Stein van Oosteren : l’apôtre du vélo publie son troisième grand texte

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par | Nov 15, 2025 | Réflexions | 3 commentaires

De son premier ouvrage, Stein a gardé le type de plan, et comme c’est le même éditeur, le genre de présentation, ainsi que le rituel. La photo de l’auteur avec son chat, dans son bureau, est de rigueur, bien que ce ne soit pas le même chat et que l’angle de vue du bureau ait lui aussi changé. Nous voici prévenus, l’angle du discours n’est plus le même mais c’est toujours une triade, Chat, Bureau, Stein.

Du second ouvrage il a gardé le jaune éclatant de la couverture, un éblouissement qui peut leur être survenu sans qu’ils le reconnaissent, et l’auteur de l’illustration. 

L’éditeur du 1er et du 3eme Livre est donc le même, écosociété, à Montréal, province du Québec, mais entre 2021 et 2025 le nombre de pages est passé, hors préface, notes et sommaire, de 182 à 326. Pas tout à fait le double. Si Stein a approfondi son sujet à chaque livre, c’est bien le même discours fondateur.

Dans le livre 3, que nous abordons aujourd’hui, l’auteur parle de transition écologique plutôt que du vélo tout seul comme auparavant. C’est l’urbanisme, et même l’écologie, qui sont devenus les vrais sujets qui annoncent tout, et qui relèvent pour lui d’une hésitation existentielle (titre du chapitre 3) qui touche la société entière.

Ce qui est frappant et intéressant c’est qu’il ne parle pas de technique, d’aménagement ou de concertation, mais de sensations, d’affectif, de ressenti. Lui-même étant diplômé en philosophie et en « psychologie de la culture et des religions » (mention très bien), il parle, selon ses mots, d’« Emotion et expérience incarnée : au-delà de la pensée cognitive », ce qui souligne, s’il le fallait encore, qu’il n’a aucune pertinence pour parler de carrefour, d’abaissement de seuil, de panneaux solaires, de stationnement délictueux ou de n’importe quel problème concret concernant le vélo. Si vous vouliez qu’il change l’eau de l’Armançon en grand cru, là aussi c’est trop tard. Dans ce livre il veut nous montrer que ce n’est pas par la technique (des nouvelles voitures, des logiciels époustouflants, des pistes plus ou moins larges etc) que l’on fera les miracles qui transformeront la société, mais par le discours, la conversation (chapitre 40), et le désir. Prêcher, ou raconter de belles histoires ? Raconter de belles histoires. C’était aussi l’avis de l’ADMA, une belle équipe d’avant-coureurs. 

Donner l’envie du changement ne peut passer que par le plaisir ou le rêve, pas par des démonstrations rationnelles, insiste-t-il. Pour l’exemple ce livre fourmille d’orateurs efficaces, de Martin Luther-King à Stein lui-même, ce qui est attesté partout où il s’arrête. D’ailleurs son discours est lui aussi simple, bien que, comme vous l’avez vu, il sait aussi faire très sophistiqué. De simple, son prochain ouvrage pourrait même n’être pas écrit, ce serait une grande marche à travers le pays que les témoins décriraient en donnant chacun sa version.

Comme Stein a une vocation, qui est d’entrainer les foules derrière lui, à l’origine pour créer la paix dans nos rues, désormais pour faire advenir l’aspiration au changement de société, une bonne partie du livre est constituée d’exemples pris dans sa propre vie. Il a fait des choses formidables et, tel un apôtre, propose que ses lecteurs en fassent autant. Certains disent qu’il la ramène trop, qu’il cherche à faire croire qu’il est à l’origine de tous les changements récents. C’est alors que vient le temps de s’en défendre, ce qu’il fait en citant un nombre important de Grands de ce monde, clercs, juges, scribes ou gouverneurs, saintes femmes, veilleuses ou précurseuses … dont étonnamment il ne dit pas grand-chose. Ils et elles apparaissent puis disparaissent, sans passé ni avenir, seul demeure Celui qui vous interpelle : quelle ville voulez-vous ? Et pourquoi le voulez-vous ? 

Ce livre est bâti selon le même principe que ses deux prédécesseurs. Il est fait de petites histoires, qu’en ce temps-là on nommait paraboles, distribuées par chapitres repérés souvent par le nom de leur destinataire, mais pas ici, qu’on peut lire dans l’ordre ou dans le désordre. Les titres d’ailleurs ne reflètent que vaguement le contenu, ce sont des ouvertures sur l’imaginaire. Par exemple le titre  « Renverser le récit dominant » ne vous parlera pas des Tables de la Loi mais de l’histoire du périphérique parisien, de Airbus à Toulouse, du rapport Gouffier-Cha et du vélo comme outil de déplacement pour les vieux. La partie sur la publicité a pour titre « Un pommeau de douche connecté ». Certains thèmes sont traités plusieurs fois sous des titres différents, comme dans les grands textes, surtout lorsqu’il y a plusieurs auteurs. 

Le thème de Stein ayant été le vélo, son livre en parle, d’une certaine façon. Comme tout apôtre Stein raconte ce qu’il a fait dans ce domaine désormais dépassé, et qui il a rencontré. Et comme tout diplomate il ménage les puissants, dont certains publient des articles très suivis. 

Le but assumé du livre est d’expliquer aux personnes déjà engagées sur le chemin quelle attitude elles doivent adopter pour être efficaces. Il ne vous dit pas ce que vous devez faire (car vous le savez déjà, sinon vous ne le demanderiez pas). Il vous dit quelle orientation doit avoir votre esprit. Son thème c’est le rêve, l’espérance et la foi. 

Un livre à garder sous le coude et à lire verset après verset, un livre à lire et relire chaque jour, pour s’en nourrir. Un Livre pour renforcer votre conscience du grand rêve qui vous habite. Un livre pour les engagés du vélo et de l’environnement qui trouveront probablement que j’exagère. Ils n’auront pas tort à cent pour cent car si Stein comme tout homme a ses faiblesses, il reste qu’il y a dans ce livre quantité de paroles qui, à tout le moins, vous révèleront ce que vous croyiez déjà savoir et que vous aviez oublié, ou que vous ne saviez pas si bien. Evidemment sa taille vous le fait mériter, et me donne raison, ce livre se lira chapitre par chapitre, il n’y en a que 53, plus la conclusion (3 pages), et la préface (10 pages). Les survoltés auront juste du mal à y entrer.

Stein van Oosteren

Éditions Écosociété
www.ecosociete.org


22,00 €

Les citations servant d’inter-titres proviennent de la page Linkedin de l’auteur, rubrique Formation.


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genevieve laferrere
2 mois

Isabelle ton texte sur le livre de ce nouvel apôtre qui, s’il faut te croire, doit être de tout urgence canonisé, est magnifique. Bel hommage mais il ne me donne aucunement envie de le lire: avant Stein, il n’y avait rien, désormais suivez Stein et la mobilité dans nos villes sera guérie. Ça manque un peu de modestie tout ça car s’il n’y avait pas eu Isabelle Lesens, Abel Guggenheim, Hubert Peigné, Frédéric Héran et quelques autres (excusez-moi de ne pas les citer tous mais ils se reconnaîtront) qui se sont mis en ordre de marche tous ensemble, sans tirer la couverture à eux mais avec le souci d’agir pour le bien de tous, on n’en serait pas là !
Resaisissons-nous: les habitudes de déplacement changeront si on agit avec les gens, au quotidien, en montrant l’exemple, pas en pontifiant et donnant des leçons genre « regardez-moi, c’est comme ça qu’il faut faire « . C’est pas d’un gourou dont nous avons besoin!

En réponse à  genevieve laferrere

Oui Geneviève, ce qui m’a sidéré c’est, en bas de la page 22, quand il explique qu’il est arrivé à Paris en 1996, qu’il était alors plus ou moins seul à vélo, et qu’il ne se posait pas de questions, puis 8 lignes après quand il décrit ses actions à partir de la fin 2016, sans la moindre allusion au fait que pendant ces 20 ans d’autres se sont posé les questions que lui ne se posait pas et ont agi en conséquence, rendant possibles les avancées qu’il attribue à sa seule initiative, lui permettant ainsi de se poser en exemple et en modèle pour les générations suivantes.
Pendant ces années tu donnais à la FUBicy, avec l’aide de son Comité Directeur, les fondations solides qui ont permis aux associations françaises, entraînées par Olivier Schneider qui t’a succédé à la tête de ce qui est devenu la FUB, de prendre une part essentielle au retour du vélo en France comme mode de déplacement à part entière.
C’est la suite ininterrompue d’efforts de nombreuses personnes, également dans les services techniques et parmi les élu·e·s de collectivités locales, dans les administrations aussi bien sûr, et dans les media, qui a progressivement permis cette évolution.
Je me demande vraiment comment Valérie Masson-Delmotte a pu se laisser entraîner dans cette aventure.

Loïc LEJAY
2 mois

Stein est plus Pasteur qu’Apôtre. En tout cas il prêche efficacement!

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