseaux sociaux s’en mêlent et certains comprennent que la FFCT veut chapeauter tout ce qui s’appelle de près ou de loin « vélo ». On explique qu’en effet on ne fait pas, ou plus, du tourisme mais du vélo (sur route, en VTT, VTC, VAE…). Les principaux intéressés, associations de cyclistes ou de cyclo-randonneurs tels que Fub, AF3V, CTE ou CCI, ne sont pas au courant, n’ont pas été informés et ne manifestent d’ailleurs pas un grand intérêt pour la question. Mais d’autres s’affolent, mettant en avant par exemple que les avis de la FFCT sur les aménagements ne sont pas ceux, et de loin, de cyclistes urbains. 

En interne on s’étonne qu’une telle décision puisse avoir été prise sans débat ni assemblée générale extraordinaire, et nul ne semble douter que la décision soit irrévocable. « Tout cela provient sans doute de la panique causée par la baisse des effectifs (phénomène pourtant général pour toutes les associations) qu’on veut compenser par des mesures destinées à ratisser le plus large possible, comme précédemment la licence « sportive » permettant de faire des compétitions : on a l’impression que nos dirigeants ont perdu les pédales ! «  écrit un adhérent respecté. 

La fédé a connu en 2017 une grave hémorragie de membres : 43 clubs ont disparu, soit par dissolution pour cause d’âge, soit par migration vers l’UFOLEP, plus ouvertement sportive. 20 clubs nouveaux, certes, mais au total perte de 2400 adhérents l’année dernière sur un effectif d’environ 120 000. « Un déclin puissant puisqu’en une année entre 2016 et 2017, ses effectifs ont fondu de 2400 licenciés la ramenant près de dix ans en arrière. Bon an, mal an, la FFCT progressait de 500 nouveaux licenciés chaque année. Subitement, elle en perd 2400! » écrit Max Tissot sur son blog. Les clubs sont vieillissants et majoritairement masculins, ce n’est pas un secret. Pourtant, affiliée au secteur sportif, la fédé ne jure que par les Jeux olympiques. 

La conférence de presse du 16 mai 2018

La rébellion a fait son effet. En urgence on refait le dossier de presse, puisque conférence de presse il y a. Lors de cette conférence, hier, le poisson a failli être noyé. Longuement fut présentée une triple enquête sur les pratiques des pratiquants d’où il ressort que l’on change de vélo tous les 5 ans en moyenne, que 40 % des pratiquants vivent à la campagne et font des « sorties » de moins de 3 heures1. De % en % eux-même de %, on n’y voit pas très clair mais l’essentiel est de ne parler que de ça, ainsi que de deux événements annuels organisés par la fédé, la fête du vélo et le semaine fédérale.

Si on avait pu ne pas parler du drame qui s’est joué les jours derniers, et d’une décision annulée qui devait être annoncée pas annulée à la presse, personne n’y aurait rien vu. Vélo, après tout, c’est juste une façon de dire aux « licenciés » qu’il faut s’ouvrir à l’air du temps, qu’il faut accueillir les familles, les VAE etc. Tu parles2!

C’est Michel Bonduelle qui posa la question, suivi par Abel Guggenheim. Heureusement.

« Est-ce cette enquête qui vous a amenés à changer d’image? » a demandé le premier, tandis que le second a lu tout haut la première invitation. Voici l’essentiel de la réponse : 

Nous avons fait évoluer plusieurs fois notre logo, il n’y avait que des hommes, on a mis une femme, puis un jeune, puis un VTT. Bref, personne n’était jamais content. Alors là c’est plus simple, c’est une roue, elle illustre la dynamique du vélo dans le pays.  D’accord maintenant il y a deux noms, comme il y a la fédé rando et la fédération nationale de randonnée pédestre3, ou « l’écureuil » et la caisse d’épargne4. « Vélo » c’est plus ouvert, ça parle plus à tous les gens qui font du vélo, s’est justifié la présidente. « Cyclotourisme » c’est compris comme étant sur route. On parlera donc de vélo-tourisme,  sans aller jusqu’à s’appeler FFvelotourisme à cause de la présence de France vélo tourisme, et on laissera le cyclotourisme aux vieux qui veulent faire du sport.

Ce nouveau logo « permet d’exprimer que la FFCT gère toutes les pratiques du vélo en France à l’exclusion de la compétition «  écrit la présidente le 2 mai dans une lettre de rétropédalage envoyée aux comités locaux. « Nous vous confirmons que nous prenons toutes les dispositions immédiates pour remettre tous nos supports sans exception avec la raison sociale de notre fédération qui est Fédération française de cyclotourisme. «  Il y a bien eu un gros loupé.

La FFCT est un mouvement sportif
Alors FFvélo, mais pas en vrai, hein, même si toutes les adresses sont en @ffvelo ! De toutes façons l’hémoragie va continuer, elle est notamment due à l’obligation du certificat médical, sport oblige, on n’en sort pas. Drôle de façon d’attirer vers le sport en effet, résultat des pressions des médecins du comité national olympique français, ainsi qu’il m’a été confié. Une visite « sportive » n’est pas un soin mais de la prévention, elle peut être facturée plus cher et n’est pas remboursée par la sécu. D’après l’enquête 45% des « pratiquants » roulent seuls, dans ces conditions pourquoi resteraient-ils à la fédé5 ?

Mais ce que personne ne savait encore, c’est que c’était trop tard. La lettre de l’économie du sport arrivait dans les boîtes électroniques pendant la conférence de presse. On y lit page 3 « La FFCT devient la FF vélo » suivi d’une explication de la présidente sur le changement « d’identité visuelle », c’est-à-dire deux sujets différents.

 

Non, la FFCT n’a finalement pas changé de nom, elle n’est pas devenue la FFvélo6. Elle va juste faire comme si elle l’avait fait, elle va juste tenter de se faire appeler par son nouveau petit nom.
Je ne sais pas si la roue tourne, en tous cas la prochaine assemblée générale7 risque d’être agitée. Comme une vieille dame qu’on aime, la FFCT n’avait pas besoin de ça8, dans le dos de ses meilleurs vétérans, en plus ! 

 ***

En aparté : La Fub, Fédération des Usagers de la Bicyclette (petit nom : le vélo au quotidien), a lancé elle aussi l’idée de fédérer tous les usagers du vélo en France. Cela ne veut pas dire les faire s’appeler tous “Fub”, ni le faire dans la précipitation. Ces jours-ci 20 associations se mobilisent pour le financement du plan vélo et interpellent le Premier Ministre au travers d’un courrier commun signé du 15 mai. Elles ne sont même pas toutes spécialisées dans le vélo, et la FFCT y figure, avec son ancien nom et ancien logo. La lettre est ici.

FFCT-FFvelo

—Notes—

  1. La FFCT fait plutôt une enquête sur les pratiques de ses adhérents. Pour le tourisme à vélo les enquêtes existent déjà. Voir Baromètre du tourisme à vélo 2017 par les DRC.
  2. « Les actions en direction du jeune public peinent à convaincre et les clubs ne se bousculent pas pour encadrer des ados vu le contexte de dangerosité du trafic routier. » dit encore Max Tissot sur son blog. Histoire de dire qu’on peut raconter ce qu’on veut au siège, la réalité résistera. « Du coté des clubs locaux d’Alsace, force est de constater chaque année l’abondance de « têtes blanches » parmi les assemblées.”
  3. Raccourcir le nom dans certains documents comme l’ont fait les randonneurs pédestres ne pourrait pas se faire pour le vélo puisqu’il y a plusieurs autres fédérations de vélo.
  4. On ne peut pas faire croire qu’un petit nom affectueux est le vrai nom, et que le facteur traduira. Personne n’a pour adresse [email protected]. et tout le monde sait que l’écureuil est un petit nom amical, pas le vrai nom.
  5. “La fédé”, voilà bien le petit nom affectueux en usage, pas FFvelo! Nous l’avons utilisé 4 fois rien que dans ce texte!
  6. “Au point où on en est, ce serait presque mieux que le terme “cyclotourisme” disparaisse de ses statuts, nous pourrions ainsi à nouveau utiliser ce terme dignement et sans générer de confusion avec l’image déplorable que beaucoup de ses clubs affiliés promènent sur nos routes”, dit un membre du forum Tontonvélo.
  7. La prochaine AG de la FFCT aura lieu les 1 et 2 décembre prochains à Boulazac, dans la banlieue de Périgueux.
  8. Velomaxou, dans son billet du 30 avril, ne disait pas autre chose.
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18 thoughts on “FFCT : un coup de force qui a failli mal tourner

  1. Les Cyclotouristes sont insultés par le nouveau logo; ils ont été trahis depuis 2000 par leurs dirigeants qui ont détruit petit à petit la FFCT pour passer au nombre par le tout vélo, le commerce et le sponsoring.
    Membre de la FFCT depuis 1964, je l’ai quittée l’an dernier à cause de cette trahison insupportable. Mais on peut sourire tout de même devant ce logo: le logo-cocarde est anglais puisque les couleurs sont inversées, le bleu devant être à l’intérieur et le rouge à l’extérieur! Maintenant, les cyclotouristes doivent se regrouper et créer une nouvelle structure hors CNOSF (la FFRP peut en être le modèle, reconnue mais hors olympisme) et laisser la FFCT gérer ce monde du vélo hétéroclite, sans foi, ni loi, sans valeur si ce n’est le commerce et la pseudo-compétition!

  2. Les licences 2018 avec leurs 3 options balade et je ne sais plus quoi m’avait déjà un peu dérouté.
    Mais là c’est le bouquet.
    Je ne me reconnais plus dans cette Fédé de Félés et d’Ayatholahs.
    J’envisage de ne pas reprendre ma carte FFCT pour 2019.

  3. L’âge (80) m’a servi de prétexte pour m’éloigner des clubs où je ne trouvais plus ma place. Pas de licence en 2018.
    Libéré, je roule quand et où je veux. Tu ne m’aimes pas, je ne t’aime pas non plus ! J’aime monter.

  4. Vous n’avez pas l’impression d’en faire un peu beaucoup juste pour un nom ? Comme si dans la pratique d’un sport l’important est le nom de sa fédération… Ils annoncent des services ou des fonctionnalités en moins ?
    Et moi personnellement je trouve cela bien de vouloir fédérer toute les pratiques du vélo, vous ne trouvez pas ? J’aime le vélo, j’en fait pour aller au taf, pour me promener, pour faire mes courses, pour faire du sport… Pourquoi compartimenter les pratiques du vélo ?

    • Ça fait longtemps que vous connaissez la FFCT, la Fub et l’AF3V? Juste pour dire que c’est des vrais gens de la FFCT, ou qui l’ont quittée, qui sont cités dans l’article ou qui ont fait des commentaires.

  5. Les ” cyclotouristes ” sont-ils surtout intéressés par ” leur moyenne ” ? Respectent-ils « en bandes ” + ou – moins organisées le code de la route ? Hum.

  6. Je suis membre du CD 33 FFCT depuis 35 ans et du VELO depuis 40 ans. C’est le «bordel anti-démocratique”! Où sont passés les règlements et autres status chers à nos dirigeants? Ces décisions arbitraires ne sont pas valables car non approuvées en AG simple ou extraordinaire. Que d’argent, de salive, de papier gachés pour rien, VIVA FFCT…!
    Il faut tout refaire. Bravo Henri Bosc!

  7. Faut-il s’étonner de la baisse des effectifs dans les associations ?
    De mon point de vue il n’y a rien d’étonnant.
    Arrivés à la retraite nous voulions nous rendre utiles puisque plus disponibles.
    Ma compagne se tourne tout naturellement vers une association à but humanitaire, on lui propose plusieurs rendez-vous pour donner un coup de main, le jour venu elle reçoit un message comme quoi ils étaient assez nombreux et qu’on n’avait plus besoin d’elle. On a mis du temps pour comprendre qu’il y avait là un clan et que la chasse était gardée. Il faut sans doute avoir un certain profil !
    Pour ma part j’ai voulu rentrer sur la pointe des pieds dans une association locale défendant la pratique du vélo, en suggérant une amélioration qui aurait pu intéresser les élus de l’agglomération.
    Comme réponse : Venez donc payer votre cotisation on discutera après.
    Comme accueil on peut trouver mieux. Ceci explique peut-être cela.

    • Ah bon ? Dans ma ville, la Fête du vélo a été organisée, selon les années, par la Ville ou par l’association Vélocampus, et largement orientée vers le vélo urbain (et le vélo loisir un peu aussi, mais pas le cyclotourisme sportif façon FFCT).

  8. Bon, ça ressemble bien à un coup d’état, donc préparé ? A ce changement de logo, je ne vois qu’un avantage (sinon ce n’est pas la peine de changer quoi que ce soit) : “arrêter tous les gestes intégristes”, “s’ouvrir à toutes les pratiques du vélo” : AVEC, et SANS sacoche sur le guidon, “avoir comme objectif de diminuer la moyenne d’âge des adhérents”.

  9. La FFCT ne peut rien faire face à un déclin qui s’explique assez facilement. La plupart des gens de ma génération (30 ans), ou plus jeunes, ne manifestent pas d’intérêt pour ce type de cyclotourisme qui me semble spécifique à la France, et qui revendique l’absence de compétition tout en étant très sportif (avec des brevets, le port du casque, etc.).
    Personnellement je suis cycliste urbain et je pars en vacances à vélo l’été. Si j’ai senti la nécessité d’adhérer aux associations de cyclistes urbains, pour revendiquer la place du vélo ou bénéficier des services qu’elles apportent, il ne me viendrait pas à l’esprit d’adhérer à une association pour faire du vélo loisir. Je ne vois pas ce que ça peut m’apporter. Je préfère faire cela seul, en couple ou entre amis.
    Compte-tenu de cela, je comprends que la FFCT tente de ratisser large et de chapeauter “toutes les pratiques du vélo”, mais il faut regarder la vérité en face : elle n’y parviendra pas. Il y a déjà l’AF3V pour les véloroutes et voies vertes, la FUB pour le cyclisme utilitaire quotidien, et la FFC pour les sportifs purs et durs…

      • Et d’autres clubs, par exemple la section « vélo » du CIHM, ainsi que pas mal d’organisatIons peu formelles qui fonctionnent autour d’un commerce, d’un journal ou simplement les réseaux sociaux.

  10. C’est bien triste ! Le vélo n’existe pas s’il est découpé en rondelles de saucisson ! Vélo loisirs, sportif, compétition, utilitaire, pour tous les pratiquants c’est tout cela. C’est un moyen de déplacement ! Aujourd’hui il est indispensable que toutes les associations de cyclistes travaillent ensemble pour que le vélo soit considéré par les collectivités comme un moyen de déplacement à part entière!

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