Se loger en voyage à vélo en France – Fin des auberges de jeunesse, d’autres prennent la place

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  • Les causes de la disparition des hôtels ruraux, quelques signaux positifs
  • Le rôle des plateformes de réservation
  • Comment se loger pour une nuit à la campagne? Gites d’étapechambres d’hôte, campings, bivouac etc. 

La demande d’une hôtellerie simple et à prix modestes n’a pas disparu. Les anciens cafés-hôtels ruraux répondaient parfaitement à ce besoin, ainsi qu’à celui occasionné par les mariages et réunions de famille. En ville c’était les auberges de jeunesse.

Les Auberges de jeunesse sont souvent restées trop spartiates, et loin des centre-villes, mais certaines ont su suivre l’évolution en modernisant chambres collectives et sanitaires, et en proposant même des chambres individuelles. Les Centre international de séjour jouent aussi un rôle important et sont bien adaptés aux groupes. Lyon, Lille, Strasbourg ou Paris, parmi d’autres, en ont.

Auberges ou centre internationaux de séjour sont souvent devenus la ressource pour les voyages associatifs et les voyages scolaires … avec, pour ces derniers, le bruit associé provoquant la fuite du reste de la clientèle. Les voyages scolaires se raréfient, les voyages associatifs ne peuvent suffire. Bien que très aidées par les mairies, leur Fédération a fait faillite. 

Cette auberge ne fait pas partie du réseau FUAJ. Une bonne solution en voyage, rare à la campagne

« 317 emplois. 36 établissements. Un siècle d’histoire. Terminé », écrivait alors Frédéric Gross, spécialiste de la reprise d’entreprises. 

On avait appris en mars que le réseau avait été mis en liquidation judiciaire, pour la troisième fois, après 2018 et 2023, selon Carenews. Finalement il est repris presqu’intégralement par le groupe mutualiste et associatif Smerra, actif dans le logement étudiant et regroupant l’association ONLE–Fac Habitat et le réseau Logifac. L’Office national des auberges de jeunesse (Onaj) est donc créé, mais les causes de la crise sont toujours là. Leur reprise par des spécialistes du logement étudiant peut nous faire douter de leur avenir en tant qu’hôtellerie bon marché.

Le réseau historique des auberges de jeunesse en France repris par des acteurs. Carenews-info

Ainsi que l’écrivait (sur linkedin) Frédéric Gross,

pendant que des entrepreneurs créaient The People, Jost, Jo & Joe et remplissaient leurs dortoirs design à 85% de taux d’occupation … Les auberges de jeunesse traditionnelles débattaient encore de leurs statuts associatifs.
Pendant que le voyageur de 2024 cherchait du Wi-Fi, de l’esthétique, une expérience… On lui proposait encore le dortoir de 20 lits, les douches communes et les horaires rigides de 1995. 

Il raconte ensuite que le voyageur fauché existe toujours, mais que le gros de la clientèle n’est plus la même : Le voyageur d’aujourd’hui, même avec un budget contraint, arrive avec un smartphone dernier cri, des exigences de connectivité constante, une sensibilité forte à l’esthétique des espaces (Instagram oblige) et une attente d’expérience, pas simplement d’hébergement. Il compare en temps réel sur Booking.com, Hostelworld Group ou Google Maps . Il lit les avis. Il choisit avec ses yeux autant qu’avec son portefeuille.
Il rapporte aussi l’existence de travailleurs nomades qui ont besoin d’une bonne wifi, d’espaces de travail et d’horaires libres. De plus, les voyageurs ne veulent plus de dortoirs anonymes où l’on cohabite par défaut, ils veulent des rencontres. 

Airbnb a réussi parce qu’il a compris ce que le voyageur voulait : se sentir « chez soi », avoir une cuisine, de l’espace, de la flexibilité. Les auberges auraient pu répondre à cette attente. Certaines l’ont fait. D’autres sont restées figées.

Il identifie les problèmes structurels. Dépendance aux communes ou Régions pour les murs, sauf rares exceptions, décisions lentes à prendre par un conseil d’administration bénévole, sous-investissement, canaux de vente restés longtemps archaïques, et les voyages scolaires qui se sont raréfiés. Il donne une exception qui confirme la règle : L’AJ Yves-Robert dans la halle Pajol à Paris 18, la preuve que le modèle aurait pu fonctionner s’il avait été modernisé.

Je cite aussi une partie de sa conclusion :

La marque HI (Hostelling International), sous laquelle opère la FUAJ en France, souffre d’un déficit d’image auprès des moins de 35 ans. Associée aux colonies de vacances, aux voyages scolaires obligatoires et aux dortoirs militaires, elle peine à séduire un voyageur qui choisit son hébergement sur des critères esthétiques et expérientiels.

Et de ce point de vue, les « hostels » sont bien plus avenants que tous les hôtels, même en centre-ville. Et encore l’auteur a-t-il négligé de mentionner la gêne provoquée par ceux qui rentrent tard et n’ont pas encore déballé leurs sacs en plastique, ni fait leur lit, les ronfleurs, ceux qui lisent à la lumière électrique quand tout le monde cherche à dormir … et ceux qui allument la lumière en entrant !

La demande n’a si bien pas disparu que de nouveaux établissements se créent dans les grandes villes, les Youth Hostels, bien sûr, mais aussi des nouveaux venus imaginatifs, très organisés et financiarisés. Que ce soit sous l’étiquette JOST (de la société Melt), Eklo ou Honotel, ou encore d’autres, il s’agit de caser 4 à 6 espaces de sommeil par pièce de la taille d’une chambre de 25m2 (selon le Journal Le Monde du 5 Nov 2025), sur des couchettes plus larges que celle d’un lit une personne, superposées par deux, dans des sortes de boîtes fermées par un rideau ou un volet coulissant. Chacun de ces espaces privatifs est doté d’une prise de courant, d’une prise pour recharge de téléphone, d’une lampe de chevet et d’au moins une petite étagère. Je vous garanti qu’on n’entend absolument rien et qu’on s’y organise très bien !

Intérieur d’une capsule; annonce placardée dans les chambrées, clôture par rideau ou par volet coulissant

Rationalisation de l’espace et confort de sommeil, vastes espaces communs

Les JOST de Bordeaux comme de Montpellier sont en même temps un hôtel moderne de type 2-3 étoiles, dans des bâtiments neufs de nouveaux quartiers remplaçant des terrains ferroviaires déclassés. Ils sont donc à proximité des grandes gares, à l’arrière, ce qui est déjà un atout commercial majeur. Piscine, bar sur le toit, boîte de nuit, vaste salle avec le bar, dotée de jeux pour adultes et enfants, vrais livres en décor, restaurant à la mode… complètent l’offre, et partout il y a une salle pour les vélos. Ils sont de la même société, au point que j’ai reçu le 12 août exactement le même message publicitaire émanant chacun d’un Jost différent, et mettant l’accent sur la partie hôtelière ! 

Seul, parmi ceux que je connais, le Bloom hôtel de Bordeaux (désormais Osho, avec également une adresse parisienne proche de la porte d’Italie) se revendique comme une « auberge de jeunesse haut de gamme ». Cela ne les avait pas empêché d’être dans un réseau international qui m’avait ensuite tellement harcelée de bons plans à Oslo comme Singapour sur un ton très branché et tout et tout que je m’étais évidemment et prestement débranchée. Depuis ils ont changé de réseau, j’y suis repassée et c’est toujours aussi agréable, et c’est seulement une offre de dortoirs et de salles équipées pour travailler, de salon, d’une petite restauration et d’un petit mais agréable jardin où tout le monde se retrouve le soir.

Chez certains les pratiques sont très clairement commerciales, par exemple le petit-déjeuner affiché dans les chambres (photo plus haut), à 16 € tout de même, avait une version courte à 6€. Lorsqu’on le demandait, en ce début août, on vous répondait que « ah non, pas en pleine saison« , ce qui marquait très clairement de la publicité mensongère.

L’illusion fonctionne !

Chez Jost l’ambiguïté est travaillée, tutoiement, décor etc. Au point que mes jeunes compagnes étaient persuadées d’être dans une auberge de jeunesse (à 50 € la nuit …, tarifs modulés suivant la période et la demande, petit-déjeuner à 16 €, restaurant à prix comme partout.). Le lavabo bouché allait le rester, personne n’osant en parler à l’accueil ! J’ai dû leur expliquer qu’elles n’étaient pas adhérentes d’une auberge de jeunesse mais clientes d’un établissement dont la rentabilité au m2 paraissait forte (6 lits dans 25 m2) … et qu’elles payaient un prix qui ne semblait pas être de faveur. D’ailleurs vous pouvez calculer vous-même le montant de la facturation : 6 lits X 50 € = 300 € la nuit par chambre de 25 m2, literie renouvelée au changement d’occupante et pas touchée avant, ménage une fois par semaine (à Montpellier c’était le lundi matin), douches et WC communs, parfois même dans le couloir (Bordeaux). La rentabilité ça se construit !

L’hôtellerie commence à s’adapter

Certains hôtels en ville ont déjà pris conscience de l’existence d’une clientèle cherchant des prix contenus et complètent leur offre par des chambres toute petites à des prix inférieurs … équivalents de ceux des nouveaux établissements présentés ci-dessus.

L’an dernier on s’attendait à un sursaut. Un très éloquent Sur la côte basque, les auberges de jeunesse font leur grand retour avec des nuitées à partir de 30 € s’employait à nous réveiller tout en nous alertant : « Après une vague de fermetures due aux exigences normatives et au coût des rénovations entre les années 1980 et 2010, c’est la revanche des auberges : le modèle attire de nouveaux acteurs, des groupes internationaux tels que The People, Jo&Joe ou Generator, mais également des indépendants audacieux, souvent plus petits et authentiques. » Accor est également dans le coup, avais-je lu dans le Monde du 5 novembre 2025, précisant que c’était presque aussi rentable que les Ibis budget, grâce à la restauration.

Il ne parlaient pas des AJ traditionnelles et finalement tout ceci c’est pour les grandes villes ou les endroits très touristiques. Ce ne sont plus des AJ de la FUAJ ou de HI, ce sont des auberges et des grands groupes hôteliers. Et j’y retournerai, pour tous leurs avantages.

Des réseaux d’accueil se forment également, soit au sein des associations (Cyclo-Camping International, CyclotransEurope), soit à titre gratuit, dodocyclo ou cyclodort. Je suis dans ce dernier, sans doute un peu par hasard. En tous cas j’ai des souvenirs terriblement reconnaissants à mes trois hôtes de 2025, en pleine canicule ! 

Un réseau très ancien demeure, Warmshowers, désormais sous forme d’une application.  Il est d’origine américaine et couvre le monde entier. C’est devenu payant, sur abonnement, je m’en suis retirée il y a quelques années, pour des raisons pratiques, après avoir été accueillante pendant au moins une vingtaine d’années, et n’avoir réussi à trouver un hébergement pour moi … qu’une seule fois ! C’est un cas visiblement fréquent. Rapporté par des Français vient aussi le fait que de nombreux potentiels accueillants ne répondent même pas, ou trop tard.
J’ai par contre de très bons souvenirs de certains accueillis, et moins bons de profiteurs détectés à temps … qui ne m’ont donc pas dérangée. Il faut reconnaître qu’avec Warmshower on a plus d’informations sur le demandeur qu’avec les autres réseaux, hors associations, ce qui est plus sécurisant. Et des visites du monde entier, qu’il faut savoir refuser. Il y en a des loufoques. Une femme qui voulait échanger mon appartement contre sa maison sur je ne sais plus quelle côte, ou un couple qui voulait juste une nuit tard-tôt parce qu’il tentait de relever un défi du voyage le plus rapide… Voilà des rencontres enrichissantes, qui n’ont pas eu lieu, vous vous en doutez.

En traitant de la fin des auberges de jeunesse je suis sortie de la « campagne » … En terminant sur les réseaux d’accueil j’y suis presque retournée. La question de l’hébergement en dur à la campagne reste presqu’entière, ici et en vrai, à coûts modérés encore plus.

Mais avant d’en parler, il nous faut aborder la question des plateformes … qui permettent de réserver n’importe où et même en pleine campagne.

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