Se loger en voyage à vélo en France (3) A quoi servent les plateformes de réservation ?

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Les chambres d’hôte, initialement prévues pour permettre aux agriculteurs et éleveurs d’arrondir leur retraite et d’occuper leurs locaux après le départ des enfants, ont été débordées par les petits hôtels se transformant en chambres d’hôtes, moins taxées et demandant moins de travail, et, surtout, par les locations de chambres, d’appartements ou maisons, chez l’habitant ou pas, gérées via l’internet par des plateformes internationales, obligeant de-facto à se servir d’un ordi-phone, et souvent d’une boîte à clés. 

Le 19 octobre 2025 Le Monde titrait « Comment Airbnb a fait de la France son terrain de jeu favori ».

« En quinze ans, le site s’est imposé en France, « pays des vacances » et destination touristique phare, grâce à un lobbying efficace et une fiscalité douce. Au point d’aggraver la crise du logement. « 
Ceci concerne autant le rural que l’urbain. 

Il s’avère que Airbnb (c’est probablement la même chose pour les autres plateformes) a un avantage fiscal très important, lui assurant paraît-il jusqu’à 71% de son chiffre d’affaire, et qu’il vend aussi (depuis assez récemment), des visites originales, des livraisons de repas  etc. expliquait le quotidien La Croix le 8 juillet 2024. Jusqu’en 2024 les meublés de tourisme non classés avaient un abattement fiscal de 50% si leurs recettes annuelles étaient inférieures à 77 700 €. Il a failli passer à 30% pour des recettes inférieures à 15 000 euros annuels.

Par ailleurs il se peut que le loueur prenne des précautions complémentaires, comme je l’ai vu cet été :

Cet hébergement est géré par un hôte privé (une partie n’agissant pas dans le cadre de son commerce, son entreprise ou sa profession). La législation européenne relative aux droits des consommateurs ne s’appliquera pas à votre réservation, y compris le droit de rétractation.

Ce n’est qu’en novembre 2024 que la loi a rendu moins intéressante pour les propriétaires la location de meublés de tourisme, en créant la possibilité, pour les communes et les copropriétés, de limiter leurs activités, rapportait le journal Vie Publique.  

Le 20 octobre 2025 le titre du quotidien du soir était Airbnb a façonné l’idée que tout peut être rentabilisé. C’est une logique d’optimisation permanente.

« Des milliers de propriétaires ont découvert ses avantages : c’est un système très rentable, flexible, avec une demande forte dans de multiples territoires. Airbnb » a rendu viable la bi-résidence pour toute une partie de la population. »

J’ajoute que Booking et Airbnb entretiennent la confusion entre tous les types d’hébergements, font monter les prix à mesure que vous faites votre recherche, et, à la campagne, ne considèrent jamais l’emplacement précis comme un critère… et vous enverraient volontiers à 30 km de votre demande.

Cette entreprise, Airbnb, qui « oublie » de percevoir et reverser les taxes de séjour, ne paye pas non plus d’impôt sur les sociétés, puisque son siège est en Californie. C’est un manque à gagner considérable pour l’Etat. Ses deux marchés les plus importants sont ceux du Canada et de la France, les deux suivants étant les USA et le Royaume-Uni.  Le Monde accusait Airbnb d’avoir «dynamité le marché de l’hébergement touristique ». En 2024 son chiffre d’affaires mondial se chiffrait à  11 milliards de dollars, toujours selon la même source. Durcissement des règles et resserrement des budgets des clients,  tout cela pourrait annoncer que « la fin de l’âge d’or approche », concluait le journal.

Vous aurez peut-être remarqué que de nombreux hôtels sont revenus de ce système de réservation, notamment dans les zones rurales. Ils incitent à réserver directement, même oralement par téléphone, comme avant … Ils se sont rendu compte que tous comptes-faits les non-présentations n’étaient pas si fréquentes que ça, d’autant qu’ils disposent désormais du numéro de téléphone du client (il m’est en effet arrivé une fois que l’on m’appelle alors que j’étais déjà dans le train : dans l’urgence j’avais laissé un texto mais le patron ne l’avait pas vu …). Au passage ils économisent sur ce qu’ils payaient -variable selon les établissements- à la plateforme, ainsi qu’à ses conditions (nombre de chambres pour lui, pas de tarifs inférieurs au sien, etc), variables elles aussi selon les cas. Pour le client c’est aussi un gros avantage. Non seulement il a des chances de payer moins cher, bien que cela n’ait pas été toujours le cas, mais il retrouve aussi le contact direct, très utile par exemple en cas d’erreur. Cela m’est arrivé une fois, l’application m’avait fait payer 2 fois le tarif, et pour être remboursée j’ai dû remuer ciel et terre et fournir à plusieurs reprises mon dossier, qui finalement fut traité en Angleterre. Pour les demandes spécifiques aussi c’est plus facile. Quant aux annulations elles sont difficiles, voir quasi-impossibles si l’on passe par ces systèmes, sauf erreur de ma part.


Déjà en 2015 une campagne de communication européenne en 17 langues et dans 27 pays avait justement eu pour objectif d’inciter les consommateurs à réserver leurs nuits en direct auprès des hôteliers (source : TourMaG). Je ne sais pas si cette communication a eu de l’influence, mais de plus en plus de gens relèvent les coordonnées grâce au réseau et téléphonent directement à l’établissement.

Les grandes chaînes hôtelières, Ibis, Jost et autres, elles, ont leurs propres réseaux, et il est difficile de s’en affranchir … Dès que vous faites la moindre erreur (celle sur les dates est fréquente, m’a-t-on avoué) vous avez un mal fou à vous en sortir, malgré la possibilité de téléphoner. Je me souviens avoir perdu une promotion juste à cause d’une erreur d’un jour, vue immédiatement, suivie d’un appel téléphonique dans la seconde. La machine était reine. J’ai également plusieurs fois demandé une chambre au rez-de-chaussée, ce qui est rarement suivi d’effet, juste pour être sûre de pouvoir rentrer mon vélo… Mais au moins là je tiens un argument, qui, une fois sur place, finit par me faire obtenir un abri, bien que quelque fois très peu pratique…


Il est vraiment mieux de réserver par téléphone ! Le problème, m’a expliqué un patron d’hôtel classique, ce n’est jamais avec les cyclistes ou les retraités. Ils finissent toujours par arriver et ne salissent pas. Ceux qui posent problème ce sont les cadres et leur famille qui se croient les rois, volent du matériel, laissent leurs déchets en vrac, ne déclarent pas tous les occupants, ne tirent même pas la chasse d’eau, bref, manquent totalement de respect.

Les cyclistes sont les bienvenus, mais aimeraient des prix mieux contenus. Car l’évacuation de Airbnb, Booking, Tripadvisor et les autres ne résoudrait qu’une partie des problèmes, comme nous le verrons plus tard. Je me répète, je me demande si une partie de la solution ne serait pas d’avoir quelques chambres d’hôtel classé, et d’autres plus sobres (chambres très petites sous les toits ou même sanitaires et douches au bout du couloir). Voir l’article sur les Auberges de jeunesse.

Les cyclistes sont saisonniers, certes, et il leur faut un garage, mais ils consomment à tous les coups sur place. Au moins à la boulangerie. Et s’ils ne soupent pas sur place c’est que le chef a oublié de s’adapter à la clientèle de l’hôtel.

A Paris comme certainement ailleurs, les locations occasionnelles en meublés touristiques (pour les chambres d’hôte le propriétaire vit sur place) utilisées par les cyclistes comme tout le monde, sont accusées non seulement de ne pas payer ce qu’elles devraient, la taxe de séjour étant la plus emblématique, mais en plus de faire sortir du parc locatif énormément d’adresses.

Dans les rues de Paris

Avant tout je précise que parmi ces logements vides il y en a beaucoup qui ne sont tout simplement pas habités. C’est semble-t-il la crainte de gérer un locataire qui en est la principale cause, ainsi que les successions compliquées.

Le 4 juillet dernier Jacques Baudrier, adjoint au maire de Paris en charge du logement, se réjouissait : 

La loi Echaniz-Le Meur a permis de revenir sur une aberration totale qui protégeait juridiquement une grande partie des loueurs de meublés touristiques illégaux. Pour gagner nos procès contre eux nous étions obligés de produire une fiche datée exactement du 1er janvier 1970 prouvant qu’il s’agit d’un lieu d’habitation. 
Et de fait cela permettait à une grande majorité de fraudeurs d’échapper à toute sanction.

Depuis le vote de la loi Echaniz-Le Meur nous gagnons pratiquement tous les procès que nous intentons, dont récemment une amende de 585 000 euros contre un multi-loueur de meublés touristiques illégaux dans le 9e arrondissement.
(…) 25 000 meublés touristiques illégaux vont pouvoir revenir sur le marché des résidences principales.

Explications dans Le Figaro (7 juillet 26) :

 «Un local est réputé à usage d’habitation s’il l’a été entre 1970 et 1976 ou à un moment quelconque au cours des trente dernières années. Une occupation, même temporaire, suffit à faire jouer la présomption. Là où il fallait autrefois prouver l’usage à la seule date du 1er janvier 1970», explique Me Lorène Derhy, avocate qui défend des propriétaires de locations touristiques face à la Ville de Paris. Et c’est ce changement dont profite la mairie pour traîner en justice des centaines de propriétaires.

Le 17 août 2026 c’était au tour de Alternatives économiques de donner une information encourageante : Sur l’île d’Oléron, les millions obtenus d’Airbnb financent le retour des locations à l’année.

Si vous y passez en hiver, comme dans toutes les stations de la côte atlantique sud, vous vous prenez à rêver à tous les sans-abris de nos villes. Sur cette île 20 000 logements sont fermés tout l’hiver, pendant que la pénurie de logements se poursuit pour les gens installés à l’année.

La commune a donc institué une « prime à la conversion » qui intéresse surtout les propriétaires qui ne viennent jamais. L’argent, ils devraient l’avoir trouvé en récupérant les taxes jamais payées par les plateformes, si le tribunal ne leur donne pas tort. Il y a d’autres exemples similaires quoique différents dans l’article. 


Le Conseil d’Etat annule le maintien de la niche fiscale Airbnb. La Croix – AFP, 8 juillet 24.

Loi du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale. Publié le 20 novembre 2024 dans Vie publique. Cette loi transpartisane vient encadrer les meublés de tourisme type Airbnb pour favoriser le logement permanent : fiscalité moins favorable, DPE obligatoire, pouvoirs des maires renforcés… Il s’agit d’apporter une réponse à la crise du logement dans de nombreux territoires, de la Bretagne au Sud-Ouest, du littoral à la montagne.

Loi anti-airbnb : la plateforme va-t-elle finir par disparaître ? Pretto, mis à jour le 12 novembre 2025. Plus de pouvoir aux communes pour réguler (20 000 communes sont concernées !), hausse de l’importance du critère efficacité énergétique. La bataille ne fait que commencer.

Ministère des Finances, 17 mars 2026 :
Vous souhaitez mettre en location votre résidence principale de manière ponctuelle ? Ce type de location, dit « meublé de tourisme », est strictement encadré par la loi. On fait le point.
Le seuil du régime micro-BIC évolue en 2026 : celui-ci est porté à 83 600 euros pour les meublés de tourisme classés. À noter que le seuil est inchangé pour les meublés de tourisme non classés, avec un seuil à 15 000 euros pour pouvoir bénéficier du régime micro-BIC.

Par ailleurs, d’autres évolutions entreront en vigueur au plus tard le 20 mai 2026 :

  • la procédure d’enregistrement préalable de votre activité deviendra obligatoire dans toute la France, et devra être effectuée depuis un portail unique,
  • en cas de logement insalubre, le maire pourra suspendre la validité du numéro d’enregistrement et émettre une injonction aux plateformes de location de courte durée de retirer ou de désactiver l’annonce du logement concerné.

La durée de location ne doit pas excéder 90 jours consécutifs à un même client par année civile (du 1er janvier au 31 décembre). Les meublés de tourisme sont généralement proposés en location à la journée, à la semaine ou au mois via des plateformes numériques (Airbnb, Abritel, Booking, etc.).


Alors si rien de tout ça ne suffit, voyons dans le dernier article les autres solutions pour bien dormir.

⏩️ Mes remerciements à Michel Ripoli, qui attend cet article depuis plus d’un an ! 

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