Craintes sur le Plan vélo, pourrait-il nous passer sous le nez?

Alors que la Loi sur le ferroviaire en France et l’obligation de prévoir l’emport des vélos dans tous les trains en Europe sont en bonne voie d’approbation, la perspective de l’adoption d’un Plan vélo en France ne cesse de s’éloigner. C’est pourquoi sans doute se sont multipliés les appels au gouvernement. Jean-Luc Saladin et d’autres craignent que, de petits calculs en principes moraux, le Plan vélo ait du plomb dans l’aile. A moins que cette anxiété ne soit que le signe de leur impatience ? 

 

Pour Jean-Luc Saladin1, il pourrait n’y avoir jamais de plan vélo, pour des raisons de petits calculs

Il nous l’explique : 

1 La TICPE (taxe intérieure sur la consommation des produits pétroliers) représente 25 milliards par an. Le développement du vélo viendrait amputer l’état d’une ressource financière dont il a le plus grand besoin. 

2 Les transports en commun sont une organisation puissante qui considèrent les cyclistes plus comme des concurrents qui pourraient déséquilibrer leurs finances, fragiles, que comme des alliés naturels. Et de surcroit il est jugé indispensable que ce service public de transports aille sur tout le territoire de la République car il est un symbole évident de l’état.

3 Un vélo électrique bas de gamme mais correct coûte 700 euros. Les dépenses pour les transports en commun urbains sont de  20 milliards par an. 20 milliards divisés par 700 cela fait 28 millions de vélos à assistance électrique.  Autant de vélos qui pourraient être offerts aux Français chaque année. Si on n’en mettait en circulation que la moitié il resterait 10 milliards pour assurer les transports à la demande de ceux qui en ont réellement besoin. Et tous ceux qui peuvent avoir de l’activité physique intégrée au quotidien, en fait l’immense majorité des habitants de ce pays, pourraient arbitrer en faveur de ce mode de transport qui concentre toutes les vertus.

4 La mise en route d’un grand plan vélo déséquilibrerait les comptes des caisses de retraite par l’allongement de l’espérance de vie que l’on obtiendrait: – directement par l’activité physique intégrée au quotidien, – indirectement par la diminution de la pollution atmosphérique et du bruit dans notre environnement.

Si l’argument pour ne rien faire c’est qu’il y a le Versement Transport en France, alors nous demandons qu’au nom de l’équité le vélo dispose de la part proportionnelle qui devrait lui revenir, c’est à dire le sixième. Le vélo fait 2% de part modale et les TC 12%. Le VT étant de 7,5 milliards, nous pouvons compter sur 1,25 milliards. Que le Gouvernement se rassure, nous ne demandons que le cinquième de notre dû, c’est à dire 250 millions.

 

 

Pour d’autres il n’y aurait pas de plan vélo parce que le Gouvernement en ferait une affaire de principe

A l’heure où les choses se précisent, le désarroi gagne. Il se dit que même le ministère des Finances est maintenant dans le camp du vélo, on sait que la ministre des Transports est convaincue de la place stratégique que doit prendre le vélo dans la mobilité… mais il se dit aussi que c’est au plus haut niveau que ça coince. 

  • Il se dit que c’est le Premier ministre lui-même qui bloque. Il est vrai que son attitude pour défendre la fin de la prime à l’achat des VAE 2 par le fait que la filière n’en aurait plus besoin avait de quoi inquiéter.
  • Le président Macron lui-même a longuement expliqué avant-hier pourquoi il n’annoncerait pas un plan banlieue, laissant à penser, au passage, que l’insistance à réclamer un « plan vélo sincère et financé » pourrait bien avoir le don de l’agacer.

Je ne vais pas vous annoncer un plan ville, un plan banlieue, parce que cette stratégie est aussi âgée que moi.
Le premier plan de la sorte a été présenté par Raymond Barre, à peu près au moment où je naissais.  Il faut saluer ce qui a été fait selon cette méthode, parce que sinon ce serait bien pire, mais je crois qu’aujourd’hui poursuivre dans cette logique c’est vouloir poursuivre dans l’assignation à résidence, la politique spécialisée, une forme de politique de clientèle, en quelque sorte, qui ne bougerait pas. 
Et pour tout vous dire, je n’y crois pas, et je crois que les Françaises et les Français ne m’ont pas élu sur ce sujet. Il faut construire ensemble une action collective. 
En termes de méthode, je n’ai pas voulu faire un grand plan où tout était ficelé, parce que je n’y crois pas totalement, et parce que je crois que ce n’était pas la demande. Les gens veulent le co-construire, ce plan, en marche.
Parce que beaucoup de choses ont déjà été faites, sont en train d’être faites ou de réussir, et que peut-être on va corriger certaines choses qu‘on a déjà lancées parce qu’elles ne marchent pas.
Et donc un plan du président de la République sur la base d’un rapport avec rendez-vous dans 3 ans, c’est fini, ça va pas assez vite, c’est pas assez ambitieux.
    (Extraits) Source : vidéo du discours, sur Facebook. 

Plusieurs pensent désormais qu’il n’y aura pas de Plan vélo de l’ère Macron. Pas de nième plan, pas de plan financé, ce qui ne veut pas dire, on l’aura compris, pas de prise en compte du vélo dans la politique des transports. 

Certes un Plan ne vaut pas toujours Action. Mais n’avons-nous pas besoin d’un signal fort ? Il y a encore tant d’élus locaux qui hésitent à voir ce qui crève les yeux : le vélo est l’avenir de nos cités. Il y a encore tant de difficultés à travailler à l’échelle des bassins de vie, et il y a encore tant à faire en règlementation ! Il ne faudrait pas que seuls les modes lourds bénéficient des attentions de l’Etat, au risque de l’oubli des « petits », « faire système » c’est aussi porter la même attention à tous, mais un peu plus à ceux qui en ont le plus besoin, un peu plus à ceux qui ne peuvent pas donner de la voix. Le vélo mérite autant d’attention que le train, les transports routiers, les routes, les transports aériens, les transports fluviaux…  Changer d’ère ne peut se faire en suivant le fil de l’eau. 

 

 


DOCUMENTATION

Le contexte général récent 

  • La Loi pour un nouveau pacte ferroviaire est sur le point d’être approuvée. Elle a été approuvée début avril par l’Assemblée nationale, et adoptée hier 23 mai par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, rendant son examen possible par le Sénat, ce qui aura lieu à partir du 29 mai, avec en ligne de mire le champ libre pour l’examen par le Parlement de la Loi des mobilités, initialement prévu en avril.
  • La commission européenne est sur le point de se pencher sur le Règlement des droits et devoirs des voyageurs européens, portant, en ce qui nous concerne, sur le transport des bicyclettes dans les trains. Par exemple la nouvelle rédaction de l’article 6, proposée par Renaud Muselier et Anne Sander, pourrait être modérée dans ses exigences d’application, mais ferme sur le fond : Tout matériel roulant ferroviaire neuf ou remis à neuf devra comporter à partir de 2024 un espace réservé au transport de bicyclettes non démontées. 
  • La France est épinglée pour la mauvaise qualité de son air.
  • Le Conseil d’orientation des infrastructures a affirmé l’importance du vélo.
  • Même le Tour de France fait de la promo pour le vélo du quotidien, ainsi que nous le narre le GRACQ, à Bruxelles.

 

Les dernières interventions auprès du gouvernement

  • Les représentants de deux parmi les plus grosses associations en faveur du vélo en ville écrivent la lettre de la dernière chance au Premier ministre.
    La fédération européenne des cyclistes vient, par la voix de son nouveau président (français),  d’écrire, avec le président du club des villes cyclables, au Premier ministre pour lui rappeler que l’Etat peut faire beaucoup pour le vélo. Réseaux inter-communaux, rabattement sur les gares, stationnement dans les équipements publics… réglementation et fiscalité, qui sont du ressort de l’Etat, lequel peut aussi abonder les financements communaux. Christophe Najdovski et Pierre Serne réclament, tout comme la Fub, la création d’un fond national du vélo

« A l’issue de la grande concertation des Assises de la mobilité, compte tenu de la qualité des débats et expertises, de la promesse des propositions rassemblées, de la mise en évidence des attentes des Français vis-à-vis d’une vraie politique vélo dans notre pays, ce n’est pas un nouveau plan d’actions, renvoyant une fois encore aux collectivités locales les investissements nécessaires, qui est attendu, mais bien une changement stratégie et de priorité, faisant du vélo un axe structurant de la mobilité durable du quotidien. »  Lettre ouverte à Edouard Philippe Premier Ministre

  • Plusieurs ONG réclament la mise en oeuvre du Plan climat. « Greenpeace, le RAC, le WWF, la FNH et la Fnaut veulent que la future loi sur la mobilité s’articule autour de la neutralité carbone. Les ONG attendent surtout des actes concrets, et notamment des financements pour le rail et le vélo », nous dit ce matin le magazine en ligne actu-environnement.
  • Le 15 mai elles étaient une vingtaine à avoir écrit au Premier ministre pour insister sur le besoin de financement d’un Plan national vélo. « La France est menacée par un contentieux européen sur la pollution de l’air «  rappelaient-elles. « Nous craignons que les hésitations du gouvernement apparaissent comme un renoncement de la France à favoriser la mobilité pour tous, à la rendre plus accessible, plus libre, sur tous les territoires.»
  • La Fub a mis en ligne une vidéo de 2 minutes : 8 raisons de financer un plan national vélo.
  • En avril 200 députés avaient écrit au Premier ministre pour réclamer un plan vélo.

 

—Notes—

  1.   Le docteur Jean-Luc Saladin est bien connu par ses convictions chevillées au corps quant aux bienfaits de l’activité physique. Il est nourri de médecine pratique mais aussi de neurosciences. Il est conseiller municipal de la Ville du Havre, délégué aux nouveaux moyens de transport.
  2. Voir notre article introductif du 27 octobre 2017.
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10 thoughts on “Craintes sur le Plan vélo, pourrait-il nous passer sous le nez?

  1. C’est mal connaître le pouvoir actuel que de penser qu’il pourrait recaler le vélo car il ferait de l’ombre au transport public. C’est exactement le contraire. Si le vélo peut lui permettre de limiter les services subventionnés de transports, c’est un argument qu’il pourrait entendre.
    Quant à l’absence de plan pour la banlieue, c’est de circonstance. Comme il ne voulait pas reprendre le plan Borloo, un des meilleurs hommes politiques, il a sorti cette idée. Mais il n’y a évidemment pas de politique de secteur, quel qu’il soit, sans plan. Donc, s’ils veulent développer le vélo, il y aura un plan, qu’on l’appelle comme ça ou non. Patientons, agissons.

    • Sur les transports, bizarrement ma logique est toute contraire : la majorité des exploitants de lignes de bus sont des sociétés privées, l’état est en plein combat pour parvenir à faire exploiter le réseau ferré par des sociétés privées. Clairement, c’est un enjeu financier à grande échelle, les services de transports rapportent gros aux transporteurs.

      • Si ça leur rapporte gros, c’est que ça coûte cher ! Erick dit qu’à son avis l’Etat aimerait faire des économies là-dessus, et que promouvoir le vélo pourrait lui permettre de payer pour moins de transports. Il ne faut pas oublier qu’aucune ligne de transports n’est payée en entier par les clients, il y a toujours une importante participation publique.

      • Les sociétés de transports urbains ou ferroviaires sont à 100% à capitaux publics (Keolis, filiale de la SNCF) ou à 70% (Transdev, filiale de la Caisse des dépôts et consignation). Ce n’est pas la même situation que les autoroutes.
        Comme l’évoque Isabelle Lesens, la part payée par les usagers pour les transports urbains s’élèvent en général à 30% du coût (le reste vient du Versement transport et, parfois, du reste du budget de la collectivité). Je partage donc le point de vue d’Erick : le gouvernement peut être sensible à la notion d’économies publiques.
        En revanche, la comparaison vélo / transports collectifs montre qu’on peut faire beaucoup avec peu, mais la question est : comment faire basculer les utilisateurs de voitures/motos/scooters vers des modes moins consommateurs d’énergie et de place ?
        Lorsque les distances sont importantes, la part de « motorisés » qui se reportera sur le vélo (même le VAE) sera limitée à court terme, le temps que les gens dépassent leurs craintes. La plupart des nouveaux cyclistes ne sont pas d’anciens automobilistes mais justement des usagers des TC…
        Comparer le coût d’un « plan vélo » avec les TC est intéressant pour les ordres de grandeur mais prôner une réduction des dépenses de TC l’est moins. Prônons plutôt une baisse des dépenses d’infrastructures routières rapides nouvelles qui génèrent de l’étalement urbain, de l’urbanisation « zonale » et des zones commerciales qui toutes entraînent du report vers les modes motorisés et un allongement des distances.
        Enfin l’argument de la TICPE qui serait un frein pour des changements initiés par l’Etat est largement utilisé aussi par les partisans des véhicules électriques alors que l’Etat aide beaucoup cette filière… C’est une erreur de croire que cet argument dépasse les cloisons de Bercy ! Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, l’argument de la réduction des coûts de santé publique peut porter (notamment parce qu’ils pèsent en grande partie sur les coûts du travail et que dans la logique de ce gouvernement, le coût du travail en France, c’est important !).

  2. Les arguments invoqués pour le renoncement à un plan vélo sont tordus, mais je ne me prononce plus sur la bienveillance des autorités à ce sujet. Espérons que le choc créé au Parlement par le décès à vélo d’une attachée parlementaire devant le palais Bourbon soit un mal pour un bien.

    Mais que faut-il faire en priorité ? Verser des subventions est la porte ouverte à l’effet d’aubaine, l’exemple classique étant celui du pont avec un joli aménagement cyclable prévu pour toucher les subventions mais qui part de et arrive sur des voies sans aménagement.

    Les finances seraient bien plus judicieusement utilisées dans la montée en compétence des gestionnaires de voirie sur la prise en compte de l’ensemble des usagers.

    La refonte de la réglementation est indispensable, et je pense moins à la remise à plat du Code de la route, bien que très perfectible, qu’à la mise en place de normes beaucoup plus contraignantes, opposables et difficiles à contourner, sur l’aménagement de la voirie et des cheminements piétons et cyclistes, à l’instar des normes d’accessibilité imposées dans toutes les constructions neuves, avec un contrôle de la qualité par des personnes accréditées.

    En remplaçant la taxe d’habitation par une dotation, le gouvernement peut davantage manier le bâton et la carotte à l’encontre des pouvoirs locaux au profit, entre autres, de l’amélioration des conditions de circulation des piétons et des cyclistes. Il est encore temps de rêver…

  3. Un vélo électrique bas de gamme à 700 euros, c’est un vélo de supermarché pourri et sans service après vente. Merci de comprendre que les vélocistes ont le droit de vivre, et de ne pas faire la promotion de vélos minables et merdiques. Il faut reprendre le calcul sur la base d’un vélo électrique de qualité satisfaisante sur la base de 1200 euros.
    La France du pas cher et du soldé, ça commence à bien faire. Faut pas s’étonner ensuite qu’on n’ait pas d’industrie et que le seul choix d’un vélo de qualité soit allemand ou hollandais.

  4. et quid des batteries de ces fameux vélos après quelques années d’usage ? J’ai un TREK électrique et ma batterie vient de rendre l’âme après 5 ans.
    1250 euros me sont demandés pour une neuve (car bien sûr mon modèle ne se fait plus ??)
    Dans 2/3 ans tous ces VAE bas de gamme qui n’auront plus de batterie on en fait quoi ???
    Recyclage, reconditionnement ou simplement décharge ?

  5. Le Premier ministre est à mon avis hors de cause. Au Havre il a montré ses convictions sur l’activité physique intégrée à la vie quotidienne. Mais il y a sans doute un caillou quelque part quand même. Espérons que E. Philippe soit attentif à décider ce qui doit l’être au bon moment.

  6. Chère Isabelle, chers amis cyclistes au quotidien, avez – vous pensé à solliciter le député (LREM) Matthieu Orphelin ? cela afin qu’il joue pleinement son rôle de député qui se met en exergue « promoteur du vélo » ? Ce « lobbyiste » ne nous serait-il pas précieux afin de faire avancer « notre » Plan National Vélo ? Tous unis nous serons plus forts, non ?
    Simple  » détail « , au CESER Région Centre Val de Loire, dont je suis membre, je viens de « placer des billes  » pour un Plan Régional Vélo à intégrer dans notre SRADDET en gestation, approuvable début 2019.

  7. Hier dans le Journal du dimanche : Cet été, à l’heure où le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, dressera le bilan de sa participation au gouvernement, il regardera de près à quoi ressemble la loi sur les mobilités. Un texte qui concerne à la fois la route, le vélo et le transport ferroviaire. « Il n’y a pas eu de loi aussi structurante depuis les années 1980« , vante-t-on au cabinet de la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Selon nos informations, le dispositif sera présenté autour du 13 juin, avant un déplacement commun Hulot-Borne. A cette occasion, des annonces seront faites sur la pollution. La loi atterrira ensuite au Conseil des ministres, a priori en juillet. Mais c’est dans les prochains jours que se joueront les arbitrages décisifs.
    Orphelin ­espère obtenir 100 millions d’euros
    (soit la moitié de ce qui est demandé par la Fub, ou le quart de ce qu’il faudrait).

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