Encore un peu de sémantique sur le vélo

Moteur de chez D4

Electrique, sans assistance électrique, Speedbike, musculaire… Sommes-nous à deux doigts de voir le Vélo à Assistance Électrique devenir la norme ? Abel Guggenheim a été lui-même confronté au problème, et d’une façon vraiment surprenante ! 

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Il y avait le vélo, et puis il y a eu le vélo électrique, et plus récemment un objet intermédiaire, le vélo à assistance électrique, abrégé en VAE. Le vélo à assistance électrique a été réglementairement assimilé au vélo, donnant à ses utilisatrices et utilisateurs les mêmes droits et devoirs que les cyclistes, et on a alors commencé à dire : un vélo à assistance électrique EST un vélo, un peu comme si on disait une personne à roller ou à trottinette EST un piéton, au motif qu’elle est réglementairement assimilée aux piétons. 

Et puis il y a eu le décollage, annoncé comme imminent depuis de nombreuses années et aujourd’hui bien réel, des ventes de vélos à assistance électrique. L’abus de langage autorisant les VAE à se présenter sous l’appellation vélo leur a permis, comme souvent dans ces situations, d’en coloniser l’utilisation, au point que ce qu’on appelle un vélo semble aujourd’hui présumé être un VAE, ce qui oblige parfois, pour préciser qu’un vélo est un vélo, à le présenter comme vélo mécanique, vélo musculaire, vélo classique, etc. J’ai même trouvé sur un site d’achat de vélos une catégorie vélo sans assistance électrique. De mon côté, aujourd’hui comme dans mes précédentes chroniques, je m’obstine à présenter mon vélo comme un vélo

Où en est-on aujourd’hui ? Un concours propose en prix un vélo ? C’est sans doute en fait un VAE. Une collectivité locale annonce l’octroi d’une prime pour l’achat d’un vélo ? C’est le plus souvent uniquement pour l’achat d’un vélo à assistance électrique. Je précise : ce que je pointe, ce n’est pas que ces primes soient réservées aux VAE, mais qu’elles soient annoncées comme concernant les vélos.

Je vous parle aujourd’hui de ce sujet parce que, vous l’avez peut-être remarqué si vous m’écoutez régulièrement, je m’intéresse de près aux questions de sémantique, qui sont à mon avis loin de n’être que des problèmes formels. Mais aussi, concrètement, parce que, étant en cours d’achat d’un nouveau vélo, j’ai été directement confronté au sujet.

Entrant chez plusieurs vélocistes il m’est arrivé, à l’annonce de mon intention d’acheter un vélo, qu’on commence par me demander s’il s’agissait d’un vélo électrique. Bien qu’elle m’ait un peu importuné, j’excuse cette dérive facile à expliquer : le prix d’un vélo à assistance électrique est en moyenne 5 fois le prix d’un vélo.

Mais la suite m’a vraiment contrarié : après avoir commandé mon vélo, j’ai reçu un mail m’invitant à télécharger son certificat d’homologation. Et ce certificat, vous l’avez sans doute deviné, concerne les caractéristiques de mon vélo à assistance électrique. J’ai d’abord eu un doute : aurais-je sans m’en apercevoir commandé un VAE ? Je me suis bien sûr dit que pour le prix c’était impossible, mais pour me rassurer je suis quand même allé vérifier sur le site du constructeur que ce que j’avais commandé était bien un vélo.

Le même message me proposait d’assurer mon vélo. Même punition, même motif : le lien conduisait vers un site clairement nommé assuranceveloelectrique.com, qui effectivement assure des VAE, mais aussi des speedbike (c’est-à-dire des vélos électriques ne respectant pas les limites réglementaires des VAE), mais qui ne permet pas du tout d’assurer des vélos.

On le remarque à cette occasion, une autre confusion est apparue plus récemment, entre vélo à assistance électrique et vélo électrique (expression que je ne peux m’empêcher de considérer comme un oxymore), mais surtout qui ne permet pas de savoir si le dit vélo n’est pas un speedbike.

En résumé : ce qui est en vitrine présenté comme un vélo est souvent un vélo à assistance électrique, et est parfois étiqueté vélo électrique. Confusion sémantique totale donc, dont j’observe en terminant qu’on la retrouve aussi entre les trottinettes et les trottinettes électriques.

A lundi prochain !


Cette chronique a été présentée par Abel Guggenheim dans Rayons Libres  le 20 décembre 2021. Vous pouvez l’écouter en podcast. Elle a été écrite sans rapport avec mes projets éditoriaux, mais elle me paraît être une excellente illustration de mon article Attention polémique : les VAE sont-ils bien des vélos ?

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11 réflexions au sujet de “Encore un peu de sémantique sur le vélo”

  1. Le problème se situe (comme toujours) au niveau systémique. Si on réfléchit à l’intérieur du système motorisé et technologique, le VAE est une bonne chose s’il remplace des voyages en voiture.
    Mais si on s’aperçoit que le système motorisé et technologique et sa façon de fonctionner est en fait le véritable problème, là le VAE qui remplace non pas tellement la voiture, mais tout d’abord le vélo, s’avère faire partie du problème, et non de la solution.

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  2. Ne pratiquant pour le moment que le vélo vélo et véloce, je me pose la question de la durabilité des autres vélos moins véloces. Qui va réparer les VAE tombant en panne et nécessitant des travaux plus difficiles, plus longs, plus coûteux ? Que deviendront ces VAE lorsque, après moult changements de batterie et travaux de remise en état, leurs propriétaires s’en lasseront en raison du coût et de la difficulté à les faire entretenir (et de la saturation des vélocistes à la belle saison) ? Serons-nous submergés par la mise à la casse de VAE devenus hors d’usage tandis que nos vélos vélos rouleront en principe indéfiniment ?

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  3. Pour la loi française, vélo mécanique et VAE appartiennent à la même catégorie de véhicule : les bicyclettes. Un encouragement comme le Forfait Mobilité Durable est attribué à toute personne se rendant au travail à bicyclette. Et les aides à l’achat se destinent à ceux qui envisagent l’achat d’une bicyclette coûteuse, c’est à dire d’un VAE. Elles sont parfois détournées pour acheter un VTTAE dans un usage sportif et récréatif et c’est bien regrettable, mais il serait tout autant regrettable qu’elles soient destinées à l’achat d’un vélo de course.

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  4. Autant la joute sémantique vélo-VAE au niveau de l’utilisateur me parait stérile, autant elle est fondamentale vis à vis de la règlementation. Ce qui est important, c’est que le VAE dispose des mêmes conditions de circulation et d’assurance que le vélo.

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  5. Entièrement d’accord Abel, ici (comme souvent) un mot est un concept, ne pas utiliser le bon vocabulaire sème la confusion. Quand cette confusion est entretenue par des publicitaires ou des lobbyistes, ça peut même devenir de la manipulation.
    Un vocabulaire précis est un prérequis pour avoir des statistiques (vitesse, accidentologie) différentiées suivant les différents types d’engins : vélo, VAE, trottinette, etc. plutôt qu’une connaissance empirique uniquement basée sur des témoignages et impressions

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  6. Je constate l’irruption continue des utilisateurs de VAE, majoritairement citadins de grandes agglomérations, la plupart du temps sans pratique cycliste antérieure et dénués de culture cycliste ni sportive : en corolaire une hostilité parfois explicite des « lycra », ces ridicules sportifs à vélo et l’utilisation de la catégorie « vélo musculaire » que j’exècre. Pour ces néo-usagers de cycle (VAE ou non) il s’est créé un fossé, qui ne vient pas uniquement du rejet des anciens devant une nouvelle pratique, entre le cyclisme à usage utilitaire valorisé et le cyclisme récréatif plutôt dévalorisé : en somme identique au réflexe de l’automobiliste qui « travaille » refusant la présence de cet encombrant cycliste parasite qui le gène.

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  7. Comment voulez-vous que le grand public comprenne nos subtilités ? Le vélo électrique est appelé à devenir la norme tout simplement parce que le marché s’imposera naturellement. Et la guerre cessera faute de combattants … et faute de fabricants et de vendeurs de cette mythique invention du petit Michaud. On pourra toujours aller en pèlerinage à Bar-le-Duc avec nos vélocipèdes. Voir mon article Isabelle part en guerre contre le VAE.

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    • Pas sûr du tout, vu les inconvénients du VAE et sa non-utilité pour beaucoup de trajets du quotidien.
      La simplicité du vélo « musculaire » est un argument très important.
      Commentaire à relire dans dix-vingt ans.

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  8. Je suis un praticant du véritable vélo (en milieu urbain et rural, pour des courts ou longs trajets).
    Il m’est arrivé de circuler quotidiennement avec un VAE à une époque où j’habitais sur les hauteurs de la ville tout en ayant un VAE à ma disposition. De cette expérience personnelle, j’en conclus, comme vous, que VAE et vélo sont bien deux choses différentes, qui répondent à des besoins différents.
    Le fait qu’on propose, de plus en plus souvent, le VAE « par défaut » et sous le simple nom de « vélo » me pose également question.

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