Services numériques de guidage : un appel à la modération

Les aides à la création d’itinéraire ainsi que les services automatisés de guidage vont devoir  faire un peu plus attention. Un décret du 3 août leur demande de ne plus privilégier l’automobile et d’afficher des messages comme « Pour les trajets courts privilégiez la marche ou le vélo ». Surtout ils devront ajouter des informations sur les autres modes de déplacement.

Sont visés en premier lieu les calculateurs d’itinéraires comme Google Maps, Mappy, Apple Maps, Citymapper etc.

Ils devront aussi afficher le réseau cyclable, les aires de co-voiturage, les données sur les véhicules en libre-service, les transports en commun, bref, ne plus présenter l’auto comme la seule et unique évidence pour se déplacer.

Il fallait en arriver là sans doute et donner les détails de ce qu’il faut écrire ou afficher, tant on craint les tentatives d’esquiver les règles. C’est donc un texte comme toujours un peu ridicule que le Journal Officiel publie, dont on va chercher les failles. Peu importe, l’obligation de mettre les pistes cyclables sur les cartes ne peut qu’être favorable, et les slogans ont toujours leurs vertus. On se souvient tous de Mangez 4 fruits et légumes par jour, Fumer tue, et moins de Marcher au moins … car pour être efficaces les slogans doivent être simples et permanents. 

Le décret n° 2022-1119 du 3 août 2022 relatif aux services numériques d’assistance aux déplacements, publié au Journal officiel du 5 août, ouvre la voie à la multimodalité en faisant en sorte que l’information soit la plus complète possible au lieu d’être de-facto au service de la seule mobilité en automobile, qui apparaît comme la seule existante. Il veut aussi enfoncer le clou avec l’obligation de faire connaître l’information relative aux quantités de gaz à effet de serre et aux polluants de l’air émis par le ou les modes de transport utilisés pour chaque suggestion d’itinéraire. 

L’arrêté du 3 août 2022 précise que les messages pourront être « Pour les trajets courts, privilégiez la marche ou le vélo », « Pensez à covoiturer », « Passer de 130 à 110km/h sur autoroute réduit votre consommation de 20% » et « Au quotidien, prenez les transports en commun », ou autres, semble-t-il, du moment qu’ils sont efficaces. 

Il est complété par la mention signature « #SeDéplacerMoinsPolluer » qui devra s’afficher assez longtemps pour être lue.

L’application de ces décisions sera étalée de maintenant à fin 2023.
Pour fin 2022 : l’ensemble des données relatives au réseau cyclable, aux aires de covoiturage et au stationnement 
Pour fin 2023 : les données de partage de véhicules, cycles, trottinettes, scooters et autres, nous précise Antoine Augusti sur twitter. 

Rien n’empêche d’espérer que cela fera tache d’huile, que toutes les cartes, digitales comme imprimées, auront à coeur de toujours indiquer réseau ferré et pistes cyclables, au même titre que les autoroutes… Le décret fait aussi l’impasse sur l’impact du numérique sur le climat1, mais passons, on ne peut pas tout faire en même temps, certainement. 

Tout cela va quand même dans le bon sens, hélas le sens contraire aux actes. Le réseau ferré continue de se réduire, et le réseau routier de se renforcer. C’est le ministère qui le dit : « Entre 1999 et 2019, la longueur des routes est passée de 980 500 kilomètres à 1 090 700 kilomètres en France métropolitaine, soit une progression de 11,2 % en 20 ans. La longueur totale des lignes ferroviaires exploitées a diminué de 13,4 % au total entre 1999 et 2019, malgré la mise en service de 867 kilomètres de lignes à grande vitesse. » Il ajoute cependant que « Entre 2014 et 2019, la longueur des véloroutes et voies vertes a été multipliée par 2,5, passant de 6 900 kilomètres à 17 500 kilomètres. » (Chiffres-clés du transport). Les privilèges accordés aux motos, eux, semblent avoir reçu un coup fatal… 

  1. J’ai plusieurs fois attiré l’attention sur l’impact négatif du numérique. Voir ma présentation du livre de Guillaume Pitron : L’enfer du numérique, un enfer sans nom ni lieu, ou celle de travaux du Shift project : Numérique : les cyclistes ne doivent pas être complices.
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5 réflexions au sujet de “Services numériques de guidage : un appel à la modération”

  1. Ils n’ont bizarrement pas envisagé de demander aux compagnies aériennes de rappeler que le train est moins polluant et de privilégier les vacances et week-ends à proximité de chez soi !
    Bon, c’est mieux que rien, mais effectivement, le démantèlement du ferroviaire se poursuit avec l’abandon de l’entretien d’une partie du réseau annoncée dernièrement par la SNCF (ou RFF, ou je sais plus comment, ça change de nom tous les trois ans).

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  2. J’ajouterais que lors de recherches d’hébergements sur un itinéraire, les sites internet vous envoient souvent à des kilomètres du lieu où vous avez choisi de vous arrêter, ce qui ne convient pas du tout au piéton ou au cycliste. Pourquoi pas une recherche « spécial mobilité active » qui limiterait le périmètre à 2-3 km autour de l’endroit chosi ?

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  3. Un autre domaine qui pourrait être réglementé, c’est le guidage GPS des véhicules motorisés sur le réseau secondaire, privilégié par les cyclistes.
    Habitant une région touristique bretonne, nous faisons l’expérience de voir une flopée de véhicules immatriculés hors département et à l’étranger emprunter des routes secondaires prisées des cyclistes pour leurs déplacements domicile-travail.
    Après réflexion, seule une application GPS peut les emmener dans ces chemins de traverse non balisés, étroits, mais présentant souvent un « raccourci » au moins en distance.
    Les moyens de contrer cela sont limités à ce jour…

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    • Un des volets du texte dont a parlé Isabelle prévoit que les applications « Panurge » n’envoient pas un nombre de véhicules incompatible avec les capacités du réseau routier (secondaire). En théorie c’est beau mais en pratique je ne vois pas comment ces limitations vont intervenir et un satellite GPS est trop haut pour qu’un cycliste puisse le dézinguer d’un coup de pompe ! :).

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  4. Sur le géoportail (le site de l’IGN), il y a une couche pour le réseau ferroviaire, mais pas de couche spécifique pour les infrastructures de tramway. Les lignes de tramway n’apparaissent que sur la couche Plan IGN, ce qui ne permet pas de les visualiser avec les photos aériennes par exemple.
    J’avais fait la demande il y a quelques années, mais sans retour aucun.

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