C’est un cycliste qui succède à Hulot

François de Rugy vient d’être nommé ministre de la Transition écologique, ainsi qu’il en rêvait, indique RFI. Il garde toutes les attributions de Nicolas Hulot, qualité de ministre d’Etat et de 3° du Gouvernement. Ses ministres délégués restent en poste, notamment la cycliste Brune Poirson.

Un homme politique présent depuis très longtemps sur les questions du vélo
Cette nomination est une très très bonne nouvelle pour le vélo. En effet François de Rugy connaît très bien la question du vélo, sur laquelle son investissement remonte au moins aux années 90. En tant qu’adjoint au maire de Nantes délégué aux transports il a représenté la Ville de Nantes pendant plusieurs années au conseil d’administration du Club des villes cyclables, association dont il a été un des trois vice-présidents en 2001. Il a participé à de très nombreuses de ses journées d’étude ou congrès, déjà en 1996 en tant que membre d’une association de défense de l’Environnement. En 2004, alors vice-président de la Communauté urbaine de Nantes, il avait présidé et animé une table ronde au congrès du Club des villes cyclables (à Tours).  En tant que député il faisait partie du premier Club des parlementaires pour le vélo et avait bien ferraillé pour l’adoption de l’IKV. Sa nomination correspond à ce que nous souhaitions : qu’il le souhaite depuis longtemps. En revanche qu’il sache mener la bataille …

Au moins ce n’est pas lui qui risque de freiner les ambitions d’Elisabeth Borne pour le vélo.

Sa nomination n’empêche pas qu’il faille réorganiser le fonctionnement du gouvernement, avertissait lundi Daniel Cohn-Bendit sur France-inter. Les « Grands corps »1 doivent perdre de leur pouvoir. Ils n’ont pas du tout la culture de la transition écologique. Hulot en sait quelque chose.

Pascal Canfin et Laurence Tubiana avaient été recommandés par Daniel Cohn-Bendit; Canfin, ministre délégué au Développement auprès du ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Ayrault, pour ses compétences en finances environnementales (maniement des taxes en vue de changements de comportements).  Conseiller principal pour le climat du World Resources Institute (WRI), think tank américain spécialisé dans les questions environnementales,  il est depuis fin 2015 directeur du WWF. Il n’aurait pas été un « poids lourd médiatique » comme Dany ou Hulot, mais un poids lourd intellectuel, parfaitement capable de s’imposer. Il a refusé le poste, et Mme Tubiana avait fait savoir qu’il ne le lui avait pas été proposé.

Qu’en sera-t-il de s’imposer pour François de Rugy, dont certains commentateurs n’ont pas été sans remarquer sa difficulté à faire preuve d’autorité sur le Perchoir (mais aussi les réformes qu’il a su imposer) ?

Parions que le nouveau ministre voudra mettre son nez dans le plan vélo et que si c’est le cas l’annonce de celui-ci pourrait être retardée, en faveur d’une plus grande ambition. N’avons-nous pas déjà souligné combien l’affichage financier envisagé était sous-estimé ?

C’est peut-être déjà fichu, selon Europe1 ce matin :  INFORMATION EUROPE 1 – Le plan vélo tombe à l’eau.

 

 

  1. Les Grands corps sont les personnes issus des grandes écoles qui font ensuite partie « du corps » des Mines ou des Ponts, notamment, mais aussi tous ceux qui se trouvent dans les réseaux des anciens élèves de ces grandes écoles.
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15 thoughts on “C’est un cycliste qui succède à Hulot

  1. Comment peut-on s’imaginer qu’une femme ou un homme, un ministre, voire un gouvernement, puisse changer le cours des choses?
    Je veux bien rêver… L’avenir ne peut venir que d’une conscience et d’une action collective à l’échelle de la planète.

      • Démonstration peu convaincante. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ? de Rugy en est-il un ? Plus grand que R.Poujade, Dijoud, Péronnet, Granet, M.d’Ornano, F.Delmas, Crépeau, Bouchardeau, Carignon, Lalonde, Royal, Barnier, Lepage, Voynet, Cochet, Bachelot, Lepeltier, Olin, Juppé, Koscuisko-Morizet, Jouanno, Borloo, Bricq, Batho, Martin, Hulot ? Il ne nous faudra pas longtemps pour constater que les résultats de de Rugy seront aussi insignifiants que ceux de tous ses prédécesseurs. Le contraire serait proprement stupéfiant puisque les forces qui ont menotté le brave Hulot sont toujours là, puisque le rôle dévolu à l’Etat dans le développement du vélo est mineur.

  2. Je suis cycliste et je trouve que l’indemnité kilométrique est une ineptie. Pourquoi donner de l’argent à l’industrie du cycle dont une grande partie est non française? Agir pour le vélo n’est pas qu’une question budgétaire. Le carburant coûte très cher, ceux qui achètent un vélo pour aller au boulot s’y retrouvent. Un vélo (s’il n’est pas volé) s’utilise pendant 30 ans (j’ai 3 vélos pour des usages différents et aucun n’a moins de 20 ans).
    Par contre, les vendeurs de vélos fixent des prix en tenant compte de l’IKV. Il y a un ENORME effet d’aubaine, un argument politique pour faire plaisir aux militants et permettre d’afficher un volontarisme écologique.
    Je trouve qu’il est beaucoup plus utile et efficace que l’Etat concentre ses moyens (y compris financiers) sur les actions de fond pour faciliter la transition, notamment les infrastructures. Il devrait aussi utiliser son pouvoir pour :
    1) faire respecter la loi par les collectivités territoriales qui ont l’obligation de prendre en compte les déplacements cyclables lors de l’aménagement ou le réaménagement urbain.
    2) l’évolution réglementaire permettant de transporter facilement des vélos sur les autocars
    3) subventionner, le cas échéant, les transports en commun pour aménager des espaces de transport de vélos
    4) mettre des moyens pour lutter contre le traffic de vélos volés (car un automobiliste qui s’est mis au vélo et qui se le fait voler, IKV ou pas, ne rachète pas de vélo; il reprend sa voiture)

    • Dans ce cas, supprimons le remboursement de la moitié de l’abonnement aux transports en commun, ainsi que la déduction fiscale des frais de voiture. Question de logique et d’équité (avant, on disait « justice »).

      • Au temps pour moi. Je me rends compte que j’ai confondu IKV et prime à l’achat du vélo électrique (supprimée en début d’année).
        Je suis d’accord avec vous sur la question du manque d’équité de tout le système de subventions pour les transports, mais:
        Je n’ai rien contre l’IKV comme aide des entreprises aux salariés mais je suis contre sa déductibilité. Les entreprises citées y trouvent plein de bénéfices indirects; pourquoi leur filer du fric (la déductibilité est une subvention aux entreprises payée par la collectivité)? Comme les autres formes de subventions cela complexifie la gestion et favorise la fraude, les effets d’aubaine, etc.
        Et je reviens au fond de mon propos: que l’état agisse et dépense prioritairement sur le choses qui sont de son ressort. Dans mon entourage, c’est l’absence d’aménagements et le sentiment d’être vulnérable à vélo qui est un frein plus fort au passage à vélo comme moyen de locomotion urbain (j’habite le Sud ), avant l’absence de subvention.

        Pour les entreprises, si on les obligeait à transformer les places de parking voitures en places de parking vélo, ça les motiverait plus que des déductions de 200€ par an de cotisations, en ville (le parking auto coûte très très cher). Il faut aussi limiter les voitures de fonction pour les cadres supérieurs (beaucoup ne s’en servent que pour le trajet domicile/travail et leur usage perso) qui ne sont la plupart du temps que des indicateurs de statut, exorbitants pour tous (y compris pour eux mais ils ne s’en rendent pas compte; en effet ils perdent du salaire à cause de toutes les taxes qui rendent ces véhicules très coûteux à l’entreprise). Quand on voit comment la ville a été construite en prenant en compte les contraintes de la voitures. Il faut renverser le paradigme. Faire du vélo, dans les zones urbaines, le moyen de transport premier (avec les transports collectifs) autour duquel se bâtit la ville du 21ème s (qui ne fait que démarrer).

        Tout cela est beaucoup plus important que les subventions et autres IKV (déductible).

    • L’IKV est plafonnée à 200 € par an. Ce serait pour moi le moyen de financer une révision annuelle de mon vélo et des équipements.
      Mais l’IKV est surtout une indemnité versée par l’employeur. Or, dans les agglomérations de taille moyenne, l’abonnement mensuel en transports collectifs est généralement d’une trentaine d’€uros (et le double dans les métropoles comme Lyon). Les employeurs ont l’obligation d’en rembourser la moitié, soit au moins 180 € (ou 360€ pour les métropoles comme Lyon) à leurs employés qui utilisent les TC. Avec une indemnité kilométrique vélo plafonnée à 200€, l’employeur paye moins. Je partage donc le commentaire de Vincent sur le fait qu’il s’agit là d’un principe d’équité. Notons d’ailleurs, au passage, que les frais réels déductibles des impôts (lorsqu’une personne utilise une voiture ou moto pour faire des distances conséquentes) sont, par définition, toutes choses égales par ailleurs, une perte pour l’Etat…

  3. Ces « Grands Corps » que vous souhaitez voire perdre du pouvoir sont peuplés de gens pas idiots et dont un nombre de plus en plus grand partage nos craintes et nos aspirations. Il y a peu vous disiez du bien de la nouvelle « madame vélo » de Paris qui en vient. Jancovici affirme que le Grenelle environnement a fortement sensibilisé au moins une génération de corpsards qui commence à prendre le pouvoir et adapte ses habitudes, j’en suis témoin tous les jours.

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