Depuis que la présidente Valérie Pécresse a compris la merveille qu’était le vélo, et grâce à la présence de Louis Belenfant, directeur du collectif Vélo Île-de-France, la Région d’Île-de-France mène une politique du vélo particulièrement ambitieuse. Un bilan annuel a eu lieu le 11 septembre au siège de la Région. Dans sa chronique du lundi suivant Abel Guggenheim a fait revivre l’ambiance qui y régnait.
Chronique d’Abel Guggenheim, 14 septembre 2026
Vendredi dernier, 11 septembre 2026, avaient lieu à Saint-Ouen, au siège de la région île de France, les Rencontres régionales du vélo, événement à peu près annuel qui permet de faire le point sur le vélo en Ile-de-France, particulièrement sur l’avancée du réseau VIF, Vélo en Ile-de-France.
Louis Belenfant, qui est le directeur du collectif Vélo Île-de-France, regroupement des associations cyclistes franciliennes, qui joue un peu le rôle de bureau d’études vélo pour la région, a présenté les aménagements réalisés depuis la dernière rencontre. Et puis il a invité les élu·e·s à lancer leurs projets dès le début de leur mandat pour pouvoir les réaliser avant les prochaines élections.
Il explique aussi que, contrairement à ce qu’on pense parfois, le vélo ce n’est pas que pour Paris et sa proche banlieue, mais aussi pour la 2ème et la 3ème couronnes. Il précise aussi que ce n’est pas uniquement pour le velotaf, c’est aussi pour les loisirs, pour faire des courses etc.
A la fin de la réunion je suis allé voir Louis pour lui faire observer qu’il y a encore peu d’années il nous fallait argumenter exactement en sens inverse. On nous objectait alors que le vélo c’est bon pour les balades à la campagne, mais pas pour Paris et surtout pas pour aller à son travail. On nous reprochait même d’importuner nos collègues en arrivant en sueur au bureau.
Une autre discussion m’a bien intéressé.
Un des intervenants lors de la dernière table ronde de cette matinée était un élu à la chambre régionale d’agriculture. Son intervention a été un peu dissonante par rapport au reste de la journée. Vous le savez peut-être, un des problèmes posés par les aménagements cyclables hors agglomération est la faible largeur de beaucoup de petites routes, sur lesquelles il n’est pas possible de tracer des aménagements cyclables convenables. La création d’une piste nécessite alors un achat de foncier sur une bande parallèle, ce qui est souvent très difficile, ou même impossible. Une des idées en vogue actuellement est la création d’itinéraires sur des routes peu circulées sur lesquelles on interdirait le transit aux véhicules motorisés, ou sur des voies surtout utilisées par des engins agricoles. Mais cette dernière solution nécessite parfois de faire des travaux pour rendre ces voies cyclables, et l’agriculteur présent a raconté par le menu les difficultés rencontrées pour réaliser ce type d’aménagement près de chez lui.
Et puis il a expliqué que lorsqu’il est sur son tracteur, les cyclistes qu’il croise se rangent bien sur le côté et lui font de grands sourires, mais que quand il est en voiture, y compris bien sûr lorsqu’il effectue ainsi des tâches faisant tout autant partie de son activité d’agriculteur, il se fait insulter, les cyclistes se pensant sur leur territoire et lui se faisant rejeter comme un étranger.
A écouter en stock dans Rayons Libres sur la radio Cause Commune
ou en direct chaque lundi de 14 h à 14h30 :
Rayons libres, Jérôme Sorel reçoit un invité
et Abel Guggenheim dit sa chronique un peu avant la fin.



Je complète juste en précisant qu’il y a maintenant un « plan anti-coupures », et que 70 % était déjà réglé. Par ailleurs, le Plan général, s’il s’intéressait avant tout au vélotaf, comme le remarque Abel, va aussi s’intéresser aux liaisons vers les espaces de détente. Une seconde puis une troisième rocade vont aussi être créées, ce qui renforcera le maillage.
On ne parle pas encore d’intégrer les véloroutes dans le dispositif, mais au moins a-t-il été affirmé que désormais le fléchage ferait partie du chantier… et que cela concernait aussi Paris. Tous les plans sont prêts parait-il.


La maire de Vincennes, une commune extrêmement dense, insiste sur le fait que plus c’est dense plus il faut « y aller fort ». Il faut absolument que le vélo reprenne le pas sur l’auto, dit-elle.
D’autres difficultés ont été soulevées, l’accessibilité rurale, la difficulté de traverser certaines communes et le partage des responsabilités entre Départements, Communautés de communes et communes … La Région finance jusqu’à 60% des investissements … là où le Plan vélo régional ne s’applique pas (contribution jusqu’à 50% des coûts d’investissement).
Moi j’ajoute que la qualité est parfois … discutable. Ici à Viroflay, sur la route de Versailles, en provenance de la Seine. Une signalisation qui ne fait qu’entériner la mauvaise situation antérieure.



Un chemin ne fait pas forcément une piste cyclable
Enfin, parmi les nombreux témoignages de cette matinée, il nous faut nous attarder sur les marges. L’Île-de-France est une région agricole très riche. Utiliser les petites routes ou même les chemins pour créer des itinéraires cyclables est logique. Mais ces axes sont utilisés par les exploitants agricoles, grosses machines, accès aux parcelles … Qui vérifiera que les machines passent toujours ? Qui entretiendra, sachant que si la commune s’y met la règle fait qu’elle est condamnée à continuer ? Et le gag, si je puis dire, est que les cyclistes se poussent volontiers pour les tracteurs, mais pas pour l’auto de l’exploitant se rendant sur sa parcelle… comme nous l’a rapporté Abel.

Je laisse la note finale à Jean-Marie Tétart, maire de Houdan dont la postérité retiendra qu’il a été le père des véloroutes françaises. Il est en pleins champs, à la limite extrême de la Région. Sa conclusion tient en deux phrases :
S’il y a quelque chose qu’on peut changer vite c’est bien la mobilité. Alors faisons-le.
▶️ Véloroutes et voies vertes, repères chronologiques. J.M. Tétart : Déc. 1998.




