L’AF3V en a encore sous le pédalier

L’assemblée générale de l’Association Française des Véloroutes et Voies Vertes s’est déroulée le 2 avril avec environ 80 personnes, 50 en Visio et 30 à Poitiers. L’impression générale que j’en retire est que ça bosse, mais que règne une assez grande insatisfaction malgré de belles réussites. 

L’association française des véloroutes et voies vertes se revendique association nationale avec un président, et non fédération d’égaux. C’est un peu théorique mais pas forcément tant que ça côté liberté d’action. En tous cas l’association s’est investie dans de nombreux sujets. Voici ceux qui ont été présentés lors de l’assemblée générale.

De nombreux engagements

La vélo-expresS (voir ici) qui s’intéresse à l’accompagnement des publics précaires, avec l’aide de la Macif et d’une stagiaire devenue salariée.

La cartographie avec un partenariat de longue date avec l’IGN, et la participation bénévole d’une soixantaine de sillonneurs, encadrés par 20 moniteurs. Leurs relevés de l’existant en matière de voies vertes et véloroutes sont bien plus précis et complets que ceux de l’association d’élus départementaux Vélo&Territoire. Voir les explications.

Le Plaidoyer national de l’an dernier, à l’occasion des élections régionales et départementales. Ce plaidoyer, pour lequel a travaillé une agence de communication, a fait passer plusieurs messages concernant les voies vertes, notamment l’intérêt des revêtements en dur et de l’absence de barrières et potelets. Nous l’avions présenté.

La signalisation, et là j’ai cru à un mauvais rêve. Certains participants se mirent à parler doctement des nombreuses erreurs qu’ils ont noté dans les marquages ! Ils parlaient de la largeur et des espacements dans les pointillés qui séparent de la route bandes cyclables ou bandes dérasées multi-fonctionnelles. Les premières sont réservées aux vélos et leur marquage est « infranchissable » par les motorisés, et c’est tout le contraire pour les secondes. Ils s’affolèrent, parlèrent de graves confusions, j’ai cru à un délire. 

La Via Pax, une nouvelle véloroute sur laquelle ils s’investissent en direct, ce qu’ils n’avaient jamais fait jusque là. Autour du Département de la Meuse, elle sera un itinéraire de mémoire de la guerre de 14. Le ministère des Armées devrait participer au financement.

Des relations difficiles avec certains partenaires

L’AF3V pourtant tient à ne pas être limitée à la cyclosphère. Elle se réjouit des contacts entretenus depuis longtemps avec les Paralysés de France (APF) et les rouleurs à patins (FFRS), mais souffre de son invisibilité générale, sauf par le grand public grâce à sa carte interactive des voies vertes et des véloroutes. 

L’AF3V semble se trouver à cheval entre deux mondes. Certes elle a reçu une soixantaine de propositions de rencontres à bon niveau suite à son plaidoyer national, mais elle n’a pas toujours pu les honorer. Elle semble hésitante. Elle se plaint de ne pas avoir été conviée à participer à l’Alliance pour le vélo, tout en critiquant la pauvreté de ses demandes, de n’être que très peu associée aux travaux de Vélo&territoire, en lui reprochant des suppressions dans le schéma national des véloroutes, de ne pas être représentée au bureau de l’ECF (Fédération européenne des cyclistes), alors que V&T y est, et de ne pas assez travailler avec la Fub, avec la quelle elle avait espéré un temps aller jusqu’à la fusion. Ça grogne, ça grogne, mais une telle position n’est sans doute pas facile à tenir.

Des finances saines

Terminons par les questions financières, car là il y a pire. Elle a environ un an de trésorerie et 3 salariées désormais. Elle fait rentrer de l’argent de mieux en mieux par sa contribution aux travaux de l’IGN, à qui elle fournit tous ses relevés (voir ici les engagements réciproques), et par son label 3V Belle voie attribué il y a quelques jours et pour 3 ans à deux premières voies, moyennant finances, la voie Chatellerault – Chauvigny et la voie Richelieu – Chinon. Elle touche aussi des subventions d’entreprises telles la Macif, déjà nommée, ou de Norauto, de la SNCF comme de la western front way pour la Via Pax, et aussi de la commission européenne, le tout représentant environ 2/3 de son budget. 

Changer d’image

L’AF3V n’est pas sereine pour autant, mais se sent grandir. Elle a d’ailleurs engagé la refonte de son site, et vient de changer de logo. Il paraît qu’il est « rassurant » car il garde les couleurs d’avant, mais que sa nouvelle typographie le rend dynamique. Le petit dessin à gauche représente le territoire national.

Elle a environ 700 adhérents et 90 associations, et puisqu’elle n’est pas une fédération cela fait quelques 10 000 personnes. Ses bénévoles disent crouler sous le boulot. Son président est Pierre Hémon, un retraité qui n’a pas peur de son ombre (voir son portrait par lui-même). 

L’AF3V, qui a connu de nombreuses tensions et turbulences depuis sa création (pour en savoir plus tapez sur le mot-clé af3v), ne m’était jamais apparue aussi riche d’actions. Pour autant il me semble qu’elle ne respire pas encore le bonheur, si le fait d’être derrière un écran ne m’a pas trop trompée.

La visite sur son site est riche de multiples intérêts : AF3V, Association Française des Véloroutes et Voies Vertes.

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12 réflexions au sujet de “L’AF3V en a encore sous le pédalier”

  1. Merci pour cette super synthèse. Nous avons besoin de ces regards extérieurs et parfois critiques pour nous situer. Hé oui l’AF3V n’est pas sereine mais elle reste cependant optimiste. Comment baigner dans une satisfaction benoîte lorsque l’on cherche à se développer et à accroître sa notoriété? Comme celle de bien des associations, la vie de l’AF3V n’est pas un long fleuve tranquille. On y croit cependant. Merci encore.

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  2. Je ne comprends pas le positionnement de l’IGN par rapport aux parcours cyclables. Comme indiqué dans l’article, il y a déjà une base de données (ON3V) alimentée par les collectivités territoriales via l’association Vélo et territoires. Pourquoi créer un doublon ? Pourquoi ne pas avoir sollicité l’association AF3V pour améliorer les données théoriques à l’aide des données pratiques ?
    L’État fait la promotion de l’OpenData à toutes les sauces, l’IGN a dû se plier à ses exigences (en partie) depuis début 2021, mais… on est encore dans un schéma du siècle dernier comme ce qui se fait de la même façon avec les itinéraires pédestres GR®.
    C’est bien pour l’association si ça lui permet de survivre économiquement puisqu’à priori elle est pas vraiment aidée par les structures publiques autres, mais c’est du « travail » associatif qui n’est pas reversé dans le commun et ça, ça me dérange.

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    • Pourquoi le travail associatif devrait systématiquement être reversé dans le commun ?
      Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un travail bénévole qu’il doit être gratuit et pillé par tous.
      Pour que la carte ON3V soit fiable, il faudrait que V&T valide sur le terrain la contribution des collectivités. Pour cela il leur faudrait une armée de bénévoles qu’ils n’ont pas.
      Donc autant aider l’AF3V par ce financement indirect le soin de tenir à jour cette carte.

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      • Pourquoi le travail associatif devrait-il être reversé dans le commun ? Parce que les gens qui font ce travail sur le terrain le font pour contribuer à l’intérêt général. Bien peu ont le désir de « créer de la valeur » pour le bénéfice exclusif de l’association.
Votre emploi du verbe « pillé » est symptomatique du fait que vous voyez le travail comme une propriété et pas comme une contribution à l’intérêt général. On ne se fait piquer que ce qu’on possède. Ce qu’on donne, on est content qu’il resserve et que ça rende service.
Dans le cas de la FFRP, les propriétaires qui accordent le passage des sentiers de GR sur leur terrain ne savent pas que la FFRP se crée de fait une exclusivité et une rente. Ils le font pour l’intérêt général. En retour la FFRP s’octroie une propriété. Les coûts de balisage peuvent être largement couverts par d’autres financements publics. Qu’on ne vienne pas me dire que la publication des topos est le seul moyen de le financer, ni que l’ouverture des tracés digitaux empêcherait leur vente.
Pour ma part, je vérifie sur OSM des dizaines de kilomètres de voies cyclables et je publie le fruit de mon travail gratuitement. Je pourrais très bien être membre de l’AF3V, mais je ne le deviendrais certainement pas si elle continue à prendre de telles options et si son modèle est de se positionner en concurrente des autres assos.

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    • Tout à fait d’accord avec vous (Axelos). Cette guéguerre entre associations est intolérable. L’intérêt général devrait être leur principal objectif. Hélas, les dirigeants sont souvent des personnalités fortes intéressées à diriger « leur » association en fonction de leur propre vision. Certes, rien n’empêche d’autres membres de se proposer mais ils n’ont pas forcément envie de faire de la politique interne. En plus, dès qu’il y a des permanents, il y a des emplois à préserver, donc les permanents peuvent oublier l’interdépendance entre eux et les dirigeants. La recherche de synergies avec d’autres communautés passe bien après et sert souvent à augmenter l’influence ou les moyens. La recherche de l’intérêt général est de fait très secondaire.
      Parfait exemple que celui de la FFRP avec la question de la propriété intellectuelle sur les GR® (impossible de repérer les GR® sur une carte, y compris en OSM, sans payer des droits à la FFRP qui préfère se garder un monopole sur la vente de ses topo-guides).
      Ce scandale est à circonscrire absolument. Si on venait à la même situation pour les vélo-routes ce serait catastrophique.
      Il y a nécessité d’être vigilant car une fois le cadre juridique posé, il est très difficile d’en sortir. On a bien vu la réponse qui a été faite.

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      • Ce n’est pas une question de guerre entre les associations mais de protection de notre travail et de la survivance d’emplois que nous avons créés, que nous souhaitons maintenir, pour lesquels il nous faut des ressources financières. C’est une utopie de croire que les subventions publiques peuvent y subvenir actuellement.
        Nous travaillons bien pour l’intérêt général en faisant tout ce travail puisque les usagers en bénéficient au travers de notre carte interactive et de nos actions militantes. Par contre, nous n’avons pas la naïveté de croire que des données mises librement à la disposition dans la meilleure des intentions ne font pas les choux gras de sociétés aux intérêts privés. Ainsi, demandez-vous de quoi vit Geovelo si ce n’est du travail gratuit de personnes aux intentions altruistes…? Qui y a-t-il derrière OSM ? les GAFA.
        De plus, lorsque nous mettons à disposition des données libres de droit, quelqu’un peut s’en emparer et les protéger à son propre profit. Il y a des personnes qui ne vivent que de ça sans même avoir à sortir de leur bureau. Que diriez-vous si un jour vous étiez obligés de payer pour accéder à votre propre travail parce qu’un de ces vautours à mis la main dessus? Je pense que la FFRandonnée a bien raison de s’en prémunir.
        Nous ne vivons pas dans un monde de scouts ni de bisounours.

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        • Je suis d’accord avec cet argumentaire, mais les GAFA ne sont pas derrière OSM. C’est faux et archi faux. Au contraire, OSM permet à des sociétés françaises comme Géovélo de se passer des services de Google et c’est très bien.

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  3. Merci chère isabelle pour ce bel hommage à l’AF3V largement mérité.
    Responsable de feu la Mission nationale des VVV, j’ai beaucoup apprécié le professionnalisme et l’esprit d’équipe de l’AF3V.
    Pour les Coordonnateurs Hubert Peigné et Dominique Lebrun , l’AF3V était un partenaire incontournable. Je citerai notamment l’élaboration du Schéma national des VVV, adopté en CIADT en 2010, où l’AF3V a tenu un rôle primordial. Souvenirs…
    ▶️ Certains commentaires font état de relations parfois difficiles entre les associations qui promeuvent le développement du vélo et bien évidemment des voies cyclables. Compte tenu du nombre d’associations, c’est vrai. C’est pourquoi nous organisions des réunions de toutes ces associations pour essayer de fédérer les énergies. J’ignore si l’actuel Coordonnateur a poursuivi cette démarche de concertation. En tout cas l’AF3V a toujours eu le souci de coopérer.
    ▶️ Personnellement, je regrette que la DGITM (Direction générale des Infrastructures terrestres et maritimes) ne dispose pas de la compétence vélo ne serait-ce que pour aiguillonner les organismes dont elle assure la tutelle, SNCF et VNF, détentrices d’un potentiel de linéaires pour de futures voies cyclables, en jachère.
    ⏩ Je souhaite plein succès à l’AF3V et assure ses militants de mes très amicales pensées.

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  4. Mon avis d’usager sur l’AF3V. Quand je l’ai connue, elle me semblait militante et utile mais ce qu’elle proposait était assez mauvais : malgré un excellent travail des bénévoles pour relever les tracés sur le terrain, le vieux site ne proposait que des cartes Google pas pratiques du tout car elles ne permettaient pas une vision d’ensemble du réseau.
    Je rêvais devant le site Swiss Mobil et sa cartographie complète du réseau helvétique. Aujourd’hui, avec les cartes IGN et le SIG qui représente la totalité du réseau, consultable de n’importe où avec un mobile, l’AF3V offre aux usagers une cartographie qui vaut largement celle du site suisse, et le dépasse même en précision.
    Le chemin parcouru est énorme et c’est une grande satisfaction pour moi en tant qu’usager.

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  5. Mon avis de contributeur de ces données. Je voudrais répondre aux personnes qui ont lancé le débat sur les données libres.
    Je suis moi-même un partisan du logiciel et des données libres (je ne suis pas étranger au fait que l’infrastructure du SIG soit entièrement basée sur du libre). Je suis contributeur d’OpenStreetMap occasionnel.
    ▶️ Au délà de l’aspect financier, de toutes façons il n’est pas souhaitable de rendre les données AF3V libres et modifiables par n’importe qui car elles répondent à des objectifs et un cahier des charges précis, auquel seuls les bénévoles formés savent répondre.
    ▶️ Les collectivités ne peuvent pas faire le même travail car elles ne disposent pas d’équipes de bénévoles (ça n’est pas leur rôle).
    ▶️ Quant à ouvrir les contributions à tout le monde sur le modèle d’OSM, ça ne fonctionnerait pas non plus car le cahier des charges ne serait plus respecté.
    ⏩ Par contre, si vous souhaitez produire ou utiliser des données libres, la plupart des tracés des véloroutes et voies vertes figurent sur OSM, et rien ne vous empêche d’ajouter ce qui n’y figure pas… en respectant le cahier des charges d’OSM qui n’est pas celui de l’AF3V.

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