Soirée électorale du vélo à Paris : la fin des grandes ambitions

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Cette soirée, le 6 février 2026 dans une très grande salle de la Cité universitaire de Paris, était organisée par deux associations, Paris en Selle et Clean cities. Elle reprenait le flambeau allumé en 2020 pour les précédentes élections municipales. 

Sur les six principaux candidats au fauteuil du maire de Paris en mars 2026, en réalité un seul était présent et trois étaient représentés. Les trois remplaçants, dans l’ordre de prise de parole,  étaient :

  • Emile Meunier, écologiste, pour Sophia Chikirou (La France Insoumise),
  • Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, ancien ministre des Transports, pour Pierre-Yves Bournazel (Horizons, Edouard Philippe) 
  • Maud Gatel, secrétaire générale du Modem, présidente du groupe Modem au conseil de Paris, pour Rachida Dati (Les Républicains). 

Seul Emmanuel Grégoire, PS et union de la gauche, député, ancien premier adjoint à la maire de Paris, était présent en personne.

Parmi ces quatre candidats présents ou représentés deux seulement sont crédités d’une chance d’être maire de Paris, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste, premier adjoint de Anne Hidalgo, maire sortante, jusqu’en 2024) et Rachida Dati (Les Républicains, maire du 7e arrondissement, ministre de la Culture).

C’est donc une configuration moins brillante que lors de la première édition de ce grand oral où 6 candidats étaient présents, une seule, Rachida Dati, étant, déjà, représentée.

Les invités par ordre d’intervention

A écouter les échanges on a pu penser que cette transformation était d’ores et déjà faite, et qu’il fallait maintenant penser global. Les 4 candidats étaient interrogés chacun à son tour et selon le même schéma. Je n’en ai dégagé que peu ou pas de lignes fortes. 

On a beaucoup parlé de  plan de circulation (les sens uniques) à revoir en toute priorité, le dernier date de 2007, c’est-à-dire avant la résurrection du tramway et du vélo. C’est le premier qui parle, Emile Meunier, qui lance ce sujet, effectivement susceptible de transformer Paris. à l’échelle de la Métropole précise Maud Gatel, comme des rues de quartier qu’elle souhaite laissées aux piétons et cyclistes. Emmanuel Grégoire ne dit rien d’autre en parlant de coeurs de quartiers réservés aux piétons et cyclistes.

Quant à un Plan vélo, qui est le sujet d’attente de cette soirée, les choses sont moins claires.  Terminer l’exécution du plan vélo actuel, réalisé à 40%, ou le transformer pour y ajouter des priorités apparues depuis comme le boulevard Magenta ou les carrefours dangereux, qui seraient de l’ordre de 400, et ne devraient pas empêcher de penser aux angles morts … Plusieurs ont aussi pensé qu’il manquait un ou plusieurs axes cyclables nord-sud, Emmanuel Grégoire préférant parler des double-sens cyclables à terminer

C’est finalement à une « vision globale » que se range Clément Beaune (pour qui aujourd’hui le vélo est « en plein far-west ») qui pourrait résider en l’entretien de la voirie dont beaucoup se plaignent. Entretenir les voies et mettre en oeuvre un Plan zéro nids de poules font-ils un programme électoral sur le vélo? L’ex-premier adjoint, Emmanuel Gégoire, veut aussi libérer les voies de 15 lignes de bus en priorité, s’attaquer aux carrefours et traiter les portes de Paris. D’autres, de gauche comme de droite, appellent à penser au moins à l’échelle de la Métropole, Paris s’étant trop perçue elle-même comme une forteresse assiégée. 

Le seul qui ait parlé de budget du vélo est le délégué de RFI, Emile Meunier, qui veut l’augmenter coûte que coûte car « jusqu’ici on a fait le plus facile ».

Sur la question du stationnement, déception évidemment puisque  seuls ont été évoqués les arceaux dont tous ont dit qu’il les fallait plus écartés et plus nombreux. Emile Meunier et Clément Beaune ont émis le souhait que l’on crée des garages-relais aux portes de Paris pour les automobilistes, et Clément Beaune a été jusqu’à proposer qu’on interdise les cars de tourisme à l’intérieur des murs, deux propositions qui reviennent fréquemment depuis au moins 30 ans mais ne sont jamais étayées. Beaune a même proposé que l’on crée des places de stationnement mixtes Vélo en Libre Service / livraisons selon les heures. Il est bon de rappeler, avec Maud Gatel, que le stationnement automobile doit être en sous-sol.

On a encore parlé de la rue de Rivoli, que tous s’accordent pour revoir dans sa partie courant le long du jardin des Tuileries, en redonnant de la place aux bus et aux autos locales. Le 30 à l’heure n’a pas été remis en cause, même si tous savent qu’il n’est pas respecté, sauf par Clément Beaune qui le verrait disparaître sans regret. 

Plus spectaculaire a été l’obsession sur le besoin de sanctions, et donc le besoin de renforcer la police municipale. Aucun n’a pourtant été très loin dans ce sujet, ne faisant pas le rapprochement avec les carrefours dangereux ni plus simplement avec les feux inappropriés ou le montant des amendes.
Seul Emmanuel Grégoire a préféré que la police municipale fasse de la prévention, réservant les sanctions aux motorisés, et Maud Gatel qui voudrait que l’accueil dans les postes de police soit amélioré.

La place des enfants n’a pas été approfondie, seules les vélo-écoles ont refait surface dans une version plus large. On en aurait une par arrondissement, sous forme de coopératives avec entretien et location. Cela avait déjà été envisagé sous le nom de Maison du vélo par la première mandature socialiste (2001-08) avec Denis Baupin comme adjoint concerné, suite à celle du boulevard Bourdon. 

Grande obsession des associations, la concertation n’a guère été vue que sous l’angle des communes voisines (la Métropole), qu’Hidalgo s’était refusé à pratiquer nous a-t-on bien dit. Emmanuel Grégoire a alors ajouté qu’avec le préfet de police (nommé par le Gouvernement)  ce n’était pas mieux, prenant exemple sur la place du Trocadéro, toujours pas réaménagée à cause de son opposition. Seule Maud Gatel a évoqué la concertation avec les arrondissements, s’appuyant sur un problème d’aménagements dangereux que l’on n’arrive pas à régler. Et pour la concertation avec les citoyens et les associations, pas un mot non plus. Il est vrai aussi que la question ne leur a pas été posée.

Le droit au silence, les livraisons ont aussi occupé la soirée, avec des propositions dont l’efficacité n’est pas assurée (rétrofit, revêtements des chaussées, passage à l’électrique, le 30 à l’heure…) et Emmanuel Grégoire a pris la question dans l’autre sens, proclamant que le vélo apaisait la ville. On ne touche pas aux autos de livraisons, a même déclaré le représentant de LFI dans un grand élan de mansuétude.

A chaque « candidat » étaient ensuite posées 4 questions, dont ils avaient eu connaissance la veille. En voici deux.

  • Boulevard Magenta : Emile Meunier et Clément Beaune
  • Boulevard de Strasbourg : Clément Beaune
  • Quai François-Mitterand : Clément Beaune
  • Avenue Ledru-Rollin : Emmanuel Grégoire
  • Allée de Longchamp (anneau cycliste du bois de Boulogne) : Maud Gatel
  • Rue Manin (19 ème, une longue rue tout en courbes jouant un rôle important) : Maud Gatel
  • Boulevard des Italiens : Gatel
  • Boulevard Haussmann : Meunier
  • Avenue de l’Opéra : Grégoire

Une liste qui n’a aucun rapport avec ce qui a été dit auparavant. Tant qu’on y est, personne n’a nommé les boulevards de ceinture ni les boulevards des Maréchaux. Seules les portes ont été envisagées, et évidemment c’est déjà beaucoup.

  • Plan de circulation :  LFI et Républicains
  • Carrefours, Parkings relais et Stationnement des vélos : Horizon
  • Rues aux écoles et Voies de bus : Socialistes et écologistes

Un grand oral qui m’a laissée perplexe, et inquiète.
Dans une vision optimiste je crois que l’on peut s’attendre à une révision complète du Plan de circulation (première année presque entière), à la création de un ou deux axes cyclables nord-sud, et au traitement de quelques uns des 400 carrefours dangereux, ce qui dans certains cas sera lié au réaménagement des portes.
Le quartier de l’Opéra a toutes ses chances aussi, comme la rue de Rivoli.
Quelque « coeurs de quartiers » pourraient voir le jour à l’occasion de la révision du plan de circulation. Il pourrait y avoir quelques Maisons du vélo (un nom qu’elles reprendront sans doute) également.
Si l’on s’en tient aux déclarations de cette soirée il n’y aura toujours pas de politique du stationnement, ni de communication forte.
Méthodes, organisation interne, présupposés techniques, que sais-je, n’avaient pas été sollicitées et n’ont pas été abordées. Ce n’était peut-être pas le lieu, c’est pourtant très important.

⏩️ Au total je n’ai senti d’enthousiasme pour le vélo chez aucun candidat. Il est loin le temps où Christophe Najdovsky, alors adjoint à la voirie, disait vouloir faire de Paris la capitale mondiale du vélo !

Alors il n’y a plus qu’à attendre les programmes. Seul l’écrit demeure et fait foi. Restera pour chacun à choisir le maire de Paris comme son maire d’arrondissement les 15 et 22 mars. 

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