Tout l’écosystème, réuni dans l’Alliance pour le vélo, s’est fendu d’un communiqué de presse pour dire son opposition à l’obligation du port du casque à vélo. Aucun ne s’y est opposé pour les enfants, et aucun n’a dit qu’il était contre le casque. Aucun n’a parlé des vrais effets pervers du casque, à savoir d’abord le sentiment de sécurité amenant à prendre des risques.
La Fub pour les citoyens, le réseau vélo&marche pour les élus, l’association des acteurs publics du vélo pour les vélos en libre-service, l’Union des entreprises Sport et cycle pour les industriels et gros commerces, et la Filière vélo se sont décidés à dire leur opposition mais l’ont fait avec une prudence de Sioux.
Leur titre Le port du casque à vélo, non obligatoire mais évidemment recommandé, ménage la chèvre et le chou, vous en conviendrez.
Ni leur opposition ni leur recommandation ne s’appuie sur des raisons médicales ou hospitalières pas plus que sur des statistiques d’accidents ou de décès.
Ils s’inquiètent plus simplement d’une possible baisse de la pratique entraînant une hausse des accidents (la masse habitue les automobilistes à la présence de cyclistes, et les oblige à faire attention).
Ils pensent à la possible baisse des ventes de vélos et d’accessoires, et illustrent la fin des vélos en libre-service par des histoires de casques pleins de saletés, visibles ou sournoises.
Ils avancent encore le fait que les femmes seraient les grandes perdantes de cette obligation. Cette dernière remarque, s’appuyant sur des chiffres pas très convaincants, et non sur les mise-en-plis, est certainement due au fait que 5 des signataires sont des femmes.
Enfin ils craignent qu’une grande part des touristes à vélo étant étrangers ils pourraient être découragés par l’obligation du port d’un casque.
Le évidemment recommandé me paraît décidément une simple politesse. Ils disent espérer un « développement progressif d’une norme sociale favorable au casque« , sans nous dire pourquoi, ni signaler qu’elle est déjà largement à l’œuvre, ainsi que l’avait espéré M. Barbe lors de l’instauration de l’obligation pour les enfants.
Et pourtant elles le savent, puisqu’elles l’écrivent, 41% des plus de 50 ans ne portent jamais de casque, contre les jeunes dont 39% en porte toujours et 36 % jamais, et pour les autres ça dépend. Aucun rapport avec les accidents n’est donné.
Ils rappellent que l’efficacité du casque dépend de la façon dont il est mis, et que cela est rarement de façon convenable. Elles ajoutent que les accidents les plus graves viennent d’une collision avec un véhicule motorisé. Si la mortalité cycliste baisse en ville, alors qu’elle augmente ailleurs ils en déduisent que la faute réside dans le manque d’infrastructures dédiées, ce qui est évidemment, un peu simpliste.
L’obligation du casque ne serait utile que là où il est déjà courant et là où il est en passe de devenir obligatoire
Elles disent même que l’obligation du casque pénaliserait les urbains, qui ne sont donc pas la première cible. En fait la première cible ce sont les sportifs, qui le portent déjà, et les utilisateurs de trottinettes et assimilés, déjà dans le viseur d’un certain nombre de villes.
Dit autrement ils pensent qu’une obligation aurait du sens dans le sport, les speed-bikes et les VAE illégaux, ainsi que les engins de type trottinettes. Les associations du sport ne sont pas signataires de la tribune, et dans la pratique une obligation ne changerait rien chez eux puisque dans leurs rangs, aujourd’hui, plus grand monde n’imagine rouler sans casque. Pour les speed-bikes c’est déjà obligatoire.
Prudemment peut-être ils ne disent pas combien de vies seraient épargnées, et donc finalement ne disent pas en quoi le casque serait utile, et donc pourquoi « évidemment » il faudrait le conseiller. Mais ils concluent tout de même par un appel pour une meilleure sécurisation des chaussées sans pour autant faire référence au rapport de M. Barbe.
Ils pensent que c’est mieux de cibler les VAE, comme au Portugal, ou les plus jeunes comme dans une douzaine de pays. Pays-Bas et Danemark n’en parlent même pas car ils misent tout sur l’aménagement.
Par ailleurs ils ont découvert que là où il n’y a pas de sanction, donc de contrôle, l’obligation est peu suivie d’effet, citant la Finlande et Chypre. Sage remarque. Avez-vous commencé à voir de plus en plus souvent des enfants sans casque dans nos rues ? Moi oui. On peut donc ajouter : ne créez pas des règles que nous ne pourrons pas faire appliquer.
Enfin la conclusion est logiquement que
Légiférer d’un seul bloc reviendrait à appliquer au cycliste utilitaire le plus prudent des contraintes pensées pour les usages les plus rapides ou les plus déréglementés.
(…)La priorité doit toujours aller à l’infrastructure et à la sécurisation des voiries — non à la seule responsabilisation de l’usager le plus vulnérable. Une obligation généralisée enverrait un signal contraire aux objectifs du Plan vélo national et du contrat de filière vélo, et fragiliserait directement le modèle économique des services de vélos publics.
Avec la crainte sur les ventes de vélos et le volume de touristes étrangers, et l’équilibre des vélos en libre-service, ils s’opposent à l’obligation du casque largement pour des raisons économiques. Après tout ça peut marcher.
▶️ Alors ayons une pensée charitable pour les marchands de casques qui de leur côté doivent faire une pression d’enfer pour l’obligation !
Contexte
Cette prise de position intervient à la fin d’un été chargé. Après que la ministre déléguée à la citoyenneté (*), Marie-Pierre Vedrenne, ait fait savoir qu’elle avait demandé à la DSCR d’étudier comment obtenir non pas une meilleure sécurité (un objectif) mais l’obligation du port du casque (un moyen) pour tous les roulants fragiles (Libération), de nombreuses prises de position ont été publiées (voir la dernière revue de presse), pour ou contre et généralement basées sur des données hospitalières.
Comparons avec les motards. Ils ne représentent même pas 2 % du trafic et ils monopolisent 21 % des tués, 31 % des blessés graves et 34 % des estropiés qui garderont des séquelles importantes. Pourtant ils portent tous un casque (Autoplus).
(*) Le rôle de la ministre déléguée à la citoyenneté est de « promouvoir des droits et devoirs de la citoyenneté, de veiller au respect des principes républicains, de la laïcité et du droit d’asile, et d’agir pour l’intégration, la prévention de la délinquance et la cohésion nationale. » (wikipédia). Pas grand chose pour justifier qu’elle se mêle de casque à vélo.
Pour ma part j’inviterais plutôt chaque prescripteur de port de casque à s’interroger sur l’utilité de son insistance. Après un été passé à polémiquer voici peut-être une proposition de paix. Voyons donc le présent communiqué comme le dernier de la série, et acceptons qu’il vaille plus par ses signataires que par son contenu.




Pétition contre la proposition de rendre le casque obligatoire : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6860
Lancée par Stein Van Oosteren, élu de Fontenay-aux-roses, au sud de Paris.
Une douzaine de pays a rendu le port du casque obligatoire chez les enfants ?
Je cite le communiqué :
Précision intéressante. J’abandonne tout idée d’aller randonner à vélo en Espagne.
Leur nouveau code de la route l’impose pour tous dès qu’on est hors agglomération ! Source :
https://skodawelovecycling.fr/actualites/nouvelles-regles-velo-espagne-2026