Dans le cadre d’un projet d’étude Florian Bonnet, du bureau Egis, se penche sur la dangerosité des pistes cyclables à double sens, et plus particulièrement celles qui longent un axe lui-même à double sens avec des véhicules qui tournent aux feux.
Il recherche des témoins capables de lui indiquer « un lieu que vous connaissez bien car vous y passez tous les jours, à vélo, en voiture, à pied, en bus… et vous y trouvez la situation dangereuse. « Il s’agit bien de pistes en double-sens.
Explications et réponses (déjà nombreuses) : directement sur Linkedin.


| Florian Bonnet est Expert en insertion des transports en commun et pistes cyclables chez Egis, gros bureau d’études en ingénierie des services d’exploitation et de mobilité. |
Quelques uns des commentaires
L., spécialiste de la mobilité des familles, se demande s’il y a des pistes cyclables bidirectionnelles qui soient bien insérées. Elle trouve que c’est toujours difficilement lisible et que si ce n’est pas dangereux pour les cyclistes, ça génère a minima des conflits avec les piétons.
Elle reconnaît que s’il n’y a pas de traversée cela fonctionne. Mais dès qu’à vélo on veut tourner c’est compliqué, précise-t-elle. Les piétons eux aussi ont du mal à comprendre cet axe à vélo dans les 2 sens, après avoir traversé la route avec les voitures.
Elle rappelle que la recommandation à Copenhague c’est justement d’éviter les pistes bi-directionnelles.
J., expert Mobilités actives et sécurité au Cerema, fait savoir qu’il n’aime pas ces aménagements censés sécuriser les déplacements cyclistes et qui se révèlent dangereux, tout en réduisant la fluidité du déplacement à vélo, et en l’allongeant. Il ne s’étonne donc pas que des « musculaires » préfèrent rouler avec les autos. Il rappelle que l’excès de séparation est nuisible à la sécurité, ce que savent très bien les professionnels chevronnés.
D’autres personnes alertent sur les endroits où il y a un tramway en parallèle, ce qui complexifie le jeu des feux puisqu’on tente toujours de lui donner la priorité.
On nous cite des cas à Bordeaux et alentours, à Grenoble, Nice, Lyon et Marseille. Parfois c’est surtout le manque de visibilité qui créé le danger.
Florian Bonnet pense qu’on améliorerait beaucoup de choses en faisant respecter les vitesses et en limitant le volume du trafic motorisé. Dans ce cas la séparation n’est pas indispensable, remarque-t-il.





Dans le cas des carrefours à feux, la dangerosité est-elle étudiée selon que le cycle des feux est identique pour la piste cyclable et la voie de circulation générale ou la piste cyclable a son temps dédié dans le cycles des feux?
Sûrement, sinon à quoi bon faire cette étude ? Mais a-t-on déjà vu en France des temps dédiés pour une piste ? Réponse un peu en l’air de ma part puisqu’il s’agit non d’un questionnaire mais d’un appel à témoignages.
« l’excès de séparation est nuisible à la sécurité » – Ce n’est pas de l’excès de séparation dont il s’agit en l’occurence, juste de séparation mal faite, car brodée autour des voies qu’on veut réserver aux motorisés, dont on ne remet en cause ni la place occupée, ni les vitesses, ni le nombre.
Si on détricote vraiment les modes, en soignant les points de croisement, on se retrouve avec des installations lisibles pour tous et dans ce cas on peut très bien faire aussi du bi-directionnel.
Détricoter, cela veut évidemment dire aussi donner les trajets les plus directs aux modes actifs/cyclistes.
Cycliste urbain dans l’agglomération grenobloise où le réseau express est bidirectionnel, je constate quotidiennement que ce ne sont pas les aménagements cyclables qui sont dangereux, sauf rares exceptions, mais bien les conducteurs de véhicules motorisés qui ne connaissent pas leur code de la route : ils ne savent pas qu’ils doivent non seulement adapter leur vitesse à l’environnement (et non rouler à la vitesse maximale autorisée), ralentir à l’approche d’une intersection, laisser la priorité aux cyclistes circulant dans les deux sens sur un aménagement cyclable qu’ils vont couper et ne pas s’engager sur un carrefour au risque de ne pouvoir s’en dégager. Pris en défaut, ils rejettent la faute sur ces cyclistes qui font n’importe quoi ou bien ces pistes cyclables aménagées n’importe comment.
Evitpns d’attribuer principalement aux individus des problèmes qui sont d’abord systémiques.
– En milieu urbain dense, avec beaucoup de croisements, les pistes bidirectionnelles sont effectivement une mauvaise idée. Il y a une fausse impression de sécurité, et un réel danger aux différents croisements où les différents usagers s’appréhendent mal (piétons, cyclistes, et véhicules motorisés).
– Par contre, sur des rues assez longues et avec peu de croisements, ces pistes peuvent devenir un réel bonheur : elles permettent de circuler à une vitesse efficace, et aussi de circuler en toute sécurité, y compris avec des enfants ou autres publics fragiles, car elles sont bien séparées.
– Deux exemples bons réalisés à Besançon durant le mandat d’Anne Vignot : la route de Gray, au pied du campus universitaire (route à fort trafic, peu de croisements, piste très bien séparée de la chaussée et intégration paysagère au pied des fac), et la continuité cyclable entre la gare Viotte et l’ouest de la ville, le long de la voie ferrée (pareil : croisements peu nombreux, piste ultra confortable…). Certaines de ces réalisations sont visibles sur Street View. D’autres sont trop récentes. Il faudra venir les tester sur place ! 🙂