Jouer est une affaire vitale

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Jouer est essentiel pour les enfants. Voici la base du livre La Ville des enfants, qui montre aussi qu’une ville bâtie avec le souci des enfants est une ville accueillante pour tous ses citoyens. Mes lecteurs ajouteront d’eux-mêmes qu’on ne devient un bon cycliste que si on a d’abord joué au vélo.


Jouer est essentiel, non seulement sous l’angle de l’activité physique, dont nous avons souvent parlé dans ce blog, mais aussi, et surtout, pour la construction de soi. Notre pays, (il n’est pas le seul) « ce pays où les enfants ne jouent pas », n’a fait que régresser dans ce domaine.

Le vélo n’est pas à proprement parlé cité dans ce livre, mais pour moi la politique du vélo est avant tout une politique d’urbanisme, et jouer au vélo, puis explorer à vélo, la meilleure façon de devenir cycliste. C’est donc bien pour des raisons de souci des enfants comme d’urbanisme que je suis contente de vous présenter cet ouvrage.

L’auteur est très connu pour ses travaux sur la ville et les enfants. Il montre à quel point une ville qui se préoccupe en premier du bien-être des enfants est aussi une ville où tout le monde se trouve bien. Socialisation de quartier, lieux de repos dans la rue, petites places amicales, cohabitation entre générations… tout se passe, et ne peut se passer, que par l’espace commun.

Faire en sorte que les enfants puissent sortir de chez eux seuls, comme c’était le cas jusque dans les années 60-70, au nord comme au sud, est une mesure de justice sociale. Nos enfants du nord crèvent de solitude et d’enfermement, ceux du sud sont à la merci de la violence des adultes.

Le jeu est le fondement de la construction humaine, le moment où l’enfant se confronte seul à la complexité du monde. Avant même l’âge de l’école tout s’est joué (comme le disait aussi Françoise Dolto), les apprentissages les plus fondamentaux ont été faits, et sinon … c’est très difficile à rattraper. Thierry Jacquot, le préfacier, le dit bien : 

« La confiance en soi, articulée à la reconnaissance d’autrui,
conduit à la sérénité et conforte la singularité. »

Nos villes, qui isolent, parquent, dont les familles sont souvent dépourvues de riche expérience, ont renoncé à être les lieux de rencontre. L’auteur insiste : La ville doit être pensée d’abord pour les enfants, tout le reste en découlera, pour les adultes comme pour les grand-parents. Si jouer c’est apprendre à vivre, créer une ville adaptée aux enfants c’est créer une ville adaptée à ses véritables habitants. Privés de la beauté de nos villes en ses ruelles et multiples points de vue nous perdons le sens de la vie, va même jusqu’à dire Francesco Tonucci. Empêcher nos enfants de jouer, ce que nous faisons, c’est créer des générations d’ados et de jeunes qui ont encore plein d’énergie à dépenser, et qui ne savent pas comment le faire. Les risques que l’on n’a pas pris enfant seront pris plus tard, en plus grand. La confrontation au réel se fera trop tard, et mal.

Lorsqu’il nous invite à penser aux enfants
Francesco Tonucci nous invite en réalité à faire de l’urbanisme.

L’auteur sait qu’une enfance sans jeu fait un adulte ignorant, car c’est par le jeu que l’enfant se construit et refait le monde. C’est là d’ailleurs le seul vrai savoir, enraciné dans l’expérience personnelle, à rebours du « savoir » scolaire, oublié aussitôt que quitté. 

Ce livre doit être lu pour se faire bousculer. La préface de Thierry Pacquot est elle-même un bon miroir : (partout) « l’automobile l’emporte sur l’enfant, le système routier privilégie la voiture, il réserve les meilleurs emplacements… ». Pacquot décrit nos « scolaires » « la peur au ventre de mal faire et d’être jugé aux moindres faits et gestes ». L’exploration, l’aventure et le jeu sont des expériences fondamentales dont nous avons délibérément privé plusieurs générations. On voit le résultat.

Francesco Tonucci
La ville des enfants
Pour une [r]évolution urbaine

Editions Parenthèses, 2019.


La lecture de ce livre m’a été inspirée par l’adhésion de la Ville de Montpellier au réseau « Ville amie des enfants ». Il y a aussi le Réseau français des villes éducatrices, l’association Rue de l’Avenir, Cafézoïde, Vivacités Ile-de-France, etc. Il ne suffit pas de voter l’adhésion à l’unanimité, met en garde M. Tonucci, puis de s’endormir bien repus. Il faut comprendre et entreprendre.
Je cite encore la préface : « En France les terrains d’aventure ont été bridés par les municipalités et bailleurs sociaux, quant à l’Etat il est toujours resté prudemment hors de l’affaire, se cachant derrière une législation obsolète et la position frileuse des assureurs ».

Un livre foisonnant où chaque adulte trouvera résonance à son pied et angle d’action. « Prendre les intérêts et les jeux des enfants comme mesure de la conception des villes, c’est la solution pour créer des espaces urbains heureux, respirables, accueillants et conviviaux pour tous. » Un livre à la fois témoignage, guide et manifeste. 

Conférence donnée en mai 2022 à l’Hôtel de Ville de Montpellier,  en un français élémentaire mais très clair, sur l’idée de la Ville des enfants. Elle est visible en différé (cliquer sur l’image).

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Thomas Tours
1 année

A l’époque où aux Pays-Bas le mouvement Stop de Kindermoord lançait la reconquête de l’espace public au profit des enfants, en France était mis en place le ramassage scolaire par bus généralisé.

Adrien
8 mois

Quand j’étais petit, mon jouet favori, c’était les petites voitures. Amusant, non, pour un cycliste ?
Mais un autre de nos jeux favoris, avec mon frère et un voisin, c’était de jouer aux policiers poursuivant les voleurs… à vélo, dans les rues du village.
Pour se cacher ou semer les autres, le « voleur » n’hésitait pas à rouler comme un fou, et à traverser des fermes ou autres endroits un peu cahotiques.
Sans rire, c’est comme ça que j’ai acquis une réelle maîtrise technique de mon vélo, qui fait que, quand je circule en ville, je n’ai pas à me soucier de son maniement. Je suis entièrement concentré sur les autres usagers et la signalisation.
Quand j’ai fait des travaux de recherche sur ce sujet, j’ai pu constater que c’était valable pour beaucoup de jeunes actifs urbains ayant grandi à la campagne, mais beaucoup moins évident pour des citadins « de souche ». J’ai même vu une collègue, qui tentait de se forcer à utiliser le vélo, foncer dans un potelet à l’entrée d’une voie verte, sans réussir à l’éviter… et me préciser que ça lui était déjà arrivé plusieurs fois.
Pour en revenir à mon frère et au voisin, le premier a lui aussi été cycliste urbain à une époque où ses trajets le lui permettaient. Le voisin a eu moins de chance : ayant toujours travaillé à la campagne, et fait de nombreux trajets en voiture (souvent trop vite), il s’est tué contre un arbre, laissant sa compagne et sa toute petite fille.

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