* Paris sans auto, 25 septembre 2016 … triste désert

Plus étendue que la première édition, la seconde Journée sans auto parisienne n’a pas tenu ses promesses. La surface avait été élargie, sans toutefois atteindre la totalité de la ville. Les contrôles aux barrières étaient cette fois assurés par une société privée avec 506 agents, alors que l’an dernier de nombreux bénévoles avaient été recrutés avec financement à leur association. Cela n’a rien changé aux passages en force des motocyclettes, contre lesquelles personne ne peut grand-chose, pas plus que contre la conduite bien trop rapide des taxis, des bus, et même des riverains autorisés. Personne ne respectait la limite de vitesse à 20 km/heure, imposée, ou plutôt demandée, dans toute la ville.

« Agréable comme un dimanche d’août », peut-être
Au total cette journée du 25 septembre 2016 n’a rien eu de spécialement agréable1 pour moi, et n’a pas provoqué de changements de comportements. Les braderies se sont tenues à l’étroit sur leur petit trottoir, le camion « angle mort » de la Ville est resté sagement sur le petit terre-plein central de la place de la Concorde, la parade sans moteur n’a rassemblé qu’une centaine de participants et s’est terminée par un pique-nique sur les voies sur berge… Les piétons n’ont envahi les Champs-Elysées que dans sa partie totalement interdite aux véhicules à moteur et les cyclistes, assez nombreux, ont roulé dans leurs espaces habituels en respectant feux rouges et sens interdits. Toute la journée on a subi le bruit lancinant des moteurs, et la crainte provoquée par leur vitesse.

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Des comportements de voyous
Faut-il élargir encore le périmètre pour n’avoir à garder que les portes? Faut-il au contraire revenir à une surface plus réduite pour assurer un réel contrôle? Faudrait-il élargir les horaires au-delà de l’actuel 11 h – 19 h? Le soir, aux Grands Voisins, avec le collectif Paris sans voiture, initiateur de l’évènement, on s’accordait pour stigmatiser les taxis, qui, comme l’an dernier, se sont comporté « comme des voyous »2 et à s’interroger sur la façon de faire que les citoyens reprennent, au moins ce jour, possession de leur espace. On est loin de devoir penser à la potentielle gêne des piétons pour les cyclistes (pourtant importante chaque dimanche dans les quartiers « Paris respire »), ou à la façon de provoquer l’essai de nouvelles façons de se déplacer.
A toutes ces interrogations, Abel Guggenheim (cycliste historique, émission Tout un rayon) rappela que le seul moyen d’obtenir une vitesse contrôlée est d’annuler tous les feux, qu’ils soient éteints ou en mode clignotant. Et pour permettre l’expérience d’une ville sans domination automobile, il faut aussi occulter tous les sens interdits, selon lui.

Seul succès de cette journée3, pour ceux qui ont eu la chance d’en être, le rendez-vous aux Grands Voisins4. A la conférence du soir5 (faisant suite à beaucoup d’autres) portant sur l’historique de la confiscation puis de la libération des berges de la Seine, il fut mentionné que quelque soit le mode, c’est l’infrastructure qui en créée l’usage, que toute fermeture de route entraine « évaporation » du trafic. L’étude de Paul Lecroart6 fut appelée à la rescousse. Le matin même le Journal du dimanche avait d’ailleurs publié les premiers chiffres des « reports » de circulation depuis la fermeture aux motorisés des berges rive-droite, bien meilleurs qu’attendu. Le lendemain ce sujet était à l’ordre du jour du Conseil de Paris. C’est une autre histoire.

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  1. Je me suis ennuyée comme jamais pendant mes déambulations exploratoires de ce jour. Vous lirez évidemment ailleurs des articles enthousiastes et ici des commentaires plus modérés, chacun ayant son point de vue. Il se peut d’ailleurs que la situation n’ait pas été identique partout.
  2. Une passagère de taxi m’a rapporté avoir noté qu’il roulait à … 60 km/h !!!
  3. Un succès malgré tout est que la pollution mesurée a beaucoup baissé, ainsi que nous le révèle Adrien Lelièvre dans les Echos, mais des résultats à prendre avec précaution, comme le montre le site d’Airparif. Il m’a aussi été rapporté des baisses bienvenues de bruit en certains secteurs habituellement infréquentables, si bien que mon titre aurait pu être plus objectivement « avis mitigé ».
  4. Les Grands voisins, une occupation temporaire et reconnue des bâtiments l’ex-hôpital Saint-Vincent de Paul. Conférences, démonstrations, jeux, bars, cuisine africaine … dans une atmosphère familiale des plus agréables;
  5. Le village des initiatives mobiles, dimanche 25 septembre 2016 aux Grands Voisins
  6.  Paul Lecroart, IAU : De la voie rapide à l’avenue urbaine : des autoroutes à transformer. Lire aussi : La fermeture des voies sur berge a fluidifié le trafic parisien (débat radiophonique avec Mathieu Flonneau)
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5 réflexions au sujet de “* Paris sans auto, 25 septembre 2016 … triste désert”

  1. Pour avoir vu quelques reportages TV à midi et en soirée, je confirme qu’ « à l’oeil » les véhicules motorisés que l’on voyait circuler (dûment autorisés je suppose) roulaient bien plus vite que les cyclistes alentours, alors le respect des 20km/h … Et à l’heure de la télégestion (je suppose encore) des feux tricolores, pourquoi ne pas les avoir mis à l’orange clignotant dans la zone concernée ?
    Bref, cet article et les commentaires mitigés sur le forum vélotaf.com me confortent dans mon choix d’être resté chez moi avec mon chat pour bricoler au retour d’une semaine de congé sur la côte landaise (même s’il ne m’a pas aidé, ce fainéant).

  2. Bien que provincial, j’étais à Paris dimanche. J’ai eu le plaisir d’y refaire du vélo (la première fois depuis 30 ans !), de voir sous un angle différent des quartiers que je connaissais et de découvrir des quartiers que je ne connaissais pas. Certaines rues étaient de « tristes déserts », mais d’autres étaient pleines de cyclistes et de piétons heureux.
    Deux mots sur les taxis : en tant que cycliste, j’ai trouvé qu’ils ne respectaient pas le 20 km/h annoncé et qu’il fallait s’en méfier. En tant que client (j’étais chargé de bagages encombrants et accompagné d’une personne qui marchait avec difficulté), j’ai bénéficié d’un trajet très fluide pour me rendre à la gare. Le chauffeur m’a d’ailleurs dit : « ah ! si ça pouvait être comme ça tous les jours ! ». J’ai aussi vu plusieurs voitures, largement au delà de 20 km/h dans la zone interdite, qui n’avaient aucun signe apparent de véhicule de sécurité.

  3. J’aimerais savoir ce qu’ont pensé de cette journée sans voiture les lieux dépendant du tourisme et des usagers qui ne peuvent venir qu’en voiture (il y en a) : salles de spectacle, magasins ouverts le dimanche, restaurants, musées, etc. Leur fréquentation s’est-elle maintenue?
    Leur point de vue est à considérer.

    • Il y a tous ceux qui ne peuvent pas venir en voiture ! Et tous ceux qui ne peuvent pas venir avec toutes ces voitures dans les rues. Allons, les TC et les taxis étaient bien là! 8 heures dans une vie, allons ! Les Champs-Elysées ne se plaignent pas de la piétonnisation mensuelle, qu’on sache.

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