Trottinettes : la France se trahit

Les choix d’un pays sont révélateurs de ses options politiques. C’est le cas de la France pour les  engins de mobilité personnelle à moteur (EDP-M), alias trottinettes électriques. En matière d’environnement comme de sécurité routière leur coût est délibérément négligé. Nous avons des chiffres, et c’est énorme. 

Un désastre écologique bien identifié

D’après la Fédération des professionnels de la micro-mobilité (FP2M) elle-même, la durée de vie d’une trottinette électrique en libre service est d’environ 6 mois, et de 3 à 6 mois pour les batteries. TROIS à SIX MOIS !!! 

D’après une étude récente du bureau Arcadis, les émissions de CO2 des trottinettes électriques en libre-service à Paris sont plus importantes que celles des transports publics. Cette étude analyse son cycle de vie, de sa fabrication à son exploitation, et dévoile que son utilisation, dans son mode d’exploitation actuel et sans plus d’encadrement par les pouvoirs publics, dégrade le bilan carbone des villes. 

Emissions de GES selon différents modes de transports (passager/kilomètre) à Paris, novembre 2019

« Avec une émission de plus de 105g d’équivalent CO2 au kilomètre par passager, la trottinette électrique est beaucoup plus polluante que les transports publics. Son bilan carbone se rapproche de celui de la voiture individuelle en covoiturage. » Arcadis

Comment peut-on laisser circuler ce genre d’aberrations quand l’un des piliers de la nouvelle Loi Mobilités est d’«Engager la transition vers une mobilité plus propre”. Ces trottinettes électriques, et probablement les autres engins de déplacement personnel motorisés, hoverboards, gyropodes, monoroues … engagent plutôt la transition vers une mobilité moins propre.

Répartition des émissions de GES (passager/kilomètre) pour les trottinettes électriques : Paris, novembre 2019.

Les problèmes de sécurité font des morts

Connaissez-vous beaucoup de communes qui interdisent les trottinettes électriques (toutes, privées, en location, en libre service …) ? Nous en avions identifié ici une, la commune de l’Ile de Bréhat (voir Revue de presse de juin 2019). Mais qui d’autre ???

Connaissez-vous des pays entiers qui interdisent toutes les trottinettes électriques ? Il y en a au moins un : les Pays-Bas. Et pourquoi ? Sûrement en raison du terrible accident d’un Stint. Il s’agit d’un engin de déplacement à moteur électrique qui a un plateau aménagé permettant de transporter d’importantes charges, une dizaine d’enfants, des colis pour le dernier kilomètre en ville, etc. Son mode de fonctionnement rappelle un segway.

En 2018, à Oss (Brabant-Septentrional), 4 enfants entre 4 et 8 ans transportés par un Stint ont été tués dans une collision avec un train. En cause, un problème technique du Stint qui a fait que tous ces engins en circulation aux Pays Bas (environ 3000) ont été retirés de la circulation après cet accident qui a traumatisé le pays.

La Ministre des infrastructures, suite aux travaux du Conseil néerlandais de sécurité  (une agence gouvernementale), a présenté en octobre 2019 des excuses pour les fautes qui ont été commises en 2001 en raison d’un manque d’attention portée à la sécurité lors de l’admission du Stint en tant qu’engin motorisé.
TNO, un organisme néerlandais de recherche indépendant, a pointé, dans ses conclusions après l’accident, différents problèmes dans le système de freinage.

En avril 2019 la ville de Breda et la société Bird ont voulu lancer la première expérimentation des trottinettes électriques en libre service des Pays-Bas. Leur demande au ministère pour un test pendant six mois a été refusée par la ministre, qui avait sûrement l’accident du Stint en mémoire.

Le ministère estime que les trottinettes électriques ne font pas partie des moyens de déplacement autorisés tant qu’ils ne répondent pas à ses exigences techniques.

Pourquoi raconter tout cela ? 

Je raconte cela tout simplement pour constater que le gouvernement néerlandais refuse les trottinettes électriques actuelles pour des raisons de sécurité, tandis que le gouvernement français autorise les trottinettes électriques tout en reconnaissant que leur sécurité n’est pas encore garantie1. Le décret du 23 octobre dernier dit indirectement que pour la qualité des freins on verra ça plus tard. 

« Tout engin de déplacement personnel motorisé doit être muni d’un dispositif de freinage efficace, dont les caractéristiques sont fixées par un arrêté du ministre chargé de la sécurité routière et du ministre chargé des transports. » (voir l’article Code des trottinettes, le texte en clair).

Combien d’accidents et de morts d’ici la publication de cet arrêté ???

Sources

  • Loi Mobilités, tout comprendre en 15 mesures-clé (ministère chargé des transports)
  • Dès 2020, les trottinettes électriques auront une filière de recyclage, La Tribune, 21 novembre 2019. « La durée de vie des trottinettes électriques en vente est en moyenne de trois ans. Environ 10% des batteries reviennent après un an, et plus de 50% la 2ème année. En location et libre-service, la durée de vie d’une trottinette électrique est d’environ six mois, et de trois à six mois pour les batteries. »
  • Minister Cora van Nieuwenhuizen (Infrastructuur en Waterstaat) heeft woensdag in het debat over het tragische ongeluk met de stint van ruim een jaar geleden haar excuses aangeboden voor de fouten die zijn gemaakt. (La Ministre de l’Infrastructure et de la Gestion de l’eau, Cora van Nieuwenhuizen, a présenté ses excuses pour les fautes commises, lors du débat mercredi au sujet de l’accident tragique avec le stint d’il y a un an.) 30 octobre 2019. 
  • Stint 
  • Oss rail accident, Wikipedia (en anglais)

Note de la rédaction

  1. Dans l’article Les trottinettes électriques échappent au législateur on voyait déjà, mais sans que nous y ayons prêté attention, que le gouvernement allait bien signer son arrêté Trottinettes pour des « raisons de sécurité » sans toucher à la cause de cette insécurité (l’engin lui-même), préférant lui tourner autour.
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11 réflexions au sujet de “Trottinettes : la France se trahit”

  1. Tout n’est que basé sur l’argent ! Et je m’en suis fâché avec tous les « écolos » de la terre, lors de leurs conférences à la Sorbonne, il y a deux semaines. Le vélo c’est trop simple, car cela ne coûte rien et surtout cela ne rapporte rien. Alors on nous vend tout ce qui peut passer comme un suppositoire de couleur verte ! Le « vélib » c’est 20 000 € d’entretien annuel pour chaque station. Les trottinettes ce sont des contrats et les pattes graissées qui vont avec. Pour vraiment lancer le vélo il suffirait de faire une vraie chasse aux voleurs de bicyclettes. Je suis effaré de savoir, par exemple, qu’au Parc Floral de Vincennes une bande opère en quasi permanence avec camionnette et disqueuses pour emporter tout ce qui est un peu beau et accroché aux grilles du Parc. Et là, il n’y a pas de fric à récupérer pour les poches des politiques leurs amis, juste en dépenser un peu, pour faire la chasse et punir pour de bon. Mais on ne fait rien, strictement rien d’humainement logique. La seule motivation de tout, n’est que le rapport. Les trottinettes ont trouvé moyen de rapporter immédiatement à certains. Peu importe l’après dans lequel les profiteurs vendront autre chose, tandis que nous payerons les dégâts des trottinettes…

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  2. Article à charge contre la trottinette qui manque totalement d’objectivité. Déjà ne parler que de l’usage en free floating alors que la majorité des utilisateurs a sa propre trottinette ce qui fait que les statistiques sont totalement fausses, de parler de dangers alors que les rares morts en trottinette ont étés tués par des voitures, et que l’on a en France 10 morts chaque jour à cause des voitures, et que l’on s’accommode parfaitement de ces milliers de morts chaque année… bref du grand n’importe quoi.

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      • Le fait qu’il y ait des accidents de voiture n’enlève rien, objectivement, aux dangers à titre individuel des trottinettes : les médecins signalent de nouveaux types de lésions difficilement soignables après chute du (de la) trottinant(e).
        La question des batteries se pose, d’une manière objective, pour tous les engins de déplacement à assistance électrique autant que pour les voitures électriques ( et aussi pour les micro ordinateurs, smartphones et tous appareils d’assistance électronique.. ).
        L’article m’apparait une bonne alerte et rétablir un certain nombre de vérités. Ne vaut-il pas mieux prévenir plutôt que guérir, surtout quand on ne sait pas guérir ou qu’on met plusieurs années à réparer le mal ?

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  3. Il apparait évident que ceci est comme pour les débuts du téléphone portable, appelé à s’améliorer.
    Certes l’électrique est aussi polluante qu’un bus diesel. Ceci vaudra également pour les prochains véhicules que nous aurons après la prime pour éliminer les thermiques ! Tout ceci pose problème de conscience, de développement et d’organisation. La première voiture vers 1900 a fait elle aussi des dégâts avant de développer ce qui nous semble normal aujourd’hui. Le réchauffement climatique a donc commencé avec l’ère industrielle, sauf que là le climat change à grande vitesse.
    Préférez-vous avoir des problèmes cardio-pulmonaires, en raison de la pollution stagnante dans les métropoles et de plus en plus en zone rurale? Nous sommes au début d’une nouvelle société, nous aurons sûrement des véhicules à pile hydrogène, à nettement plus longue durée, nécessitant moins de charges donc usure moindre, moins polluants, mais avec moins de profit et rentabilité.
    Une autre nature humaine doit voir le jour car nous nous mettons en danger, ainsi voir des personnes sur des patinettes roulant à presque 80 km/h sur route a de quoi effrayer.

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  4. Ce sont les EDPM en libre service ou tous les EDPM qui sont interdits aux Pays-Bas ? Autrement dit, est-il réellement impossible d’acheter une trottinette électrique à Utrecht (au hasard) ? Car après tout, chez nous, les EDPM ont commencé à circuler bien avant qu’ils ne soient officiellement autorisés à le faire…

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    • Hans étant en déplacement je répond provisoirement à sa place. D’après le texte il s’agit bien de toutes les trottinettes électriques. Il complètera si besoin ultérieurement.

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      • Oui, actuellement toutes les trottinettes électriques classiques sont interdites sur la voie publique, aussi bien celles en libre service que les trottinettes personnelles. Cela n’empêche pas leur vente pour une utilisation sur des terrains privés. Un site prétend montrer toutes les machines autorisées aux Pays-Bas.
        Regardez le juste pour les images et vous y trouverez une trottinette électrique qui ressemble rudement à une trottinette électrique classique : le modèle Micro Condor X3 NL. Ce modèle, qui serait fabriqué spécialement pour le marché néerlandais, fonctionne seulement si son utilisateur le fait avancer régulièrement avec un pied, comme une trottinette non électrique. Donc une sorte de TAE, trottinette à assistance électrique, comme le vélo électrique. Et, tiens, tiens, là on retrouve la notion de la mobilité active !!!
        L’engin appelé Kickbike eCruiser dans l’article fonctionne de la même façon.

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        • Cette « tae » est las seule à répondre logiquement à l’appellation de trottinette.
          Les autres engins sont des deux-roues motorisés sur lesquels je n’ai jamais vu personne « trottiner ».

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  5. Connaissez vous des villes qui font la promotion des trottinettes électriques ? Eh bien oui et c’est Saint-Avold (encore elle), où le Maire a choisi pour la Semaine Européenne de la Mobilité de faire le 18 septembre la promotion de trottinettes électriques (6 trottinettes mises à disposition du public pour des essais accompagnés par un policier municipal à trottinette lui aussi…)…
    A mon interrogation sur ce choix plutôt que par exemple celui du vélo, ou du VAE, l’adjointe à la mairie a répondu que « le vélo c’est connu, les trottinettes c’est plus innovant » !
    Pourtant à St-Avold le vélo est considéré comme un intrus en ville, le Maire disant que nous avons de belles forêts pour faire du vélo et qu’il ne faut pas se déplacer en ville à vélo car c’est dangereux…
    Saint-Avold, après étude de cyclabilité par notre association SaintAvélo, est une ville « routière », avec 13 arceaux pour toute la ville pour garer son vélo, aucun DSC, et la majorité des rues autorisées à 50 km/h.
    Actuellement les animations de Noël mises en place font gagner aux habitants « des tonnes de cadeaux » dont des trottinettes électriques…
    Nous attendons les résultats du Baromètre des villes cyclables 2019, mais d’ores et déjà les cartes réalisées suite aux données recueillies sur le site Parlons vélo sont très significatives : toutes les rues et routes et nos nombreux giratoires sont pointés comme dangereux…

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