Hulot désabusé, une chance pour les Transports

La démission de Nicolas Hulot est une chance à saisir pour l’environnement, et tout particulièrement pour les déplacements. 10h50. MàJ (Revue de presse) le 30 août à 20 h 30.

Nicolas Hulot a démissionné de sa mission de ministre de l’Environnement et l’a annoncé dans l’émission de Léa Salamé et Nicolas Demorand, sur France-inter.  Il a pris tout le monde par surprise. Ecoutez l’émission, elle est passionnante.

Il explique que personne ne s’est mis en marche et que nous marchons en pleines contradictions. Il n’a même pas obtenu d’affichage clair, sauf pour les transports [et encore…]. Il ne veut pas faire illusion, et craint que ce soit encore pire après lui. C’est le domaine économique dominant qui est la cause, alors que l’on a déjà basculé dans la catastrophe.

 

Ceci dit, cette démission est, je crois, et hélas, une bonne chose
C’est très gênant de le penser, et encore plus après avoir écouté l’émission. 
Non pas pour la personne, qui mérite au contraire notre respect. Il avait accepté cette mission alors que rien ne l’y obligeait, ni besoin de reconnaissance ni besoin d’argent. Très tôt il a pris la mesure des pesanteurs. Sa place de 3ème dans la hiérarchie gouvernementale ne lui aura même pas évité l’irrespect d’invités non désirés dans une réunion. Il aura la sagesse de rebondir ailleurs.

Nicolas Hulot connaît très bien ses dossiers, en tous cas personne ne semble le contester. Mais il y en a un, majeur, duquel il n’avait pas l’ombre d’une perception, c’est celui de la mobilité.

Le report sans fin de la discussion de la Loi sur la mobilité, la triste mascarade de la conférence de presse du 20 juillet dernier, l’indigence de ce qui se préparait, tout cela crevait les yeux. L’annulation de l’IKV, ou son report, la fin de la prime à l’achat de vélos assistés sans mesure des objectifs,  la prime à l’achat d’une voiture neuve… la passion de l’hydrogène et du tout automatique… les inaugurations de nouvelles bretelles d’autoroutes … montrent bien que les décisions ont été prises hors méthode, hors cadre d’action, hors objectifs. 

Alors, pour ce secteur central dans les causes du dérèglement climatique, on ne peut hélas que se réjouir de sa démission.

Comme dit le professeur Johan Chapoutot, « la maison brûle et nous regardons Hulot ». Libération, 28 août. « Nicolas Hulot a tenté d’infléchir la chute sans fin dans laquelle l’homme s’est engagé. Il a perdu, il part. «

 

Qui peut le remplacer, se demandent aujourd’hui les uns et les autres
On avance des noms de personnes dont on n’a pas su tirer le meilleur à leur époque, mais leur temps est peut-être passé. On avance les noms de certains jeunes parlementaires, excellents dans leur rôle mais qui seraient bien incapables de mener une bataille d’envergure planétaire. On avance aussi les noms d’anciennes ministres qui ont brillé par leur ridicule absence de substance. N’en jetez plus, le temps des paillettes est révolu.

 

Je n’ai pas plus d’idées que d’autres, mais ce que l’on peut avancer, en revanche, c’est qu’il faut quelqu’un :

  • Qui soit prêt. C’est-à-dire qui s’y prépare et le désire depuis longtemps.
  • Qui sache mener la bataille avec méthode, c’est-à-dire : 
    • poser le diagnostic, et le faire partager;
    • en déduire les objectifs et les classer par taille d’impact favorable, et les faire partager;
    • en déduire les moyens à mettre en oeuvre;
    • en déduire les moyens à mettre en oeuvre pour qu’ils soient mis en oeuvre;
    • et ne pas oublier les mesures d’accompagnement, car ce n’est pas aux citoyens de tout prendre dans la figure. 

Tout cela doit tenir dans 15 pages maximum.

*

Dans notre domaine évidemment au moins une partie des moyens à mettre en oeuvre sont connus, et une partie des objectifs, et même une partie du diagnostic. Pour autant il faut quelqu’un qui puisse tenir tête et savoir jusqu’où il ne veut pas reculer; quelqu’un qui ne se noie pas dans les détails mais sache créer un climat, mettre ses troupes en ordre de marche; quelqu’un qui tienne les bouts et la direction. Jusqu’alors nous n’avons même pas posé le diagnostic. 

Il ne suffit pas de quelques mesures qui vont dans le bon sens, comme tente de plaider le gentil garçon délégué du parti du Gouvernement : Écologie continuons à agir. Faire semblant n’a aucun intérêt, c’est réussir qu’il faut. 

 

Revue de presse

Bati-info : Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, a créé la surprise mardi 28 août en annonçant en direct sur France Inter qu’il quittait le gouvernement ce jour. Visiblement affecté, il a précisé que c’était la décision la plus difficile de sa vie mais qu’il ne voulait plus se mentir et laisser croire, par sa présence, que la politique environnementale de ce gouvernement était à la hauteur.

Le Monde : Démission de Nicolas Hulot : quel est son bilan écologique ? En quinze mois, il a obtenu quelques avancées, mais a aussi dû faire de nombreuses concessions. [Des concessions, un texte laxiste, pas de garde-fous, des promesses vagues, etc.]

Huffpost : 3 recommandations pour que Nicolas Hulot ne soit plus impuissant au gouvernement. Publié en juin …

Mobilettre : Le courageux départ du ministre est plus important que son passage au gouvernement. Pourquoi il n’a pas pesé sur la question pourtant décisive des mobilités. 29 août, signalé par Olivier Razemon.
Nous avons peut-être tout faux … Hulot n’aurait pas voulu gêner Elisabeth Borne, et celle-ci n’aurait pas voulu jouer sa carte médiatique. Merci, mais le Gouvernement n’est pas épargné non plus par cet éditorial : « Ses ruptures formelles ne peuvent cacher durablement les conservatismes de son action. (…) Nicolas Hulot est son premier soldat sacrifié, rincé par une verticalité impitoyable, débordé par les mécanismes intragouvernementaux, les orthodoxies budgétaires et les cynismes politiques » … 

Implicitement, le départ de Nicolas Hulot révèle la superficialité de l’engagement écologique d’Emmanuel Macron. Audrey Pulvar présentant la tribune de 10 associations écologistes. Cette démission est le symptôme d’une immense incompréhension. La transition écologique n’est ni une promenade de santé ni un supplément d’âme pour politiciens sans imagination. Emmanuel Macron aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise. Faire « comme si » serait la pire des réponses à apporter à Nicolas Hulot. Les crises écologiques qui s’amoncellent n’ont que faire de nos illusions et beaux discours. Ces crises ne disparaîtront pas d’un coup de baguette verte.

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11 thoughts on “Hulot désabusé, une chance pour les Transports

  1. Les transports représentent plus de 30% des émissions des gaz à effet de serre et sont en augmentation. Le bilan d’Hulot sur les mobilités est catastrophique. L’abandon de NDDL ne doit pas faire illusion, il a été motivé par des raisons d’ordre public et l’avion continue d’être encouragé. Les lignes ferroviaires ferment une à une, un conflit à la SNCF qui aurait pu être évité, des investissements qui n’empêchent pas le vieillissement du réseau, aucune politique pour redresser le fret. Le programme autoroutier est relancé, la folie des contournements et élargissement des routes se poursuit. Quant au vélo, on attend toujours le fameux plan et son financement. En 15 mois, rien n’a été fait.

  2. Tout à fait d’accord avec le document de cadrage en 15 pages, j’y ajouterais des objectifs souhaités et des objectifs minimum non négociables, et une clause de départ immédiat si les objectifs à minima ne sont pas enclenchés dans l’année !
    On ne négocie pas avec le climat !

  3. Et si le malheur d’un ministre faisait le bonheur des cyclistes?
    C’est par une démission que Nicolas Hulot a voulu donner un électrochoc pour traiter une maladie mentale du monde politique : le court-termisme. Les premiers effets de ce traitement semblent positifs car beaucoup de réactions de tous bords politiques se résument dans: oui on a déjà fait beaucoup, mais il faut continuer et faire encore plus et mieux …
    C’est dans ce contexte que le projet du Plan Vélo national endormi pourrait se réveiller prochainement, revigoré par la démission d’un ministre. Quel triste prix à payer…
    En effet, par rapport aux bonnes intentions qui fusent en faveur de la transition énergétique depuis cette démission, il serait incompréhensible que le Plan Vélo reste dans les cartons. Il a comme avantage de ne pas coûter bien cher et de rapporter gros en comparaison avec d’autres mesures bien plus lourdes et complexes. C’est pourquoi il serait bien d’arrêter de demander seulement 200 millions d’euros par an pour le Plan Vélo qui a besoin de bien plus, non seulement pour rattraper le retard de la France en Europe, mais également pour éviter de continuer dans la logique des petits pas, ou disons des petits coups de pédalier.

  4. Le texte d’Isabelle montre un vrai problème chez certaines organisations cyclistes et celles & ceux qui sont victimes des propagandes mercantiles : « … la fin de la prime à l’achat de vélos assistés sans mesure des objectifs, la prime à l’achat d’une voiture neuve… la passion de l’hydrogène et du tout automatique…« .
    Ainsi, le VAE (Vélo Anti-Ecologique) fonctionnant au lithium et autres minerais rares pour l’électronique serait à financer mais pas les motos à hydrogène ni les simples bicyclettes ? Et les batteries au lithium, elles ne polluent pas ?
    Qu’Hulot démissionne n’a aucune importance. A Notre-Dame des Landes comme à Sivens il fallait des zadistes pour s’opposer, il y a eu des centaines de blessé-e-s et un mort mais cela ne l’a pas fait bouger !

    • Je suis curieux de la logique qui ferait considérer un VAE comme anti-écologique mais une moto à hydrogène comme vertueuse.
      Une moto à hydrogène reste un véhicule électrique (mais plus à assistance). Elle consommera bien plus de matériaux pour sa production et bien plus d’énergie pendant son utilisation. Et je ne connais pas la comparaison en ACV hydrogène / lithium pour un même type de véhicule, mais en tout état de cause il est peu probable que ça puisse contrebalancer les deux facteurs précédents (différence de masses et de consommations).
      Et bien sûr que les simples bicyclettes seraient à financer, ça fait partie des mesures qui seraient accueillies favorablement par les organisations cyclistes. J’ai déjà entendu Olivier Schneider sur le sujet, j’imagine qu’Isabelle partage également cet avis.

      • Non … Le prix d’un vélo n’est pas l’obstacle, si on est fauché on en trouve dans les ateliers participatifs et les brocantes (voir Velook). Comme on ne l’est pas, on achète n’importe quoi, plein de vélos-camelotte qui ne servent que 3 ou 4 fois puis dorment en épave de longues années.

        • Autant pour moi j’ai dit des bêtises alors. Merci pour le lien vers Velook, j’avais justement besoin de ce type de ressource (ma femme qui va au boulot en VAE demande maintenant à avoir un vélo classique pour le remplacer et faire plus de sport. Comme quoi le potentiel de « mise en selle » du VAE est important. Avant, le trajet aurait été fait en voiture).

  5. A lire l’article, on se demande si il n’y a pas comme un doux rêve de croire à quelque chose qui n’existe pas dans les faits.
    Si de grands auteurs latins ressuscitaient, ils nous demanderaient sans aucun doute pourquoi nous nommons ce système « démocratie ». Ils nous demanderaient ensuite si nous n’avons pas perdu le sens des mots. Comment croire qu’on peut faire quelque chose dans ce monde alors que çà saute au nez : lobbie, clientélisme, copinage sont la règle de conduite…

  6. Le vélo urbain (ou périphérique des grandes zones urbaines) se substitue-t-il prioritairement: à la voiture, aux transports en commun, à la marche, ou à un peu de tous? A Lyon l’enquête des années 2000 avait conclu à la substitution aux transports en commun prioritairement.
    L’usage du vélo ne doit pas être vu uniquement sous un angle de réduction de la pollution mais plus largement moindre pollution sonore,
    espace au sol limité donc voirie moins large,
    convivialité, moins d’accidents …
    Le procès du VAE n’a pas sa place ici, ne serait-ce parceque c’est un moyen d’augmenter le nombre d’usagers en reculant l’âge auquel on reprend (hélas) souvent son auto en ville,
    et en augmentant les distances des trajets habitat-travail.

  7. Même si je suis convaincu qu’il y a « urgence climatique », je continue de penser que cet argument est inopérant pour promouvoir le vélo. L’histoire montre la cécité des peuples face aux catastrophes qui approchent, le XXème siècle est le meilleur exemple. Je ne vois pas que les Français aient gagné ces dernières années en lucidité. Une grande majorité reste d’abord préoccupée par d’autres choses. A moins qu’une catastrophe nous touche directement et lourdement, il n’y a pas de changement notable à envisager à court terme concernant cette lucidité.
    Comptons, oeuvrons, sur le facteur « plaisir ». Aujourd’hui, enfin, arrivent sur le marché français de beaux vélos, eEfficaces pour l’usage quotidien. Mais il faut aussi bien savoir rouler – c’est à dire être adroit comme le sont nos coursiers – pour avoir plaisir à rouler. Nous n’en sommes qu’aux tout débuts. L’immense majorité a des vélos bas de gamme, a tout juste l’équilibre. C’est aussi cette situation qui freine énormément et crée accessoirement un boulevard au VAE.
    Bien sûr il faut aménager la rue, mais je me réjouis de voir enfin l’apparition de boutiques avec de beaux vélos, des trentenaires qui savent rouler.
    Eux donneront envie à ceux qui ont aujourd’hui moins de 20 ans. Pas nous, les vieux grincheux avec nos polémiques à deux balles autour du VAE !

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