Vélo et santé : aussi fort que la téléportation

Pour une minute passée à se déplacer à vélo, la durée de vie est allongée de 2 minutes. Voici une nouvelle revue de publications scientifiques qui montrent les bénéfices de la pratique du vélo pour la santé… et la durée de vie en bonne santé !  Cet article est signé de Loïc Cédelle.

Ce chiffre de 1 = 2 est obtenu à partir de la cohorte UK Biobank (relevé de cas) et des données de mortalité en France. 

Pédaler, c’est la santé. Mais à quel point ? 263 450 citoyens britanniques âgés de 40 à 60 ans ont déclaré leur moyen de transport domicile-travail dans le cadre de la cohorte UK Biobank et leur état de santé à été suivi pendant 5 ans. Sur cette base, les chercheurs de l’université de Glasgow ont constaté en 2017 que le taux de décès chez les personnes qui se rendent au travail à vélo est de 40 % inférieur au taux de décès des personnes qui s’y rendent en voiture.

De multiples cofacteurs ont été testés comme le régime alimentaire, le tabagisme, les loisirs pratiqués, la masse corporelle, la catégorie socioprofessionnelle, le niveau de salaire : c’est bien le mode de transport qui apparaît comme facteur déterminant. En moyenne les usagers du vélo se différencient d’ailleurs assez peu sur la plupart de ces critères, seul le temps total d’activité physique (loisirs+déplacements) est fortement différent. Des résultats similaires avaient déjà été trouvés dans des études de cohortes antérieures en Allemagne, en Suisse, au Danemark, en Norvège.

Comment un résultat aussi spectaculaire est-il possible ? Dans le détail, le vélo implique une diminution de 45 % de l’occurrence des cancer et de 46 % celle des maladies cardiovasculaires. Il diminue aussi le risque de décès pour les personnes qui souffrent de ces affections.

Or ce sont bien ces maladies, en particulier le cancer, qui sont les premières causes de décès en Europe, y compris avant 65 ans comme on le voit sur le tableau ci-dessous. En comparaison les accidents de transport ou les homicides sont quasiment anecdotiques.

D’après l’INSERM, en France, entre 45 et 55 ans le taux de mortalité moyen est de 1,5 %. Supposons que, comme dans les autres pays, aller au travail à vélo diminue ce taux de 40 %. Considérons qu’un décès à 50 ans fasse perdre en moyenne 30 années de vie. Le gain statistique lié au fait d’aller au travail à vélo est donc de 1h30 de temps de vie supplémentaire par jour travaillé.

45 minutes par jour = 1h30 

En Angleterre, comme en France, le trajet domicile-travail à vélo dure en moyenne un peu plus de 20 minutes. On voit que pédaler 45 minutes sur un aller-retour prolonge la vie de 1h30 : Si l’efficacité d’un mode de transport se mesure au temps qu’il fait gagner, alors le vélo surpasse la téléportation !

De plus le vélo agit sur des affections très diverses allant du diabète à l’ostéoporose en passant par le mal de dos. Le vélo ne fait pas que gagner du temps de vie, il prolonge surtout le temps de vie en bonne santé. Aller au travail à vélo, c’est définitivement gagner du temps.

Loïc Cédelle est expert en mobilités actives et transition des mobilités chez CITEC Ingénieurs conseils, dans l’agence de Lyon.

Cet article a été publié pour la première fois le 14 avril sur linkedin.com. Outre l’intérêt du sujet, d’une actualité jamais démentie, c’est sa façon efficace de le présenter qui m’a donné envie de le publier à mon tour. Merci à l’auteur de l’avoir accepté. 

Sources

  • Pour l’étude de cohorte UK Biobank: Celis-Morales et al., Association between active commuting and incident cardiovascular disease, cancer, and mortality: prospective cohort study. doi: 10.1136/bmj.j1456   BMJ 2017;357:j1456
  • Pour les autres études mentionnées : Atout France, rapport sur l’économie du vélo, 2009.
  • Pour la durée d’un trajet : Department for Transport, Walking and Cycling Statistics, England: 2017

Quelques compléments

Cette présentation n’est bien sûr pas la première de son genre, la toute première ayant été, en 1992, Cycling toward health & safety aux éditions de la British Medical Association. Celle de Loïc Cédelle présente l’intérêt d’émaner d’un milieu « profane » en recherche biologique ou médicale, et donc de renouveler quelque peu le genre et de signifier à quel point ce thème est important. 
Ci-dessous quelques pistes complémentaires à l’intention de ceux de nos lecteurs non-spécialistes qui voudraient revenir sur la question des apports du vélo à la santé. 

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1 réflexion au sujet de « Vélo et santé : aussi fort que la téléportation »

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