Vu au Havre : Vélo et voiture s’unissent pour nous libérer de l’auto

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par | Avr 9, 2024 | Matériel | 1 commentaire

De la vingtaine d’idées qu’ils étaient en 2022, et de la quarantaine d’aujourd’hui, une dizaine était au Havre pour 4 jours en ce début avril, dans le nouveau quartier des docks. Deux jours à travailler ensemble, et deux jours pour le public. C’était le Grand défi écologique, dans le cadre du programme Xtreme Défi de l’ADEME.

Si vous n’êtes pas d’esprit super-touche à tout vous aurez sans doute du mal à suivre, mais vous verrez vite l’intérêt d’acheter un de ces véhicules. Si vous êtes ingénieur vous n’aurez sans doute de cesse de vous imaginer en faire un vous même. Imaginez-vous seulement car le temps de la création se compte en années, et en pognon. 

En revanche, et commençons par lui, il y en a un qui peut s’acheter, mais dont on peut aussi acquérir les plans et adresses des fournisseurs, c’est le Vhelio, il est en « open source ». Le vhelio est modulable, a besoin qu’on pédale et peut transporter trois personnes. Il n’y en a pas deux pareils, vous avez celui qu’il vous faut.

Au-delà j’ai compris qu’il y en avait deux sortes, 

  • ceux qui améliorent la voiture en la rapprochant du vélo
  • ceux qui améliorent le vélo en le rapprochant de la voiture.

Avec les premiers on ne pédale pas, ce sont réglementairement des quadricycles.
Avec les seconds on a deux actions en même temps, on pédale et on a un moteur électrique qui aide bien. 

Tous sont des véhicules destinés à la mobilité quotidienne dans un rayon de 100 km, et visent une fabrication industrielle. Le programme eXtrême défi de l’ADEME facilite les relations et les coopérations, forme, et aide financièrement. Nous sommes en plein dans la mobilité post-automobile du 20eme siècle dans un monde façonné par l’automobile, caractérisé notamment par les distances qu’elle permettait de parcourir, ce qui le a rendues habituelles et obligatoires.

Tapez et vous verrez la parade havraise

La légèreté, qui s’obtient par les matériaux, ce qui va jusqu’à la toile, utilisée par beaucoup, ou la mousse. C’est le cas du Bob, de Sanka, qui utilise du plastique, comme du Airname, fait en mousse.

Le mode de propulsion. Il y a le moteur-pédalier directement tiré du vélo à assistance, et le même moteur installé dans chaque roue, notamment pour les véhicules à quatre roues. Deux constructeurs y ajoutent du solaire, Olivier Cornet, d’Acticycle et Nicolas Trüb, de Cyclospace, ce dernier m’ayant dit n’avoir pu le faire que depuis qu’existent des panneaux souples. D’autres suivront.

Ils ont tous une boîte automatique qui fait son boulot sans que l’on s’en rende compte. Leur autonomie est de l’ordre de 100 km car cela suffit largement pour les usages du quotidien. Nombreux sont ceux qui ont un moteur Valeo, marque française fabriquée à Lyon. D’autres expérimentent le moteur pédalier-génératrice sans chaîne, transmission d’avenir fabriquée par le Français Cixi à Annecy, dans la suite de ce qu’avait créé Edgar Tournon.

Plusieurs véhicules présentés au Havre disposaient d’une marche arrière. Pour les autres, expérience faite, il suffit de pousser comme on fait avec son vélo. 

L’industrialisation, qui est effective pour le Weez et pour la bagnole. La plupart des autres sont en phase  avancée pré-industrielle.

La puissance. Presque tous s’intéressent au transport de personnes, souvent deux, et aux bagages. Plusieurs ont des solutions simples et habiles de transformation des volumes.
Les limites de vitesse sont soit de 25 km/h, ce qui permet le plus large public (pas de permis ni rien de spécial), l’usage des pistes cyclables et des coûts d’homologation faibles, de l’ordre de 2000 € ; d’autres sont limitées à 45 (le brevet de sécurité routière du collège suffit) ou à 90. 

La protection ou le grand air. En fait presque tous pensent à mettre un toit, mais souvent celui-ci est pliable ou rétractable à l’arrière. Latéralement il y a de tout et ça peut encore évoluer. 

L’ambition. Tous espèrent aller jusqu’à la commercialisation, certains y ajoutent une ambition affichée de fabrication en France avec des matériaux d’ici et une activité utile à la société.

Le Karbikes Il y en a déjà une vingtaine sur les routes, en expérimentation. Certains sont tournés vers le transport de passagers, d’autres vers les usages professionnels. Ils travaillent à Strasbourg et on les verra à Lunéville. Le Karbikes se transforme en vélo-cargo  électrique à 4 roues équipé d’une carrosserie, en moins large qu’un triporteur et moins long qu’un bi-porteur. En mode cargo un exemplaire a été acquis par une dame qui a des poules et des déchets verts à transporter, un autre par une famille. Site.

La bagnole est construite à Cluses, dans la vallée aux pieds de Montrion. D’aspect très fini c’est tout de même un quadricycle léger à vitesse maximale de 80 km/h. Elle est destinée aux zones périurbaines et rurales. Site

Le Bob (construit par Sanka, sans car, sans voiture) s’intéresse au péri-urbain rural et sa commercialisation se fait via la location de longue durée. Il peut rouler sur les chemins et a pour cela séduit des communautés de communes. Sa carcasse est faite de polythuéranne recouvert de  plastique recyclé, qui est toujours noir (venant du mélange des plastiques) qui sera plus joli une fois bien lissé. Site.

Le cyclospace,  fabriqué en banlieue parisienne, en est à son 19eme prototype, tous vendus et utilisés. Il ressemble à une voiture à pédales, avec deux pédaliers, pourtant son moteur est piloté par un programme informatique hébergé sur votre smartphone. Malgré les apparences il ne fait que 1,30 m de large, donc il passe entre les plots anti-voitures. Il a quatre roues mais c’est presque comme trois car à l’arrière elles sont très rapprochées. Nicolas Trüb est le plus ancien des inventeurs contemporains de véhicule, il est même resté 15 ans tout seul. Il est le seul à utiliser conjointement trois sources d‘énergie, muscle, soleil et électricité. Site. Vidéo.

Acticycle, café et assemblage à Villeurbanne (au Grand Plateau et Usine à vélo). Limité à 45 km heure il rentre dans la catégorie des quadricycles, autorisé dans les pistes cyclables. Il a la même hauteur qu’une auto (ce qui facilite la visibilité) et bénéficie d’appuie dorsal. Il est très remarquable, me fait remarquer JL Saladin, car doté de la suspension française à lame tirée très légère et très efficace, ainsi que du moteur du français Valéo en version 45 km/h avec boite automatique et marche arrière.

Se fait en une place, ou en deux places alignées. Déjà 10 véhicules sont en fonction dont deux chez l’équipementier auto Plastic Ommium et quelques uns chez des particuliers. Le toit solaire est utilisé pour réalimenter les cellules faibles de la batterie. Au-delà de la structure de base chaque véhicule est adapté à sa fonction. Site.
Il va être testé dans le cadre des territoires d’expérimentation piloté par l’ADEME, dont je parlais en juin 23 dans Les véhicules intermédiaires doivent jouer un rôle important dans les zones à faibles émissions (ZFE)

Acticycle se veut entreprise à mission, contribuant à la décarbonation des mobilités, et préférant le plaisir (confort, légèreté…) aux gadgets. 

Weez est une voiturette en apparence, c’est en réalité un quadricycle qui ressemble à une petite voiture, qui peut rouler à 90 km/h et nécessite le permis de conduire motocyclette. L’autonomie de 100 km est certifiée, et sera plutôt du double si l’on reste en ville.

Son concepteur explique que cette option « petite voiture »  peut être plus facilement adoptée par des automobilistes que des objets roulants ne ressemblant à rien de connu. Elle pèse 550 kg, mesure 3 mètres de long par 1,50m de large et ses moteurs sont une déclinaison de ceux des VAE. Il y en a un par roue et c’est l’électronique qui gère le fonctionnement des quatre en même temps sans faire la même chose. Pensez aux virages.  Tout ça c’est 12 ans de travail … Le premier modèle a été homologué en 2020, on en est à la quatrième version pour 2 personnes, bientôt 4, un grand coffre ainsi que deux plus petits, sur les côtés. Le prix de vente est de 17 976 € et peut bénéficier du bonus « cycle ». 40 véhicules roulent, on espère en vendre 250 cette année. Site.

Mob 4.0 se conduit comme une mobylette et a reçu le 3eme prix «XD idéation » de l’ADEME. Elle peut atteindre 80 km/heure et dispose de 150 km d’autonomie, ce qui, espère son concepteur, lui permettra de séduire des automobilistes. Son châssis est inclinable et bientôt il sera équipé de pédales, histoire de vous donner l’occasion de bouger les jambes. C’est le seul véhicule véritablement étroit de l’eXtème défi, il a deux versions, l’une de 60 cm de large, l’autre de 80 cm qui permettent une mobilité et une agilité comparable à celles des deux-roues motorisés.

Dans les courbes ses roues s’écartent et se penchent, l’adhérence en est renforcée, et à l’arrêt l’engin se couche à demi sans jamais tomber. C’est le résultat d’un très savant équilibrage. Une carrosserie décapotable et même modulable doit bientôt être créée, par beau temps elle sera ouverte en permanence, et pourra être fermée à moitié ou intégralement en cas de mauvais temps. Ce sera très chic. Site

Le Ouicycle a reçu le deuxième prix Idéation de l’ADEME. C’est un bus pour les enfants, tous peuvent contribuer à l’avancée par leur pédalage. Il est très demandé par des collectivités, il sert comme bus scolaire matin et soir, et pour plein d’autres activités en particulier pour les anciens et les personnes handicapées pendant la journée. En fonction scolaire on nous raconte que les plus grands enfants suivent (et font les fous) à vélo, et les plus jeunes rêvent de les rejoindre ! Site

Le AirNAM ressemble à une attraction de foire. En fait il a beaucoup d’intérêt. Il est fait de recettes grand public éprouvées : châssis paddel, structure skysurf. Il est développé à Clermont-Ferrand avec l’aide de la société Michelin. Ultra-léger, réparable à l’infini et fonctionnant sur une batterie de VAE… Il est destiné aux loisirs d’été en bord de mer, campings, hôtels, golfs …

Voilà, je vous ai attirés ! Il ne vous reste plus qu’à vous rendre à Lunéville à la Pentecôte.
C’est le programme Xtreme Defi de l’ADEME.

Merci à Patrick Tonnelier (créateur du Mob.4) pour sa relecture avant mise en ligne et à Gabriel Plassat, animateur de XD, pour le signalement d’une grosse erreur, après.

A lire aussi, évidemment, ce qu’a écrit Aurélien Bigo sur les véhicules intermédiaires, notamment :

Et enfin un bon reportage dans Reporterre : Vélotos, vélobus… Les véhicules du futur à l’assaut des routes de France. 4 000 km en 2 mois… en véloto, ces véhicules à mi-chemin entre l’auto et le vélo. Objectif de ce tour de France original réalisé par Jérôme Zindy : montrer qu’il est possible de sortir du tout-voiture. Cet article vous éclairera sur le contexte de ce dont je viens de vous parler.

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Michèle Dambrine
1 mois

Super ! Mais cela fera beaucoup de monde pour certains aménagements cyclables déjà trop sous-dimensionnés pour les seuls vélos traditionnels… Mais oui à ce type de véhicule à la place d’une voiture = super !

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