Les trains transporteront tous des vélos

Hier le Parlement européen a adopté le principe de 8 places pour vélo dans les nouveaux trains. Reste à ce que les ministres suivent … Panorama de l’action de la Commission des Transports du Parlement européen, présidée par la Française Karima Delli.

Un grand pas a été franchi le 11 octobre 2018. Le Parlement européen a adopté en séance plénière l’amendement stipulant que les trains neufs et rénovés devront disposer de 8 places (au minimum) pour les vélos dans les deux ans suivant l’adoption du Règlement des droits des voyageurs ferroviaires. 

Présenté par le groupe Verts, il avait été adopté le 9 octobre à une large majorité en commission. Nous devons tout ça directement à la présidente de la Commission des Transports du Parlement européen, Karima Delli, élue écologiste, qui a une énergie à déplacer les montagnes. Pour elle, être élue c’est agir. Elle agit sur de multiples fronts de la mobilité, qui lui apparaît comme étant l’enjeu majeur du 21ème siècle.

Un parcours impressionnant, et dopant

Rappelons que Karima Delli n’avait que 28 ans et aucune expérience personnelle du travail parlementaire lorsqu’elle fut élue pour la première fois, alors qu’elle avait obtenu de n’être pas en position éligible ! C’était le 7 juin 2009. En janvier 2017,  lors de son second mandat elle deviendra la première femme à être présidente de la commission Transports et tourisme, un secteur encore largement occupé par des fanas de mécanique et de beaux moteurs. Son premier fait d’armes aura été de soulever le couvercle des certificats de rejets de Wolfswagen, ce qui est devenu le Diesel-gate. Nous lui devons aussi la fin du changement d’heure, mensonge d’Etat bisannuel dont j’ai souvent montré les effets détestables.

L’Europe et ses députés ont un rôle essentiel

Aujourd’hui elle fait le tour des ministres des transports européens pour anticiper sur le très probable Brexit sans accord. Si elle ne s’en occupait pas les ports français (Le Havre, Brest et les autres) se retrouveraient sans trafic car incapables de jouer leur rôle de frontière. Il faut en effet prévoir 20 mois pour ré-installer les lieux et les machines, mais aussi recruter à nouveau des douaniers etc. tout en veillant à ce que cela ne coûte rien aux citoyens (qui n’y sont pour rien dans le Brexit)… Si elle ne s’occupait pas d’aviation, les avions non-Européens ne pourraient plus survoler l’Europe, ni évidemment y atterrir. La commission des Transports s’intéresse à tout, les drônes par exemple, qui sont des véhicules autonomes, ou la mer et sa mer de plastique.

Elle s’occupe aussi de ce qu’on nomme désormais l’euro-redevance, une redevance sur les véhicules les plus polluants, s’appliquant d’abord sur les camions puis, normalement, progressivement à tous les autres. 

J’en passe car nous nous intéressons au vélo, lequel pourtant devrait jouer un grand rôle dans un autre secteur dont elle s’occupe, qui est la logistique. S’occuper de mobilité c’est s’occuper d’urbanisme, c’est elle qui le dit, c’est déjà ce que nous avions mis en oeuvre lors du congrès Velo-city en 2003 à Paris, soit dit en passant. 

La mobilité, le sujet majeur du siècle

Pour Karima Delli l’enjeu majeur du 21ème siècle c’est la mobilité, thème qu’elle précise en Proximité, Logistique, Transports publics, mais aussi ouverture à autrui ou dynamisation personnelle (voir son actualité ici) … Elle remarque que 60% des nouvelles petites entreprises innovantes exercent dans ce secteur, mais aussi que, selon ses mots, « le digital réinvente l’économie » … « pour tout et n’importe quoi ». 

Le digital c’est de l’électricité et des batteries. Si les entreprises européennes ne se réveillent pas elles disparaîtront: les voitures de l’entreprise américaine Tesla sont déjà entièrement recyclées et la Chine impose dès janvier 2019 des quotas de véhicules électriques à ses usines d’automobiles1. « Le vrai concurrent de l’automobile c’est les GAFA ». 

Elle propose donc un « Grenelle » de l’automobile, car l’auto évoluera vers le partage, l’autonome, de nouveaux usages, en intégrant le fait que 17% des jeunes Européens ne passent plus le permis et que désormais les nouveaux retraités préfèrent se payer un beau voyage plutôt qu’une belle bagnole. Un objet de plus en plus compris comme utile pour se déplacer, et pas plus.

Redéfinir la place de l’automobile et le rôle des taxes

Partant du constat que l’entretien d’une auto revient à quelques 500 € par an pour rester immobile 95% du temps, elle verrait bien que tout cet argent serve à d’autres moyens de mobilité. Elle rêve aussi que l’ « euro-redevance » (nouveau nom de la taxe poids-lourds) puisse être perçue non comme un impôt mais comme une contre-partie utile, en clair que l’on explique et que l’on utilise cet argent non pour payer nos dettes mais pour améliorer la mobilité.

Pour finir, Karima Delli regrette infiniment que de l’Europe on parle si peu en France, alors que son rôle est essentiel. Qui pourrait harmoniser nos économies ou organiser le passage à l’heure permanente alors que fuseaux horaires, frontières nationales et bassins d’emploi ne coïncident pas ? 

Pour les vélos dans les trains ce n’est pas plus définitivement gagné que pour les autres sujets. Il reste l’obstacle redoutable du conseil européen qui réunit les 27 gouvernements. Ensuite, s’agissant d’un règlement, au moins n’y a-t-il pas la nécessité de la déclinaison en droit local, nous explique Erick Marchandise, de l’association CyclotransEurope, qui milite sur ce sujet depuis longtemps et espère voir l’affaire renforcée par son inscription dans la Loi des Mobilités.

Nous avons la chance que, députée française, elle ai fait partie de la supervision des Assises de la mobilité. Elle rencontrait hier notre ministre des Transports, surtout au sujet des ports. Vous l’aurez remarqué, les hommes dans ce domaine ne restent hégémoniques que dans les colloques. Ou dans les listes pour les élections européennes, d’où elle apprend qu’elle pourrait être reléguée derrière … ces messieurs les écologistes. 

 

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Alors allez sur sa page Facebook ou sur son site.

Pour revenir en arrière et aller plus loin : 

—Note—

  1. Ajout du 15 octobre : On me dit que Renault est sur le point de sortir une pile éternelle, nucléaire, depuis son centre de recherche israélien, en collaboration avec l’université Weizmann. Voir en tous cas la revue de l’institut Weizmann pour mesurer l’étendue du risque que l’Europe soit en dehors du coup.
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5 thoughts on “Les trains transporteront tous des vélos

  1. Voilà une bonne nouvelle. Elle aurait été encore meilleure si un tarif maximum avait été précisé. Si en effet le prix était dissuasif, l’amendement serait un coup d’épée dans l’eau.

  2. La SNCB veut interdire les vélos en 2019 dans les trains aux heures de pointe. Les trains belges sont les moins accueillants pour les cyclistes que je connaisse et nécessitent souvent l’intervention du contrôleur pour l’ouverture d’un espace vélo réduit avec 3 crochets. Cela provoque des retards à cause de l’embarquement. Un jeudi d’Ascension, je suis monté en « force » dans le train Bruxelles-Arlon avec 3 autres cyclistes. Le contrôleur refusait d’ouvrir l’espace vélo. C’était il y a 20 ans. L’accueil des vélos dans les trains belges n’a pas évolué.

  3. Attention, ceci n’est qu’une bataille gagnée, certainement pas encore une victoire. C’est un premier pas encourageant, mais le parlement doit maintenant faire valider ce texte par le conseil européen, sans cela ça resterait un coup d’épée dans l’eau. Rien n’est encore gagné.
    Voici ce qu’en dit CycloTransEurope : « Lors d‘une première réunion du conseil des Etats, au printemps, les prises de position reflétaient les demandes des compagnies ferroviaires nationales et n’étaient pas très favorables à les contraindre à créer des places pour les vélos dans tous les trains ».
    C’est donc maintenant le moment de redoubler d’efforts: écrivons à nos ministres, présidents, députés, faisons pression autant que possible.
    Soyons sûrs que les compagnies ferroviaires, elles, mettront toute la gomme pour éviter d’avoir à répondre à une réglementation contraignante.
    Pour preuve la SNCB qui vient de décider, comme pour nous en avertir, d’interdire purement et simplement l’accès des trains aux vélos aux heures « de pointe ».
    Ce qui veut dire que le voyageur en train + vélo, en plus de devoir jongler avec les trains et accessibles et ceux qui ne le sont pas et les frontières franchissables ou non, devra en plus jongler avec les heures accessibles et celles qui ne le sont pas.
    C’est le moment de transformer l’essai, certainement pas celui de baisser la garde.
    A nos stylos! A nos mails! A nos téléphones!

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