La FlowVélo, une véloroute bien … floue

Son inauguration était prévue pour 2017, la première tache de son comité d’itinéraire était la signalétique. Ils n’ont pas dû faire grand’chose de plus et son nom est resté dans le flou. Tout comme sa thématique, s’il y en a une.

Parcourir la Flow vélo dans le sens du guide (d’est vers ouest) c’est l’assurance de commencer par une superbe descente dans un paysage grandiose, de quoi vous gonfler d’optimisme. Mais c’est aussi remonter plusieurs grosses côtes dans la foulée, alors que vos muscles ne sont pas encore faits. Alors commencer sur la côte atlantique ? Surtout pas, car sans pouvoir suivre le guide vous vous perdrez, et les chemins de la Charente-Maritime, caillouteux, tordus, sableux, herbus, pourraient vraiment vous décourager de poursuivre vers la Charente et la Dordogne. 

Voies vertes et Véloroutes de France – IGN-AF3V, 2020

La partie en Dordogne est remarquablement bien fléchée, l’implantation est parfaite et la taille des lettres s’affranchit des règles pour être, tout simplement, lisibles de là où on en a besoin.
En Charente, pourtant pilote du projet, cela devient très approximatif, sans soin, quelque fois même imprécis, ce qui m’a valu quelques erreurs.
Plus à l’ouest c’est encore pire, les panneaux deviennent riquiqui, posés n’importe où sans considération pratique, et n’indiquent presque plus ni lieux traversés eni destinations. Le guide du Routard parle ici de «partiellement fléché», par une prudence normale vis à vis de ses commanditaires.

A ce compte je me suis trompée plusieurs fois, au point de compléter moi-même quelques panneaux entre Rochefort et La Rochelle. Dépasser Angoulême au hasard, se tromper de sens à Saintes (et attendre 2 km le premier panneau), louper l’accès au bac de Rouffiac et devoir foncer sur presque 10 km de chemin cabossé pour attraper le suivant … tout en croyant en être au premier puisque rien n’est indiqué. Chercher à s’organiser des raccourcis quasiment à l’aveugle, alors que l’itinéraire fait un tas de détours (Saint-Savignien à Cabariot), le dernier de 5 km dont une côte correspondant à 300 mètres de canal en cul de sac sans passerelle (Romegoux), rouler sur du goudron fendillé, puis envahi d’herbes, monter une côte pour rien à Châtelaillon, et finir épuisée à La Rochelle, tout cela a fait partie du programme. 

Guide du Routard, la Flow vélo, février 2020, p. 94

Cette véloroute a finalement été inaugurée en juillet 2020 (voir le site de l’AF3V) et a eu beaucoup de succès dès cette année. Les campings ressemblaient presque à des gites du chemin de Saint-Jacques, où s’échangeaient les bons tuyaux, et le nom du camping (un seul !) qui n’aime pas les cyclistes… Tous les campings sont très bien, même celui qui nous donne un sac pour notre poubelle « parce que les cyclistes » y laissent tout partout. Les paysages, les villages et villes, valent vraiment le déplacement. Rochefort, Saintes, Jarnac … pour ne citer que les plus impressionnantes pour moi. Quelques sombres ruines aussi, que je garde comme un trésor.

Ouest de Rochefort, financement de la route de dégagement parallèle à la D137, devenue voie express

Cette véloroute ne semble pas avoir bénéficié de travaux d’infrastructures. Lorsque que le guide nous dit «voie partagée» cela ne veut pas dire route goudronnée pour autos mais plus souvent chemin blanc avec trous et ornières, où en plus sont autorisées les autos. Lorsqu’il nous dit «voie verte» cela peut être belle piste cyclable comme sentier de 10 cm de large, piste en béton fendillé ou goudron percé d’herbes. Les parties « dégradées » ne sont en réalité pas aménagées du tout, ou vieilles depuis longtemps.

La fin est pire que tout, et le prolongement jusqu’à La Rochelle, une cinquantaine de km depuis Rochefort, pourtant commun à la véloroute européenne du littoral, un enfer de sable, pavés, ondulations, ornières et racines … Mon vélo y a souffert autant que moi, et deux jours de suite nous avons semé des vis. A chaque fois les magasins Cyclable de Rochefort puis de La Rochelle m’ont très aimablement et simplement dépannée. Merci pour leur accueil à Jérôme, Cyrille et leurs collègues, et mention sur le fait qu’ils sont désormais les représentants pour la France de la marque moulton, même si seule la vitrine en témoigne. Passez les voir … Les magasins sont tous deux en bordure de bassin, et sont pleins de merveilles.

A Rochefort, Christophe, de retour de la Born to ride, Cyrille, Jérôme.

Sans le guide du Routard vous n’auriez jamais trouvé votre chemin. Les cartes y sont très lisibles, les renseignements précis et complets, les textes juste pas plus longs que nécessaire, les explications pile indispensables. J’ai assez tapé sur leurs premiers essais dans le vélo pour ne pas devoir le dire. Je crois que mon seul regret est que les mécanos, les épiceries (certaines villes en sont dépourvues, d’autres en ont gardé, autant ne pas errer dans les côtes et les déserts), les campings et auberges de jeunesse ne soient pas situés sur la carte. Il y aura sûrement d’autres éditions, ce qui au passage leur permettra de trouver la formule de pliage de la couverture, mais ce n’est pas l’essentiel.

De cette véloroute je retiens encore qu’elle ne propose pour l’heure que peu d’hébergements hôtelliers (ou à des prix les sortant du jeu) ou de chambres d’hôtes (toutes étaient pleines lors de mes recherches), ce qui avait rendu le camping indispensable. Auberges de jeunesse dans les grandes villes, et à deux reprises des citoyens offrant le gite dans leur jardin, viennent un peu y pallier. 

Je vous signale aussi qu’au pied d’Angoulême vous tomberez sur un circuit permanent d’éducation routière pour enfant, en libre accès non surveillé, donc super motivant. Mais je suis incapable de vous dire où il est exactement.

 

Et pour le reste, sachez que l’itinéraire ne fait que 300 km environ, croise la véloroute des pélerins puis celle du littoral, et peut se poursuivre à La Rochelle par la vélo-francette. Cela fait pas mal de raisons de la découvrir, mais aussi de bonnes excuses pour ne pas l’aménager et en dynamiser les services … Elle ne devrait pas être primée meilleure véloroute européenne avant longtemps, et m’a fait un peu honte, car nous ne sommes plus en 1970 … Elle ne répond d’ailleurs pas aux critères européens publiés par l’ECF (fort % de plat, revêtu, direct, sécurisé etc. Voir aussi sur la page dédiée). Et pourtant, au total j’ai beaucoup aimé ce petit périple, qui peut correspondre à une semaine de détente sans la moindre idée d’avancer à bon rythme.

 

La communication institutionnelle est ici. Il en faut, car l’AF3V (association des véloroutes et voies vertes) ne la reconnait même pas sur la carte générale de son site …

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8 réflexions au sujet de “La FlowVélo, une véloroute bien … floue”

  1. Bonjour Isabelle, si l’AF3V ne reconnaît pas (encore) sur sa carte interactive cette Flow Velo – une dénomination pas très heureuse de surcroît – ce n’est pas vraiment à déplorer quand on lit les difficultés que vous avez éprouvées pour la parcourir. Quant à la communication institutionnelle sur cette Flow Velo, je la trouve médiocre. On ne peut alors demander à l’AF3V qui fait ce qu’elle peut avec ses contributeurs bénévoles d’être plus royaliste que le roi.

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    • Bonjour, pour avoir fait également la « floue vélo » cet été, d’Angoulême à Marennes, via Rochefort, je suis d’accord pour dire que le balisage est très mauvais. C’est également les réflexions que nous avons échangées sur le parcours avec d’autres cyclistes.

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  2. Bonjour, je pratique le cyclotourisme depuis plusieurs années. Je pense qu’il faut accepter de sortir de son confort, et accepter les chemins. Faire du cyclotourisme, ce n’est pas prendre l’autoroute. Alors oui, certains chemins sont mauvais, mais la nature est présente, heureusement, et on peut admirer la faune, la flore, rencontrer des gens et échanger. C’est aussi le but du cyclotourisme. J’ai pris cette Flow vélo en juin, dans le sens inverse. Je n’ai pas remarqué tous les problèmes d’affichage et, effectivement, à 2 reprises, j’ai hésité. Mais on demande aux personnes rencontrées qui sont ravies de nous renseigner et de discuter. Il faut garder l’esprit, les yeux, le coeur ouverts, oublier ses habitudes, son confort et prendre le temps. C’est à ce moment là que les belles rencontres se font et que l’on est heureux d’être sur un vélo, même sur un chemin caillouteux! C’est ça aussi l’aventure ! Et juste une précision, voie partagée, comme son nom l’indique, est une route, en général de faible trafic que l’on partage, voiture et vélo. Et heureusement que toutes les voies vertes ne sont pas goudronnées, sinon où serait l’intérêt ? Et quand on fait du cyclotourisme, il faut connaître un minimum son vélo, savoir faire des petites réparations… Sinon c’est comme randonner en tong sans casquette et sans eau : inconscient, inconséquent, voire dangereux… Vive le vélo !

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    • Ce n’est pas parce qu’on pratique le cyclotourisme (si ce mot a encore un sens…) qu’on apprécie les chemins mal revêtus, caillouteux et à l’écart des villages qui présentent souvent plus d’intérêt que les routins sélectionnés par on ne sait qui.
      Habitant à Rochefort et pratiquant le tourisme à bicyclette depuis plus de quarante ans, je connais par cœur le secteur entre Cabariot et Saintes et je peux dire qu’il y a de bien meilleures petites routes, d’un point de vue revêtement, intérêt touristique et sécurité, que celles choisies pour cette véloroute au nom bien ridicule…
      Ce doit être une spécialité charentaise-maritime car, sur la Vélodyssée, le constat est le même ! Il y a encore du boulot pour que ces itinéraires, qui sont dévolus à une pratique de la bicyclette ouverte au plus grand nombre, deviennent fiables et cyclables dans de bonnes conditions.
      Vive le vélo en effet mais pas n’importe comment…

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  3. J ai parcouru la flow vélo cet été avec un grand plaisir ! Les paysages sont grandioses… Le vallonement du Périgord… Oui ça monte… Et nous il faisait 37° mais si ça monte trop on descend du vélo… Et l’ombre est comme une bénédiction ! Les mûres mures ! Les rives de la Charente sont bucoliques à souhait… L’océan est grandiose à Fouras ou à Aix.. Non il n’y a pas besoin de boussole, et puis chercher les raccourcis à tout prix, je ne comprends pas trop. Nous avons une chance inouïe en France d’avoir un réseau de voies vertes et de véloroutes extraordinaires que les étrangers nous envient ! La flow vélo n’a pas sa forme définitive, il y a un projet de rejoindre les 2 morceaux d’ancienne voie ferrée (départ de Thiviers et coulée d’oc) les terrains sont achetés et la réalisation était prévue pour 2021… Avec le covid il y aura peut-être du retard. Cela nous a été confirmé.
    Nous avons été séduits par la flow vélo. Stop aux autoroutes à vélos trop souvent électriques pour bobos comme à l’île de Ré par exemple.

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  4. Pour avoir parcouru la flow cet été il est vrai qu’il y a des chemins peu adaptés mais avec une bonne carte on trouve des variantes. Jolie région mais parcours trop jeune à améliorer et à prolonger ver la Dordogne.

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  5. Pour avoir participé à l’origine du projet en Dordogne au milieu des années 70, je me permets quelques commentaires. Au départ de Thiviers et jusqu’à Saint Pardoux la Rivière, la voie verte emprunte l’emprise de l’ancienne ligne ferroviaire de Brive à Angoulême. Pour peu que l’on sorte de l’itinéraire balisé, on peut trouver accueil et ravitaillement à Saint-Jean-de-Cole, Milhac-de-Nontron et Saint-Pardoux-la-Rivière.
    Ensuite, un itinéraire balisé sur de petites routes permet provisoirement de rejoindre la Charente. (les terrains de l’ancienne voie ferrée sont en cours d’acquisition) Les finances du département de la Dordogne ne permettent pas d’aller plus vite mais ce qui est fait est bien fait et accueillant.

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    • Il est vrai que l’itinéraire est encore un peu léger, mais le Grand Cognac a tout planifié en voie verte au bord de la Charente, soit de la sortie d’Angoulême jusqu’aux portes de Saintes.

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