Le tour du monde en vélocipède. Une nouvelle édition du premier livre français de voyage à vélo

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Vélocipède, bicycle, Véloce … en 1870 les noms ne sont pas encore fixés, et l’enthousiasme est déjà tonitruant. Le livre du « Grand Jacques », écrit par celui qui sera secrétaire de Victor Hugo avant d’être le premier patron de la presse cycliste, déborde de toutes parts. Il est le récit, habillement tourné en courriers envoyés au rédacteur, qui complète, d’une expédition totalement loufoque qui n’a pas eu lieu en vrai. Les bicycles y sont dotés, déjà, de pouvoirs sur-naturels : voiles pour pays venteux, roues modifiables pour s’adapter aux rails de chemin de fer, armature bricolée en route pour transformer deux véloces en une voiture sur rail, et finalement dispositif transformant les roues en pneus à neige. Pas encore de dérailleur, puisqu’il n’y a pas encore de traction indirecte, mais des machines modifiables en 1/2, 1 ou 2, soit le nombre de tours de roues par tour de pédale. Les vitesses ainsi produites sont impressionnantes, et changent au hasard de l’inspiration. Les véloroutes internationales sont même annoncées à la page 199. 

Je crois, en effet, qu’un jour viendra où des routes spéciales, créées pour les Véloces, sillonneront les pays civilisés.

Le voyage se fait sur un mode optimiste, passant dans des pays d’avant la guerre de 14 et en ligne droite ! La Prusse y occupe une grande place. La traversée d’une Russie quasi-féodale nous frappe par la vénération que les serfs portent à leur empereur… Le Grand Jacques, pardon, Jonathan Shopp, avait recruté une géante, ne sachant ni lire ni écrire, dans une foire parisienne, elle sera sa compagne « en tout bien tout honneur » jusqu’au bout, puis se greffent au groupe deux jeunes Français et enfin un jeune Russe portant uniforme. Shopp est lui-même prétendument Américain et riche, et familier de l’Empereur ! C’est un vrai patron, pendant que Victorine s’émancipe, apprend à écrire et rougit. Les moeurs de la bourgeoisie de la fin du 19 eme siècle pourraient vous surprendre, comme disent les publicités en ce moment. Au moins les rapports entre les hommes et les femmes.

Certaines descriptions sont sans doute le reflet de la réalité; pour le voyage nul ne se prononce au-delà, peut-être, de quelques épisodes enjolivés. Ce tour du monde s’arrête une fois la Sibérie franchie difficilement, en hiver. Ils devaient passer en Amérique du Nord par le haut du globe, la dernière lettre, le 21 décembre 1867, annonce le départ, et puis … et puis je me garde bien de vous le dire. Jusqu’à l’avant-dernière page c’est un livre palpitant, et souvent drôle. Vous y croirez.

Juin 2025
aux éditions Christine Bonneton
Taille livre de poche, 10 €
Première édition : 1870

C’est le premier livre de voyage à vélo en français, même s’il raconte un faux voyage sur l’air d’un voyage héroïque et sans dire qu’il est inventé. C’est le premier d’une très longue liste, dont certains seront vrais !
Le premier vrai voyage à vélocipède avait eu lieu avant, en 1865, et n’avait donné lieu à aucun récit. Il fut reproduit en 2015 et n’a alors été raconté que dans mon article du numéro 7 du Cycle! magazine, paru en juin 2016.


L’éditrice n’a pas modernisé le texte, ce qui m’a paru pertinent. J’ai malheureusement relevé, sans les chercher, une dizaine de coquilles, qui évidemment sont intervenues lors de la nouvelle édition. Pour une fois que l’on donne le nom de la correctrice cela tombe mal ! Il ne s’agit pas de mots désuets, ce sont bien des mots qui sont restés les mêmes.

Plus inquiétant, la préface, signée de Joseph Vébret, dont je découvris qu’il était lui-même écrivain et avait supervisé cette édition, invente une nouvelle histoire du cycle … A rebours de ce qu’a toujours affirmé Keizo Kobayashi, cet auteur déclare que l’invention du vélocipède est attestée par un brevet déposé par Pierre Michaux en 1868 sous le nom de « pédivelle ». Or il n’y eu pas de brevet, Keizo nous l’a assez répété. La suite avec les frères Ollivier est approximative, et s’il faut reconnaître que l’histoire est compliquée rien n’obligeait le préfacier à en parler.

Comme enfin l’illustration de la couverture ne représente pas un vélocipède mais un Grand-bi (1871-1880), on ne peut que prier la direction de bien vouloir reconsidérer la question avant la prochaine édition qui ne manquera pas d’être indispensable … suite à la parution d’un éloge bien vivant dans le blog Isabelle et le vélo.


Vous avez ici, chère lectrice, et avec seulement des livres présentés sur ce blog, et très appréciés, un panorama de l’histoire du vélo et des peuples.

▶️ Avant 1870 : Le tour du monde en vélocipède

▶️ Avant 1900 : Zola et la bicyclette, une ode au bonheur

▶️ Avant 1914 : Paul Maerky, 1897-1924 Souvenirs de la grande route

▶️ Avant 1930 : Le Centaure de l’Arctique, un voyage dans l’URSS des années 20

▶️ Pendant la guerre de 40 : La Petite Reine des années noires

▶️ Après la seconde guerre mondiale : A toute blinde ! De l’Irlande à l’Inde en passant par l’Iran et l’Afghanistan.

Tous ces livres se lisent comme des romans, même ceux qui sont écrits pour exposer un pan de l’histoire. Aucun des voyages n’est suspecté d’avoir été inventé, contrairement à ceux d’Homère, de Jules Verne, ou d’Hermann Hesse, exemples pris à regret car aucun n’a doté son héros d’un bicycle, d’un véloce ou d’un vélo …
Il m’en reste encore un à vous présenter, mais vous devrez ronger votre frein car je dois d’abord le lire. Il ne sera pas factice, c’est tout ce que je peux vous dire.

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