Rouler de Montereau-Fault-Yonne à la source de la Seine

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Je voulais voir la source de la Seine, je n’avais pas envie de recommencer à galérer en Ile-de-France, j’ai donc commencé là où le doute nous prend, à la dernière gare du réseau francilien …

A Montereau au-dessus de la Confluence se tient Napoléon qui eu la vision de la Seine de Paris au Havre. A sa gauche, au nord, la Seine, au sud à sa droite c’est l’Yonne. La Seine sera bientôt réduite à des mares, l’Yonne est ici déjà plus large que la Seine à la sortie de Paris ! Et pourtant c’est de la Seine que je veux voir la source.

La route le long de la Seine est assez facile à trouver, c’est celle qui est le plus au nord au départ de Montereau. Depuis le pont prendre le quai de Seine amont puis la route de Provins, RD18, qui a une piste cyclable sur le trottoir de gauche jusqu’au cimetière et la sortie de Saint-Germain-Laval. Ensuite rien mais ça roulait correctement et j’y suis revenue après pas mal de tentatives pour trouver mieux entre les plans d’eau. Je butais sur impasses et barrières de terrains de stockage. Nous sommes dans la zone de La Bassée et cela ne ressemble pas vraiment à un terrain protégé pour la biodiversité ! 

C’est seulement à l’approche de Nogent-sur-Seine que l’on découvre une piste cyclable. Un petit bout est fait le long du canal de la Haute-Seine mais il s’arrête avant l’obstacle. Il reprendra à la sortie, sous la forme d’un sentier le long de la Seine, puis d’une route blanche puis d’un sentier dans la broussaille, et puis, au détours d’un pont, apparaît enfin la surprise. Tout ce morceau forestier devrait être construit bientôt puisque l’enquête publique a eu lieu en mai dernier. Alors tout sera raccordé des deux côtés de Nogent-sur-Seine.

Il rejoindra la piste qui commence à Crancey et fait 4 mètres de large. La structuration de son fléchage est bien, prochain patelin et ville finale (Troyes), avec les kilomètres restants : une idée nouvelle pas bête. Par contre les panneaux sont systématiquement au mauvais endroit, comme si on ne s’était jamais demandé vers où allaient se diriger les yeux des cyclistes. Ensuite on revient à une époque antérieure, 3 à 3,50 m de large avec un fléchage nullissime : seulement le patelin suivant, et toujours en plein milieu de l’intersection, ce qui oblige à s’arrêter dans le trafic, à gauche, ce qui est gênant si on doit aller à droite. 

Marcilly. Comment voulez-vous que les cyclistes voient vos panneaux ? !!!

Au nord de Troyes. L’absence d’entretien ne sera pas éternellement palliée par les habitants comme ici le rangement des épineux autour des rambardes de la passerelle de Conflans, ou comme les nombreux endroits où les branches tombées étaient poussées vers les rives. Même solide une voie a besoin d’entretien.

Enfin l’essentiel est que cette piste se prolonge … bien plus loin que la fameuse rocade infranchissable de Troyes sur laquelle j’avais été obligée de rouler il y a 4 ans. A son approche elle se détourne et longe la muraille, puis la traverse, et nous laisse en pleine zone pavillonnaire sans nous dire où nous sommes. Nous ne sommes pas loin de l’avenue de Chomedy, qui traverse tout le centre-ville, bordée elle-même de pistes cyclables. C’est d’ailleurs beaucoup plus simple de passer par là que par la voie verte non-fléchée qui continue encore un peu.


On rattrape assez facilement au sud la Voie verte de la Seine, qui ne longe pas la Seine mais mène aux grands lacs. Cette entrée est un immense progrès, rendant enfin possible et facile l’entrée dans Troyes. Que l’été, m’a-t-on dit. L’hiver elle est inondée … Par rapport à ce que j’avais vécu c’est déjà énorme.

Entrée dans Troyes

Sur cette première partie, jusqu’à Troyes, je constate que je n’ai pas repris mon itinéraire d’il y a quatre ans, pourtant inscrit sur ma carte routière. Ecrire un guide ne se fait ni de mémoire ni en y passant rapidement ! 

La suite ne fut pas plus facile, ce n’est visiblement pas encore au programme. J’ai suivi des petites routes proches de la grande rouge (D671) lesquelles suivent plus ou moins la Seine. Il est arrivé deux fois qu’il n’y ait pas d’alternative, et là je me suis rendue compte que, à condition d’être visible et d’occuper l’espace, la chose se faisait sans réelle difficulté. Au départ je voulais trouver un autocar, mais c’était chose inconnue hormis aux horaires scolaires.

A la sortie de Châtillon je découvre un double itinéraire cycliste vers la source de la Seine. Il va être fléché de façon spartiate, réduit à l’essentiel, mais avec un peu de bon sens ça passe. Il manque, à ce que j’ai vu, seulement trois panneaux pour sortir de Baigneux les Juifs, seule commune du secteur où l’on trouve des commerces.

Le problème est plutôt que ces itinéraires sont faits avec les moyens du bord, et qu’en particulier la longue route forestière toute droite (RD 16 à la sortie de Chatillon-sur-Seine) … est vraiment d’un ennui sans nom ! J’ai donc improvisé. 

de Chatillon à St-Marc
de Saint-Marc à la source, l’itinéraire préparé avec Jean (et en pointillés le début du retour).

A partir de Oigny j’ai suivi la route indiquée, c’était la finale… dont on m’avait bien prévenue que ça montait. C’était vrai et par deux fois je montais à pied, ce qui fut extrêmement agréable sous le beau soleil de début d’automne. Ainsi j’arrivais à la source sans brutalité. 

Léger
Bien
Très léger
Bien

De ce voyage d’une petite semaine je retire plusieurs idées.

  • Toutes les routes rouges ne sont pas forcément et toujours impraticables. Les endroits où n’existe pas d’alternative devraient cependant être équipés de pistes cyclables.
  • Les trajets pour cyclistes n’utilisant que l’existant routier prennent le risque d’être très peu appropriés.
  • La véloroute de la Seine amont à vélo est en cours de construction, de façon discrète, sans affichage. Elle pourra être nommée véloroute, avec juste l’inconvénient des côtes de la fin, ce qu’on ne lui reprochera pas. On s’inquiète par contre de l’absence de chef de file, indispensable pour la qualité et l’homogénéité du linéaire et de la signalisation, ainsi que pour la promotion. L’Aube avance bien sur le terrain mais refuse ce rôle. La Côte d’Or montre aussi qu’elle a compris l’existence d’un beau potentiel, mais se limite pour l’instant à installer une signalétique sans réel intérêt, comme un test.
  • Cette région peu connue mérite qu’on s’y attarde, elle est pleine de petites villes très anciennes qui respirent leur histoire par tous les pores. Je pense tout particulièrement à Mussy et à Baignaux. Elle est également pleine de personnes fortes, passionnantes et généreuses. 
  • La Seine mérite qu’on l’aime. 

Parmi les personnes rencontrées :

  • Mohamed dit Momo. Il m’hébergea dans son studio au sommet de la plus haute tour de Montereau le haut. Professeur d’histoire, il s’est mis au voyage à vélo grâce au confinement, « on ne pouvait rien faire d’autre ». Il ne fréquente aucun groupe cycliste et se déplace en automobile car c’est le seul moyen possible. Il a deux établissements et avait rendez-vous pour l’administration à Corbeil-Essonnes.
  • Jean-Pol, qui tient une maison d’hôtes à Nogent sur Seine, très bien et bon marché, juste pour pouvoir payer les charges très élevées de la maison. C’est tout près de la gare, sans franchir les rails.
  • Pierre Potherat, ingénieur géologue, rencontre d’un quart d’heure après deux rendez-vous ratés. Auteur d’une Histoire récente des rivières du Châtillonnais (Si les truites pouvaient parler) dans laquelle il explique que la disparition des poissons et la baisse du débit est directement due à la destruction systématique des ouvrages hydrauliques, moulins, micro-centrales électriques, passes à poissons … et le curage des sédiments. Alors que la richesse piscicole était extraordinaire dans cette zone depuis des millénaires, elle a subitement disparu. A défaut de poissons il me couva sur le reste du parcours !
  • Anne-Marie et Jean, amis de Pierre, à St-Marc sur Seine. Jean, qui fut un grand cycliste, vint à ma rencontre, me traça la fin de mon itinéraire, se posta même le lendemain au premier carrefour pour être sûr que je ne me trompais pas ! Nous pûmes décider ensemble que j’allais changer le trajet !
  • Radic et Melanija, à Mussy, à qui je fis rencontrer Pierre. L’art et le plaisir de la conversation savante. Chambre d’hôte rue Victor-Hugo.
  • Catherine et Geneviève, à Baigneux les Juifs, qui démontrèrent qu’il n’y a jamais eu de Juifs à Baigneux (et donc qu’on ignore d’où vient ce nom). 1793 à 2000. Leur brochure a été publiée en 2019.
  • Marie-Jeanne et Jacques à la source. Ils sont les gardiens du temple. Marie-Jeanne est la fille de Paul Lamarche, gardien appointé par la Ville de Paris jusqu’à ses 95 ans !

▶️ La suite : La Seine, retour par la Bourgogne

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Isabelle D.
4 mois

Quelle bonne idée. Je me posais la question cette semaine justement, où démarre la Seine ? Merci, très intéressant.

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