Gino Bartali, bien plus qu’un champion cycliste …

Le 4 mai dernier le Giro est parti de Jérusalem. Pour la première fois cette grande compétition cycliste a commencé en dehors de l’Europe.
Pourquoi ? Pourquoi en 2018 ?
Une réponse, une seule : Bartali. Bartali le Juste.

Gino Bartali est mort en mai 2000. Il était né en 1914 et Alberto Toscano est né en 1948. L’Italie sort de la barbarie fasciste en 1946. Mais pourquoi Gino Bartali, et pourquoi Jérusalem ?

C’est que Gino Bartali fut à la fois l’immense champion italien qui a rendu sa fierté à toute la nation italienne, jusque dans les usines lorraines et les mines du Nord, c’est qu’il fut le rival puis le frère de Coppi, de 5 ans son cadet, et que cette rivalité mortifère se conclue en une amitié formidable, et c’est surtout que Bartali était chrétien et qu’il sauva d’innombrables vies juives pendant la guerre. Il fut reconnu Juste parmi les Justes, et ce livre merveilleux nous raconte en plusieurs séquences sa vie, avant, pendant et après. 

Il nous raconte comment il refusa toujours de faire le salut fasciste, lui préférant le signe de croix, comment il usa de sa notoriété pour berner les fascistes et les SS, il nous raconte aussi comment toute une population accepte le fascisme, comment chacun s’en accommode, comment le fasciste se montre bonasse d’abord puis terrible ensuite. Alors on est coincé. Le fascisme de Mussolini n’a rien à envier à celui d’Hitler (contrairement à ce qu’on nous a fait croire), sauf, probablement, que le premier est justement le fruit de l’envie, de la jalousie, du mimétisme (décrit par René Girard et évoqué dans le livre) à l’égard du puissant porteur de mal allemand. 

Ainsi ce livre nous révèle-t-il un très grand homme très simple, ainsi que des mécanismes de rivalité-admiration, à l’oeuvre en politique comme dans le sport. Sauf que du premier il aurait pu mourir, alors que le second fut dépassé magnifiquement. 

Le livre nous raconte aussi le célèbre épisode du Tour de France 1948 où Bartali sauva la république italienne. Voilà pourquoi le Giro de 2018 partit de Jerusalem.
Le 16 mai le Giro fit aussi étape à Assise, où Bartali se rendait si souvent pendant la guerre et où la population avait augmenté d’un tiers, cachée dans les couvents… C’est également à Assise que fut signé, en 1975, le traité de paix entre Italie et Yougoslavie. 

Un très beau texte, avec quelques photos, qui passionnera les Italiens de France comme les sportifs sensibles aux mythes, et tous ceux qu’inquiètent le devenir du monde. Alberto a 70 ans, sa mère le même âge que Bartali. Lisez-le, je ne vous ai encore rien dit.

 

 

Alberto Toscano
Un vélo contre la barbarie nazie
L’incroyable destin du champion Gino Bartali.

Préface de Marek Halter.
Armand-Colin, avril 2018, 18 €

 


 

Ajout du 23 juin en début de soirée :
Un lecteur, Thibaut, me fait remarquer que je n’ai même pas cité le magazine 200 en cours, qui consacre 15 pages à Gino Bartali… L’édito a pour titre « Le vélo de Gino » et je vous en cite un bout :

« En 1943, en 1944, un homme a fait avec un vélo italien (…) ce que personne n’avait fait avant lui et que personne n’a fait depuis. Il a sauvé 800 vies, au péril de la sienne. (…) Voilà à quoi sert le vélo, parfois. « 

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2 thoughts on “Gino Bartali, bien plus qu’un champion cycliste …

  1. Bravo, Isabelle, pour ce très bel article sur ce livre magnifique, à s’offrir et à offrir. Autour du personnage de Gino Bartali, on y découvre les réseaux qui se sont formés pour sauver des vies. Alberto Toscano fait percevoir aussi l’ambiance de l’après-guerre et de l’après-fascisme italiens. Une tranche d’histoire ! Le vélo nous emmène bien plus loin qu’on ne pense ! Pédalons et lisons !

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