Le club des villes cyclables joue à guichet fermé

chapôL’annuelle journée technique du club des villes cyclables s’est tenue comme d’habitude avec un public divers, favorisant les échanges informels, et cette année des intervenants d’origines variées. On a parlé droit et réglementation avec beaucoup d’exemples très concrets. (Ajout d’une illustration le 27 mars).

Quand on voit le mal que les associations ont à faire respecter la loi sur l’Air on peut à bon droit se demander si c’est une bonne loi. Cyril Pimentel, du collectif Vélo en ville à Marseille1, en a fait une démonstration très éloquente. L’association a gagné de nombreux recours contre sa municipalité, mais cela a donné lieu, presque à chaque fois, à des rafistolages ou à des réalisations formelles, n’ayant pour objectif que de faire taire la justice. Qui plus est, maître Magarinos-Rey, qui fut avocate de la FUB, a montré qu’aucune jurisprudence n’était éternelle, chacune pouvant être contredite par une autre, mais qu’elles enrichissent les plaidoiries.

le public

Du bon usage de la jurisprudence

La plupart des décisions échappent à l’enregistrement dans les bases de données juridiques, car rendues à un niveau trop bas. Un suivi sectoriel serait très utile, remarque l’avocate, suggérant qu’il pourrait être organisé au sein du club des villes cyclables ou de la FUB. A dossiers meilleurs procès évités, ou mieux gagnés, c’est l’intérêt des communes comme des plaignants, remarque-t-elle. 
C’est un peu ce à quoi est parvenue l’ADAV2. Un partenariat a été établi avec la communauté urbaine de Lille pour la co-conception et le suivi des aménagements. Le bras de fer en cours au Mont Saint-Michel a aussi été plusieurs fois évoqué, emblème d’une situation violente s’il en est. A signaler le « Wiklou » réalisé par l’Heureux Cyclage, qui se veut le Wiki du vélo3.

C. LepageDe la qualité de la loi sur l’Air

Alors cette loi Laure? Corine Lepage, son auteure, en connaît bien les insuffisances et a expliqué tout l’art du compromis qu’elle avait dû mettre en oeuvre pour faire passer discrètement une loi qui avait de fortes ambitions. Mme Lepage tablait aussi sur la rédaction des décrets d’application pour la consolider, mais ils ont parfois été signés 4 ans après son départ du ministère !!! Pourtant, en ce qui concerne notre minuscule article 20 on ne peut pas dire qu’il ne sert à rien. Mais est-ce raisonnable de laisser les citoyens se battre autant et n’aurait-il pas mieux valu un texte plus général instituant une règle d’accessibilité universelle en tout lieu? L’idée n’était pas mauvaise que de réformer à chaque fois que l’on faisait des travaux, mais 20 ans après on voit bien que ça n’a pas changé la face de nos agglomérations.

Voies réservées, feux … 
vélo sur trottoir
Les autres thèmes de la journée portaient de façon concrète sur les évolutions réglementaires, décrites dans les fiches publiées par le CEREMA 4, sur la qualification des espaces réservés aux piétons et cyclistes, chemins, voies, passerelles, trottoirs ponctuellement partagés… pour s’acheminer sans doute vers l’idée selon laquelle il était peut-être plus simple d’arrêter de tout vouloir qualifier. Une voie interdite aux véhicules motorisés (ou trop étroite pour les recevoir) ne se suffit-elle pas à elle-même ? 
Thomas Jouannot, du CEREMA, a aussi montré que les feux n’avaient été destinés à la protection des traversées piétonnes que peu de temps, devenant vite ce qu’ils sont encore, un outil de gestion des flux, une sorte de robinet qui n’a rien à voir avec la sécurité routière. Au contraire, même, les feux ont souvent pour résultat de créer des conflits, ou du danger (mais il nous faudra revenir sur la question !).

Th. Jouannot

Un public d’origines variées
Comme chaque année la Ville de Paris accueille cette journée « destinée en priorité aux adhérents » du club. Dans la pratique la salle (200 places environ) n’est jamais pleine et le public largement extérieur au club. Cette année, 150 personnes, industriels, responsables mobilités actives du CEREMA, associations, bureaux d’étude, chercheurs… ont posé la plupart des questions et assuré l’essentiel des interventions5. Nous avons même eu connaissance d’un inscrit de la première heure qui s’est vu signifier 3 jours avant qu’il ne pourrait participer pour cause de manque de place 6.

Sylvie Banoun devait conclure. Toujours pas nommée officiellement coordinatrice interministérielle pour le développement du vélo, elle n’a pu le faire. C’est Nicolas Duffour qui a animé la journée, avec attention, gentillesse et érudition, comme toujours.

—Notes—

  1. Collectif Vélo en ville à Marseille
  2.  ADAV : association Droit au vélo, Nord-pas-de-Calais
  3. Wiklou, le wiki du vélo
  4. Fiches techniques du CEREMA récupérables gratuitement sur leur site
  5. Les supports de communication sont sur le site du club des villes cyclables.
  6. Pas de procès d’intention mais une question, qui concerne peut-être d’autres personnes inscrites depuis longtemps ?
Print Friendly, PDF & Email

1 réflexion au sujet de “Le club des villes cyclables joue à guichet fermé”

Laisser un commentaire