René André

Lorsque je me suis installée dans mon appartement actuel, René André figurait encore dans l’annuaire téléphonique. Il avait été un excellent mécanicien, avait connu René Herse et eu Brassens pour client. Sa boutique est toujours là.

Détecter qui allait être mon mécanicien-cycles avait été en effet l’objet de ma première exploration dans mon nouveau quartier. C’était tout près, mais fermé depuis très peu. Je suis juste arrivée un peu trop tard, il m’avait échappé, mais … 35 ans après son souvenir est toujours là, et je vous assure que j’y veille soigneusement.

L’encyclo du vélo nous renseigne : 

« René André est né en 1906, René Herse en 1908.
René André a été apprenti mécanicien chez CNC (en plus d’être livreur de journaux), ce n’est pas chez René Herse qu’il a appris à monter des vélo car il n’a jamais été salarié de René Herse.
René André a rencontré René Herse dans les années 1930 via le constructeur Narcisse (que Herse reprendra pendant la guerre, voir le livre de Jan Heine sur René Herse…). 
René André a été pilote de tandem avec la fille de René Herse, ce n’est certainement pas un hasard. René André a roulé pour René Herse justement parce que son très bon niveau de connaissance mécanique (…) faisait de lui un coureur susceptible de faire toutes les réparations lui-même et surtout parce qu’il évitait les points de pénalités aux contrôles des fin de courses.
Son magasin dans le quinzième arrondissement de Paris était apprécié des livreurs de journaux qui se fournissaient en porteur.

D’après moi il avait fermé vers 1983 ou 84. Mon voisin Gérard dit 1980. En y réfléchissant un peu mieux c’est lui qui a raison, sûrement. Il n’a donc pas connu François Mitterand… moi si. 
Gérard se souvient parfaitement de M. André, car petit il allait déjà chez lui pour acheter des bricoles. Il se souvient de son visage, c’était un petit bonhomme toujours en bleu de travail. Sa femme trônait dans la boutique, ils faisaient du tandem ensemble, pourtant elle était plutôt … forte. Georges Brassens était client, mais on ne l’a jamais vu sur un vélo, raconte Gérard. C’était sans doute pour la frime qu’il avait acheté ce vélo, qui était tout sauf gratuit, pourtant, et comme vous pouvez l’imaginer. En tout cas l’article de presse témoignant de cette clientèle prestigieuse était fixé au mur pour l’éternité. Brassens habitait déjà rue Santos-Dumont, à moins de 2 kilomètres de là. Aujourd’hui l’itinéraire entre les deux est à nouveau en double-sens, rien que pour les cyclistes, selon un souhait de la mairie de l’arrondissement, aidée par moi bien sûr. Mais il y a des autos stationnées tout le long. Surtout n’en parlez pas à M. André ! Rien que d’entendre passer une auto ou d’en parler il devenait furibard ! Je crois qu’on aurait pu devenir complices …

En bas de la vitrine

Ni Gérard ni moi ne nous expliquons pourquoi la boutique est toujours dans l’attente. Ils n’avaient pas d’enfants, c’est tout ce qu’il sait.
Mais Gérard a plus de chance que moi, il possède un René-André ! Ce vélo, dont il est le troisième propriétaire, est d’une incroyable facilité de roulage. Et inusable ! Pas un rayon de cassé, aucun voilage de roue, des jantes sans le moindre signe d’usure, la chaine elle-même est d’époque, la peinture encore bonne. Il y a une ligature en cuivre soudé à l’étain à chaque croisement de rayons… Et je peux vous le dire, Gérard, c’est un sacré rouleur. 

La suite est chez Jeanne ! La modernité au 3 rue de la République

Le 27 mai 2020 un ami me signale qu’il y a deux rené-andré en vente sur le Boncoin. En voici les photos.

Dans la série

Vélo, Paris 15, un vélociste à l’oeil sûr et aux mains habiles
Print Friendly, PDF & Email

7 réflexions au sujet de “René André”

  1. C’était pour la Marinette de la chanson ?
    🙂

    « Quand j’offris pour étrennes une bicyclette à Marinette,
    La belle, la traîtresse avait acheté une auto…
    Avec mon p’tit vélo, j’avais l’air d’un con, ma mère,
    Avec mon p’tit vélo, j’avais l’air d’un con. »

    Répondre
  2. Brassens était ami avec René Fallet qui aimait le vélo. Le voici avec un vélo qu’il a peut-être utilisé entre la rue Didot et la rue de Vanves. La selle ne me semble pas vraiment haute… C’est sur le site Les copains d’après, dédié au souvenir de Georges Brassens.

    Répondre
  3. Bonjour, j’ai lu avec intérêt votre article sur René André. Je l’ai bien connu car je possède un vélo René-André depuis 1968 qui est en parfait état. Ayant quitté Paris en 1981 pour la Drôme, je lui avais fait remplacer le pédalier par un triple plateau en 1981. Il était donc encore installé à cette date 20 rue Jean- Maridor, à 75 ans. Il a du cesser son activité comme vous le dites en 1983 ou 1984.

    Répondre
    • C’est sûr qu’aujourd’hui tout le monde oublie les vélos de l’époque et bien sûr René André qui est totalement inconnu à présent, privilégiant les vélos chinois de D4 qui n’ont aucune allure, mais je peux vous assurer qu’il y a eu dans Paris dans les années 60-70 une quantité de vélos René André.
      Vous parlez de Brassens mais Jacques Faizant était aussi un client de René André ainsi que Seamus Eliot, champion irlandais.
      Comme vous le souhaitez je vous fais parvenir deux photos de mon vélo René André ainsi qu’une photo de celui de mon épouse.

      Répondre

Laisser un commentaire