Depuis l’Irlande Dervla Murphy s’est rendue en Inde sur son vélo. Son cher Roz est un piteux vélo à 3 vitesses qui part en lambeaux, et que les docteurs maltraiteront.
Il s’agit d’un récit constitué par le très riche journal que la déjà plus si jeune femme, âgée de 32 ans, aura tenu presque chaque soir de 1963. Dès la première phrase elle dit « nous » pour elle et Roz, ce que tout cycliste accompli comprendra très bien. Ce voyage a lieu à l’époque du Shah (en Iran) qui interdisait qu’on mette les femmes à part, et de la lutte d’influence sournoise que se livraient Russes et Américains en Afghanistan, pays où les femmes avaient la valeur d’un paquet transporté sur le toit de l’autobus. Rien que par ces deux pays on peut voir ce qui se préparait un peu partout et qui fera le malheur des populations.
La traversée de l’Europe est expédiée, le voyage commençant sérieusement en Iran, et en plein hiver glacial … Il se poursuivra sous une chaleur bien pire que celles que nous venons de supporter, allant jusqu’à engendrer eaux polluées et bouillies de trèfle pour unique nourriture, en un mot terrible disette. L’Italie, la Yougoslavie, la Bulgarie, la Turquie avaient préparé le terrain pour ce qui est des difficultés matérielles et politiques. Dervla se passionnera pour chaque pays tout en regrettant le précédant, et finira par ériger l’Afghanistan au sommet de son podium, pour son insondable misère sans doute, ou pour la dignité des personnes … surtout comparée à l’Iran, dont les habitants lui paraissent décadents.
La voyageuse s’adapte à tout, aux nourritures et à l’accueil des plus pauvres comme des plus puissants, aux régimes soviétiques comme aux ambassades et principautés, et se tire de toutes les situations grâce à sa passion, sa confiance en elle, et les coups de chance. La traversée d’un torrent violent sur le dos d’un cheval malin et fier de sa maitrise vaut d’être lue … Nulle idée de se mortifier, seul l’intérêt humain l’emporte. Claude Marthaller lui a consacré un long et beau portrait dans son livre A tire d’elles.
Vous en trouverez d’autres sur l’internet, et parmi eux je vous cite celui de Babelio.
C’est un livre très fort, qui pose de vraies questions sur le « progrès », matériel comme sociétal, et que nous pourrions lire comme un avertissement. Je pense ici encore et en particulier à l’Iran et à l’Afghanistan, ce que vous élargirez vous-même. La mesure de Dervla dans ses jugements est remarquable, pensant notamment que tout progrès n’est pas bon à prendre, surtout s’il arrive brutalement, et ce même pour la condition féminine 1ce qu’on comprend très bien avec les différents films sortis ces dernières années montrant des filles et femmes de ces pays. Pensant aux Occidentaux elle remarque que « les gens n’utilisent pas la moitié de leur potentiel physique, parce que le « progrès » les a privés de la motivation à vivre en jouissant pleinement de leurs moyens. » (p. 234) Sans rien forcer elle s’aperçoit que « La solitude et l’absence de quoi que ce soit créent un sentiment unique de libération » (p. 254).
Ce livre a connu un succès mondial. Il s’agit ici d’une réédition de mai 2026. Le titre, qui était Full Tilt : Ireland to India with a bicycle, est devenu A toute blinde ! De l’Irlande à l’Inde avec un vélo, douze stylos et un pistolet. A toute blinde, je peux le dire, ce n’est pas tout à fait l’esprit de ce récit… A moins qu’il s’agisse de notre lecture, qui, effectivement, peut se faire en quelques jours (pour peu qu’il y ait canicule!) et qui devrait vous marquer durablement.

Dervla Murphy
A toute blinde !
De l’Irlande à l’Inde avec un vélo
douze stylos et un revolver
Editions Payot
Mai 2026
400 pages
21 €
Notes d’actualité
Le Prix de poésie de la RATP, section jeune, a été décerné cette année à Musbah Hashemi, 16 ans, résidant à Toulouse. La liste des lauréats a été rendue publique le 30 juin.
L’amour sans murs
Je suis né en Afghanistan, terre de douleur,
Où les femmes luttent pour un peu de douceur.
Elles se battent dans l’ombre, souvent sans voix,
Pour des droits si simples que l’on oublie parfois.
Aryana Sayeed chante leur peine
« Je rêve d’un jour où la liberté règne »,
Mais là-bas, la peur les enchaîne,
Leur espoir est fragile, sous un amas de haine.
Je suis un homme avec un rêve,
Un cœur qui bat pour leur liberté,
Laissez-moi vivre ! Laissez-moi être
Un allié pour ces femmes opprimées.
J’ai vu ma sœur pleurer, ma mère se cacher,
Pour des gestes simples, des mots échangés…
Le Grand Prix Poésie RATP a eu lieu entre le 10 mars et le 13 avril. 10 729 poèmes ont été reçus.
Le décès de Marjane Satrapi début juin
Ayant longtemps résidé à Paris Marjane Satrapi y meurt le 4 juin 2026. Ses proches annoncent dans un communiqué qu’elle est « morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie ». Selon le journal Le Point, victime d’une dépression sévère, elle avait choisi deux mois auparavant de se retirer dans une clinique à Munich, en Allemagne, dans l’espoir de remonter la pente. Source Wikipedia. Artiste d’origine iranienne, son œuvre et son engagement ont incarné avec force le combat pour la liberté face à l’obscurantisme et à la répression du régime des mollahs iraniens lit-on dans un voeu au Conseil de Paris des 15-18 juillet 2026. Ce texte rappelle également la mort de Mahsa Jîna Amini, la jeune femme kurde de 22 ans assassinée par la police des mœurs pour une mèche de cheveux dépassant de son voile, et la chanteuse Parastoo Ahmadi condamnée à 74 coups de fouet pour non-port du voile en public (sur scène).




