Place de la Concorde : Paris ressort un projet vieux de 25 ans

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L’enthousiasme pour les rues transformées en jardin est palpable à Paris, la ville la plus dense d’Europe. Environ les 2/3 des électeurs ayant participé le 23 mars 2025 ont votaté en leur faveur. Mais ils n’étaient que 4% du corps électoral, dont 300 jeunes ayant profité de l’élargissement des critères de participation.

Je ne crois pas que cela va freiner la frénésie de plantations qui a pris la maire de Paris, y compris à des endroits historiquement minéraux comme la place de grève devant l’Hôtel de Ville. Il paraît que ce genre de passion est fréquente chez les gens âgés.

Celle qui quittera le pouvoir en mars prochain laissera au moins la verdure comme véritable héritage (elle oublie souvent ce qu’elle doit à ses prédécesseurs …). La faible participation n’était-elle pas précisément due au fait que les projets étaient trop petits et sans assez d’ambition verdoyante ?

La place de la Concorde c’est tout autre chose. Ce projet peut marquer les esprits, ai-je immédiatement pensé, et faire de Anne Hidalgo une figure historique1On parle déjà d’une statue place du Panthéon.
La transfiguration de la place vient d’être confiée à un grand architecte, sur un plan très proche de celui d’il y a 26 ans, et « la végétation y retrouvera droit de cité grâce à la recréation de ses fossés plantés d’origine et la désimperlimpinpinsition des parterres » (Le Moniteur, 27 mars 25). L’image d’illustration nous rappelle furieusement le projet de Jean Tibéri, ce qui pourrait entraîner un nouveau procès. Pourtant, à la différence du projet tibérien, aujourd’hui on ne parle pas de vélo. Cela paraît étrange, encore plus lorsque l’on constate que Jeanne Bruge2directrice adjointe du Collectif Vélo Île-de-France figure parmi les experts chargés de « fixer les règles du jeu des possibles sur la place : prescriptions sur les vues, la mise en valeur du patrimoine, la place du végétal, etc. »
Le « etc » ne voudrait plus dire Vélo alors ??? Paris serait déjà la capitale mondiale du vélo en nombre de kilomètres ? Une piste sur la place de la Concorde ne ferait que 360 m de long, même pas un demi-kilomètre, ce qui effectivement ne vaut pas la peine.

Projet Hidalgo, 2025

Mais curieusement le site de la Ville ne dit pas tout. Le journal Le Parisien du 28 mars 2025, dont au moins un journaliste devait être à la conférence de presse, précise heureusement ce que la plupart ne verront pas : la partie Est de la chaussée sera réservée aux piétons et aux cyclistes. Cela veut bien dire que la circulation motorisée passe à l’ouest, bus, autocars, taxis et autos privées sur une seule file par sens (ou plus, nous ne le savons pas encore). De plus les pelouses sont un retour au 18eme siècle, nous dit-on fièrement, à une époque où Paris était plus petite et les touristes absents. Et la République bien morte.
Si ça nous fait comme au Champs de Mars ou aux Invalides, deux lieux dévolus aux armées, on est quand même mal barrés. Les pelouses y subissent de tels assauts qu’on est obligé de les barricader régulièrement. Je vous souffle la solution pacifique … il faut mettre des bancs davioud de toutes tailles et partout.

Quel serait le bénéfice de ces changements ? Une traversée plus facile qu’aujourd’hui entre Tuileries et Champs-Elysées, assortie d’une perte d’espace piétonnier, pour faire des photos, bavarder, se reposer, acheter des souvenirs, mais aussi protester ou manifester … Au compte des inconvénients, ajouter la mixité des espaces de circulation motorisée, autobus et automobiles d’un côté, et de mobilités actives, piétons et cyclistes, de l’autre, avec conflits programmés. Ce ne sont pourtant pas les Armées qui ont demandé ça…


On ne peut que constater que Tibéri laissait beaucoup de place à la fonction d’agora (réunion du peuple pour discuter, écouter des discours ou de la musique, jouer au diabolo ou à la marelle…) dans un esprit très socialiste, pendant que sous Hidalgo on est censés se prélasser dans l’herbe folle, ou marcher sans jamais s’arrêter, meilleure solution pour laisser aux pelouses leur fonction décorative, en privilégiant la circulation (motorisée comme mécanique et pédestre) à l’idée-même de place.

Pour Mme Hidalgo, la Concorde n’est pas une place, c’est une route avec de l’herbe sur les bords.
Une citoyenne (le prénom a été changé)

La circulation passait à l’extérieur pour Tibéri, elle passe en plein milieu pour Hidalgo. Qui est le plus moderne ? La piétonnisation de la Concorde est un « projet électoral » (au sens méprisant) avait-elle asséné au journaliste de Libération en septembre 1998 ! Une belle permanence qu’il faudra saluer avant de repartir du projet initial.

▶️ Les Parisiens rêvent toujours de la Concorde. Lorsqu’ils ont compris que Delanoë l’abandonnait, n’en dirait nul mot, le passerait par silence et à la trappe, ils avaient été sidérés, comme à l’annonce d’un confinement.

La place de la porte-Maillot, la place de la Nation et la place du Trocadéro ont aussi donné une belle place à la verdure et au vélo là où ne régnait que l’automobile. La place de Catalogne est aussi remarquable puisque son espace, qui avait été prévu pour faire passer une autoroute (la radiale Vercingétorix), est devenu une plantation d’arbres ! Citons enfin les boulevards des Maréchaux dans le 16eme, qui, autour du tramway, sont devenus un vaste jardin, raccordé au bois de Boulogne et à la place de la porte Maillot, une résurrection de première grandeur.

On ne comprend pas pourquoi la place de la Concorde serait plus mal traitée.

La question se pose sérieusement car il y a d’autres projets dont les études ont été longues et chères,  puis abandonnés, voire même jetés en pâture aux Umbra krameri rapportés de Polynésie. Ils ne visaient pas à lutter contre l’automobile. Souvenez-vous de l’axe Trocadéro-Tour Eiffel, dont il ne reste que des pots de fleurs sur le pont d’Iéna et quelques peintures sur le sol du rond-point de la place du Trocadéro, ou de l’esplanade de la gare Montparnasse, qu’on aurait dû refaire depuis longtemps et pour laquelle un énorme travail de réflexion a été réalisé, puis brutalement arrêté à la fin du paiement au bureau d’études. Je pense aussi, vous m’en excuserez j’espère, aux garages à vélos de la gare de Lyon et de la dalle Montparnasse, deux bâtiments ne gênant personne et n’intéressant que les cyclistes, qu’on laisse pourrir les pieds dans l’eau, au sens sale.

Cette Inquiétude pourrait cependant être mal fondée, car après tout l’avenir du projet pour la place de la Concorde est lui aussi loin d’être assuré.

Les prescriptions de la Ville sont assez légères : « (La) commission Concorde prônait (…) que l’emprise de la voiture sera réduite au bénéfice des autres usagers. » (Le Moniteur). Sur le site de la Ville, pas mieux, pas un mot. 

Je vous ai sûrement déjà montré que bien qu’Hidalgo n’en dise mot le vélo avait gagné malgré elle. 

A-t-elle déjà perdu le contact avec son fétiche ou a-t-elle lu Julien Demade ? (« La marche est, de loin, le premier mode de transport à Paris, et le vélo connaît une croissance exponentielle dans laquelle la puissance publique n’est pour rien. Dans Paris, une ville piégée par ses illusions technicistes).


Le projet de la place de la Concorde est Initié par Tibéri, de Droite, en fin de mandat, ce qui signe sa chute; il est repris par Anne Hidalgo, de Gauche, en fin de mandat, qui ne peut plus tomber. C’est mieux, mais pas suffisant.

Ce projet était plébiscité par le peuple de Paris, cela n’avait rien changé. Vous devriez savoir que l’élection du maire de Paris est le fait des conseillers de Paris et non des citoyens. Ça peut changer, c’est en ce moment au Parlement.
Nouvelle époque, le projet d’aujourd’hui semble tomber à plat, ce qui simplifie tout, peut-être.

Ce qui restera c’est ce que soulignait Le Figaro dimanche dernier (29-30 mars 2025) : « Anne Hidalgo, trouble-fête des municipales à Paris, c’est à se demander qui est candidat », qui pourtant ne cite pas le projet présenté dans cet article, peut-être parce qu’ils savent qu’il n’est pas d’elle.

Mon pronostic est donc simple :

  • Le projet Concorde sera totalement revu. Sa réalisation sera envisagée, puis ça traînera. Je ne sais pas encore si on ira plus loin, ou même si on repartira du projet Tibéri. Nous pourrions avoir une forme simplifiée, à coups de blocs de bois ou de béton, et de bornettes en plastique, en profitant du bitume qui se fendille et des herbes qui reprennent le dessus. Les parties défoncées ne seront jamais refoncées, et on ne touchera pas aux parties déjà piétonnes, on les laissera elles aussi vieillir tranquillement. Plus on attend moins il y aura de touristes et d’autos, cela simplifiera la question des traversées. Et quand enfin le carrefour de l’Opéra laissera entendre le chant des derniers oiseaux, signant la proche disparition des autos, on décidera d’interdire les voitures à moteur place de la Concorde. Ce sera bien.

  • Restera à décider ce qu’on fait des dernières traces des couloirs de courtoisie, dits « de la mort », les bien nommés, successeurs chiraquiens des guillotines dans tous les coins de l’ouest de la place. Certains souhaitent qu’on les conserve comme des pièces historiques. Pour se souvenir de notre grandeur.

Personnellement, comme les Parisiens, je rêve toujours de la place de la Concorde. J’ai compris tout récemment que ses parties libres devaient être faites de la même terre que les parcs de la ville, avec des arbres et des vrais bancs davioud (allusion aux bancs miniatures qui sont prévus dans les petites rues – jardin), mais sans pelouses3il y en a à côté. J’ai aussi appris qu’ici c’était, dans l’ancien temps, un marécage. Va-t-il renaître dès le bitume fissuré et les pavés retirés, dans la zone d’épandage de notre chère Seine ?

Dans cette attente il faut absolument ne pas mélanger ce qui ne peut se mélanger, ce vaste espace doit être un lieu où les cyclistes ne viennent plus cogner les promeneurs, et où les autobus à impériale passent sans écraser les autos. La Concorde doit redevenir un lieu où l’on débat, où l’on voit du théâtre, où l’on célèbre la fête nationale … et où la Seine se plaît, à l’occasion.


Rien ne dit à l’heure actuelle de quel côté tombera la balance en mars 2026. Est-ce que ça changera quelque chose ? C’est la question que les Parisiens devront poser à leurs candidats.

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Pierre
10 mois

Cet article provoquera peut-être des discussions constructives. Le verdissement des villes est un courant de fond qui doit s’accompagner d’une meilleure intégration des mobilités actives et la une mise en valeur du patrimoine architectural.

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