Non la voiture ce n’est pas la liberté pour tous 

Article

Accueil » Lectures et Documents » Réflexions » Non la voiture ce n’est pas la liberté pour tous 

par | Juin 8, 2025 | Réflexions | 1 commentaire

Le Forum Vies Mobiles et le CRÉDOC présentent une enquête inédite qui révèle une fracture méconnue mais massive dans notre système de mobilité. La voiture est souvent perçue comme un symbole de liberté individuelle et d’autonomie. Pourtant, derrière cette image largement partagée, se cache une réalité bien différente : l’automobile est source d’exclusion pour des millions de personnes pour qui la conduite est inaccessible, difficile ou source d’angoisse.

Avec cette enquête, le Forum Vies Mobiles, groupe de réflexion expert de la mobilité, lève le voile sur ce phénomène majeur : les « éconduits » de la voiture.

Contrairement à l’idée reçue d’un accès universel à la conduite, 33 % des Français sont structurellement empêchés de prendre le volant. Parmi eux :

  • 20 % ont moins de 17 ans et ne peuvent donc pas avoir le permis de conduire ;
  • 9 % des plus de 17 ans ne l’ont jamais obtenu ou détiennent un permis non reconnu en France ;
  • 4 % au moins souffrent d’une incapacité permanente.

Ce nombre ne peut qu’augmenter avec le vieillissement de la population et le durcissement de la réglementation qui devrait amener à repasser le permis de conduire après un certain âge.

Avoir le permis ne garantit pas pour autant la liberté de conduire. Bien au contraire : seuls 18% des détenteurs du permis de conduire déclarent ne jamais être empêchés de conduire.

  • 44% renoncent toujours ou presque (23%) ou souvent (21%) à conduire dans au moins une des 25 situations testées dans l’étude. Cela représente plus de 20 millions de Français ;
  • 38% y renoncent occasionnellement (moins d’une fois par mois) ;
  • Au total, 82% des Français détenteurs du permis de conduire renoncent ainsi au moins occasionnellement à la conduite.

Des conditions de conduite hostiles : nuit, trafic urbain, zones rurales et montagne…

  • Conduire de nuit : un casse-tête pour près d’un conducteur sur deux (43%) qui sont au moins occasionnellement gênés par les conditions nocturnes. C’est probablement la situation la plus handicapante dans la mesure où la gêne peut être quotidienne et que la nuit peut représenter une partie importante de la journée en hiver.  On constate même que 7% ne conduisent jamais la nuit. Cela représente plus de 3 millions de Français.
  • Trafic urbain et stationnement : un environnement redouté par au moins 1 conducteur sur 10. En effet, 10% renoncent toujours ou souvent à prendre le volant pour éviter le trafic et les manœuvres à réaliser, et 11% par peur de ne pas pouvoir se garer.
  • Conduite en zone rurale ou montagneuse : ces zones sont considérées comme à éviter par 10% des conducteurs (routes étroites, virages ou obscurité).

Des freins matériels pénalisants : coût de l’essence, panne de voiture, défaut d’assurance, permis suspendu…

Les coûts de déplacement en voiture (essence et péages) constituent le premier motif de renoncement matériel : 

  • 13% y renoncent au moins une fois par mois et 22% au moins une fois par an.
  • La panne de véhicule concerne 25% des conducteurs sur l’année.

Les problèmes administratifs peuvent également empêcher les conducteurs de prendre le volant. 

  • Ainsi, au cours des 12 derniers mois, 15% des conducteurs ont renoncé à un déplacement à cause d’un contrôle technique non à jour, 10% à cause d’un défaut d’assurance et 9% pour un permis suspendu ou expiré.

Les femmes et les jeunes sont les plus touchés par les renoncements liés à la sécurité, au confort ou à la précarité.

Les femmes renoncent davantage à la conduite que les hommes 

  • 21% des hommes ne renoncent jamais à la conduite, contre seulement 15% des femmes. 
  • C’est particulièrement vrai pour la conduite de nuit : 50% des femmes renoncent au moins occasionnellement contre 36% des hommes.

Les hommes renoncent davantage pour des raisons matérielles 

  • Pour des problèmes d’assurance de leur véhicule, les hommes sont 13% à renoncer à conduire occasionnellement, tandis que les femmes ne sont que 6%
  • Les hommes sont trois fois plus nombreux à renoncer occasionnellement à conduire à cause d’une suspension de permis (12% contre 4%).

Les jeunes en âge de conduire : la double peine 

  • Les jeunes (18-24 ans) renoncent davantage à conduire : presque tous (97%) renoncent au moins occasionnellement (34% toujours ou presque, 38% souvent), contre 82% en moyenne (23% toujours ou presque, 21% souvent). 
  • Moins expérimentés, ils renoncent plus souvent à conduire face aux nombreuses situations de conduite complexes (en ville, 60% contre 42% en moyenne, à la campagne ou à la montagne, 46% contre 26% en moyenne…).
  • Plus vulnérables économiquement, ils sont également plus exposés aux coûts de déplacement que leurs aînés : ils sont 52% à renoncer à conduire pour cette raison, contre 35% en moyenne.

 Alors que la conférence de financement des mobilités est une nouvelle occasion de repenser notre système de mobilité, notre enquête met en lumière une fracture méconnue mais profonde qui doit orienter les échanges. Parce que notre système de mobilité est entièrement structuré autour de la voiture, il marginalise celles et ceux qui ne peuvent pas ponctuellement, régulièrement ou structurellement y avoir recours. Et ce nombre ne peut qu’augmenter avec le vieillissement de la population et le durcissement de la réglementation sur le permis. Suite à cette enquête, la voiture ne peut plus être considérée comme synonyme de liberté. Il est urgent de repenser notre système de mobilité dans son ensemble, et de développer des alternatives accessibles à tous, sur tous les territoires. 

Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles 

Découvrez l’enquête plus en détail dans la synthèse et la présentation des résultats complets.

S’abonner
Notification pour

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Adrien
5 mois

C’est très intéressant, car ça donne des chiffres. Mais il s’agit de choses qu’on connaît déjà, en tout cas quand on habite en milieu rural et qu’on est donc entouré d’automobilistes.
La majorité de mon entourage, en milieu rural, n’aime pas coduire en ville, et évite fortement de le faire. Par exemple, c’est moi qui emmène mes parents à des rendez-vous médicaux à Besançon.
Mon père n’aime plus conduire de nuit depuis quelques années (il a 75 ans). Quand on part ensemble sur les brocantes, c’est moi qui conduis.
Mon frère conduit très souvent, mais il n’aime pas les petites routes. Il peut faire 10 km de détour pour prendre une grande route.
Etc.
Mais au final, ça ne change pas grand chose pour ces personnes, car elles s’adaptent : soit en laissant conduire une autre personne avec qui elles font le trajet, soit en faisant un détour, soit en partant plus tôt ou plus tard, etc.
On peut dire que même les personnes qui n’utilisent pas la voiture en bénéficient indirectement : je pense à mon voisin, récemment décédé, qui ne conduisait plus depuis au moins 15 ans mais qui avait des aides ménagères à domicile deux fois par jour, pour s’occuper de lui et lui apporter ses provisions ou l’emmener en courses. Gros paradoxe : il ne bougeait quasiment pas de sa maison, mais il avait certainement un très mauvais bilan carbone en raison de tous les déplacements faits pour lui.
Le vrai problème, pour les gens qui ne conduisent pas, c’est qu’ils sont dépendants des autres. L’usage massif de la voiture a entraîné la disparition du seul petit commerce qui existait dans le village jusqu’aux années 80, et des marchands ambulants qui vendaient tout et n’importe quoi dans les villages, et donc bénéficiaient les gens qui n’avaient jamais eu le permis de conduire…
Si les voitures autonomes se développent vraiment, un certain nombre de constats sur les laissés pour compte de la voiture seront obsolètes. Je ne sais si c’est un mal ou un bien. Tout dépend du point de vue.

Agenda

Évènements à venir

En Bref

Les formations du Cerema pour vous en 2026

Les formations, du 11 mars à Montpellier à la fin octobre à Aix et sur écran. Vélo, sécurité routière, marche, services, planification générale, tout y passe ! Profitez avant qu’il ne soit trop tard.

lire plus

Lectures & Documents

Actualités & Récits

Faut-il vraiment se former ?

Aucune formation ne remplacera votre apprentissage personnel. Pour être fructueuses elles ne doivent intervenir qu’après vos propres observations. Démonstration par l’exemple.

lire plus