Urbanus Cyclus, expo sur le vélo en ville à Saint-Etienne

Une exposition qui marque une nouvelle façon de penser les collections. Du patrimoine au design, de l’objet à ce qu’il signifie, le vélo marque notre histoire.
Urbanus Cyclus, le vélo dans la ville, au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne.

 

Vélo au musée, que montre-t-on ?
Faire vivre un musée technique ce peut être présenter des objets comme des choses, pour instruire de leur mécanisme, faire admirer l’habileté de leurs concepteurs, mesurer les évolutions ou les réminiscences, ou encore provoquer des extases quasi-fétichistes.
Une autre façon de faire est de s’attacher non à l’objet mais à l’usage qu’on en fait, à sa place dans la société.

Prototype créé à l’école de design de Saint-Etienne.

D’un côté le vélo, de l’autre l’influence du vélo.
C’est à de dilemme qu’est confronté le musée d’Art et Technique de Saint-Etienne, qui recèle la plus grosse collection publique de cycles d’Europe. Comme d’autres, sa collection devrait être réorganisée d’ici à deux ans, et cela devrait bousculer nos amis les fétichistes de la Machine ! 

L’exposition qui vient de s’ouvrir est résolument de la deuxième veine, et se pose en quelque sorte en contre-point du musée tel qu’il est aujourd’hui.

Comment une ville se remplit-elle de cyclistes ? L’exposition dans le musée
Dans cette ville bien peu cyclable les commissaires de l’exposition ont fait le pari de s’interroger sur les conditions du changement des pratiques de déplacement.

Témoignages (et photos) sur les murs.

En 4 salles, à l’aide de machines mais aussi de photos, maquettes, objets modernes, vidéos et témoignages,  ils tentent de faire percevoir :

  • Les déterminants du changement modal (salle 1), plaisir, réminiscences de l’enfance (liberté, élargissement du champs d’action…), et comment cela s’est incarné (démocratisation du vélo, émancipation féminine, évolutions techniques…).
  • Comment le vélo permet de se réapproprier la ville (salle 2), avec notamment l’évocation des sports urbains, des différents usages du vélo, ce qui passe par la présentation de pièces diverses, anciennes ou contemporaines, certaines achetées pour l’occasion. Les grandes photos de cyclistes stéphanois, avec leur témoignage, la plupart arborant un large sourire, ont leur rôle dans la compréhension de ce qui se joue. 
  • Le vélo aujourd’hui (salle 3), évoqué par un prototype développé à l’école du design, quelques vêtements pour cyclistes urbains, le rôle du vélo dans la mode et dans le luxe…
  • Des photographies, maquettes et vidéos montrent enfin (salle 4) des aménagements emblématiques connus à l’étranger.
Le vélo compact ou pliant peut se charger dans tous les véhicules, de la charette au TGV !

A tout cela s’ajoute un hommage légitime aux industries régionales, passées et présentes. On dirait que les plus pertinentes de ces entreprises se trouvent en Auvergne-Rhône-Alpes, surtout si on annexe la Bourgogne-Franche-Comté !

  

La visite vaut le détour
Il n’est pas certain que le visiteur non averti percevra si clairement la structure de l’exposition, et il est à craindre que les visiteurs « normaux » du musée ne soient pas très contents de ce passage du passé au présent, ou de l’objet à la sociologie et à l’urbanisme. C’est un parti pris risqué peut-être, destiné à s’adresser à un public plus large que celui des collectionneurs et historiens. Pour ma part c’est grâce à la visite guidée que j’ai compris la logique, et que j’ai trouvé l’exposition passionnante. 

Ma recommandation est donc évidente, suivez une visite guidée qui vous aidera bien, et ensuite filez au musée, en dessous, surtout si tel est votre goût initial. Vous constaterez alors que les deux présentations ne sont pas hermétiquement cloisonnées (et que les musées « classiques » c’est bien aussi …).
Pour finir pensez à acquérir vos petits cadeaux à l’éfigie du vélo, carnets, cartes postales, trousses, boîtes de réparation, torchons, flasques de douille, livres et affiches… il y a un joli choix.

Sortie de musée
De retour en ville ne vous attendez pas à ce que la ville soit passée du musée à la vie, la capitale du design n’est pas encore la capitale du vélo. Un conseiller municipal a bien, quelques jours avant l’inauguration, reçu la délégation du « plan vélo », après avoir eu longtemps celle du commerce1, mais dans les deux ans qui restent avant la fin du mandat il ne pourra avoir une action très visible. L’aide de 500 € que la ville propose pour tout achat de vélo, normal comme assisté, ne suffit pas à cacher qu’à Saint-Etienne le vélo est un objet de musée. Il n’a pourtant pas dit son dernier mot, comme le montre l’exposition.

 

Le musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne
Exposition jusqu’au 7 janvier 2019

 

—Notes—

Deux émissions à voir :

  • “Urbanus Cyclus”: éloge du vélo urbain au musée de Saint-Etienne. France3 locale, 3 mai.
  • La reconquête de la métropole par le vélo, sur Arte. 6 minutes. Exposition Fahrrad (Faire du vélo) au musée de l’architecture de Francfort. Si Paris est encore très loin derrière (2.09)… le comédien Thierry d’Armor, 3° plus grand utilisateur de vélib, Jean-Philippe Hugron, critique d’architecture (3.24) : la piste potemkine du pont de Bir-Hakeim, la voie express rive droite, projet parcellaire (3.57) qui ne mène nulle part (4.11). New York, Wuperthal… retour à Paris. Visible sur le net jusqu’au 4 août 2018.
  1. Eric Bargain quitte la délégation au commerce de Saint-Etienne L ‘essor, 27 mars 2018 (et devient délégué au vélo).
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1 thought on “Urbanus Cyclus, expo sur le vélo en ville à Saint-Etienne

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