Je voulais voir le canal d’Orléans une fois finis les travaux de création de la piste cyclable. Depuis Bordeaux ce fut en train jusqu’à Orléans, et à vélo jusqu’à la porte parisienne de Bercy, le long de la Seine. En route sur le Triangle d’eau du Loiret, puis le long du Loing et son canal, et enfin, en suivant la Seine, l’entrée en Ile-de-France. Un morceau d’anthologie, cette entrée …
Petite note technique
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Le canal d’Orléans
Je ne vous parlerai pas du canal d’Orléans. Non point qu’il soit moche, au contraire il est magnifique. Mais je n’ai pas grand’chose à rajouter si ce n’est de vous dire qu’il est parfait, et que je n’ai pas reconnu grand chose de mes parcours précédents. Son seul défaut c’est peut-être qu’on y passe vite, à trop être parfait ?
Il est évident qu’il sera très utilisé, notamment pour l’itinéraire vers Saint-Jacques. Ce serait très dommage pour autant de négliger les deux autres côtés du triangle, et pour cela on a bien fait d’en faire un ensemble.
▶️ Un triangle d’eau entre la Loire et l’Ile-de-France, 2023

Pour l’heure il n’y a pas beaucoup de logements à proximité du canal d’Orléans. Une sorte de camping vient d’ouvrir, j’ai trouvé une fort agréable chambre d’hôte (sans souper). Le jalonnement tout neuf m’a paru très bien, à ceci près qu’il manque les noms des communes à la porte desquelles on arrive. Cela aiderait beaucoup à trouver son hébergement.









Chambre d’hôte charmante Le clos du Ru à Changy
La jonction avec le canal du Loing
Au bout du canal d’Orléans on se trouve confronté à une grosse difficulté faite de la rencontre presque à la fois de plusieurs cours d’eau. C’est là que commencent les ennuis car on n’y comprend rien, et les panneaux ne nous aident pas assez.
A la première difficulté d’orientation, sitôt la passerelle franchie, on découvre que la vaste ruine antérieure a été retapée et offre un intéressant petit parcours industriel et quelques bancs et tables, ainsi qu’une fontaine déjà célèbre bien visible. C’est très réussi à mon avis, et apprécié, même lorsque le soleil est si fort qu’on renonce à s’attarder.






Alors démarre le jeu d’orientation, où l’on perd dès la première erreur. Le fait d’y être déjà passée de nombreuses fois m’a évidemment aidée à deviner juste.



Deviner ? Pour Girolles je tourne à gauche au pont ? on verra bien en haut. Et Tout droit, c’est par le pont aussi, alors? Dans ce cas il y aura descente. Passons donc à droite.
L’entrée en Ile-de-France, le long du canal du Loing
Hélas je ne peux résister au plaisir pervers de vous faire voir l’état de l’entrée en l’Île-de-France, capitale du royaume. Elle date de temps anciens et n’a pas changé d’un pouce depuis mon dernier passage. C’est simple, pour gagner Paris il faut se faufiler par des sentiers herbus et cachés et passer la frontière par un étroit boyau sous un pont tenant lieu de porte triomphale. On se croirait en pays occupé. Le chemin restant est sans doute le plus dégradé de tout l’itinéraire. Rien que pour faire les 3 derniers kilomètres avant Nemours ce fut une éternité que je n’aurais jamais eu le courage de refaire en sens inverse. J’étais tellement secouée et subissant la canicule que vous irez voir vous-même si j’y suis encore. Plus on avance plus on se retrouve dans des sentiers d’avant 14 provoquant tremblements et soubresauts, au point que les injures ont jailli et que j’ai failli plusieurs fois faire de jolis vols planés.






Nous ne sommes pourtant pas loin du château de la famille des Nemours, où se trouve l’hébergement cycliste voulu par Valérie Lacroute, la maire de la ville. Il est situé au fond du grand rond-point qui nous tient lieu de porte, et se voit facilement grâce aux drapeaux et à la terrasse à l’étage.
Nemours






Halte cycliste ou Pavillon Hugo, gite d’étape ou hôtel ?
Les murs sont propriété de la Ville, qui a fait les travaux, et l’exploitation a été confiée en location, avec un cahier des charges clair : accueil régulier d’une association de réparation de vélos, garage à vélos, dortoirs, bar et restauration en journée. Dès le début la mairie a tenu à ce qu’il n’ y ait pas de restauration le soir, pour ne pas faire de tort au commerce alentour,
Au total il y a trois chambres (un lit double, sanitaire privé) au 1er étage, et 2 autres pièces où dormir au second, sanitaires communs sur le palier. Le dortoir des hommes est une pièce dotée de 4 lits assez proches les uns des autres. La seconde pièce est de fait une chambre familiale (un grand lit et deux lits simples). S’il n’y a pas de famille elle est donnée aux dames et jeunes femmes seules. Ce fut mon cas, pour 35 euros la nuit sans petit déjeuner. Ne cherchez pas, l’établissement doit nourrir ses exploitants. Evidemment ce n’est pas un gite d’étape, mais c’est bien plus détendu qu’un hôtel. Et les sanitaires communs du second étage sont très bien.
L’établissement a pris le nom d’Hôtel pour le référencement, et ferme à 19h. La réservation se fait uniquement sur boukine en attendant la création d’un site dédié. On accède aux différents espaces de nuit grâce à un code personnalisé.
Saint-Mammès
Je dois ensuite vous parler de Saint-Mammès où une chance de cycliste vendue mais bénie des dieux me fit passer la nuit chez Claire et Michel. Ici c’est la capitale défunte de l’embauche des mariniers, deuxième port batelier sur la Seine en Île-de-France, après Conflans-Sainte-Honorine. Pour les cyclistes c’est deux autres choses.
D’abord la passerelle. Encore une passerelle dont l’esthétique l’emporte sur la pratique. Elle franchit le Loing au bout du parking et a été ouverte vers 2016 après plusieurs retards. Elle a vidé les caisses et a été déclarée non-conforme aux exigences actuelles. Pour remédier à ses marches on a mis des ascenseurs à fauteuil qui n’ont jamais fonctionné et des goulottes à vélo si pentues qu’on a plus vite fait de porter le vélo, si l’on peut. Son concepteur est l’agence DVVD, et elle n’est pour vous qu’une curiosité sans effet sur votre itinéraire.



Ensuite c’est que l’itinéraire change de rive sitôt passé Saint-Mammès. Peu avant le pont, sur la gauche il y a un panneau signifiant aux cyclistes de rouler sur la piste cyclable. Comme je roulais sur la route et à droite, comme il se doit, je ne l’ai pas vue. Au bout du pont ne voyant pas d’indications je prend vers la droite, dans la continuité pensais-je de l’autre rive. 15 km plus tard j’étais à Montereau-Fault-Yonne. Je fis donc demi-tour par la départementale, moins chargée qu’en temps normal, vit la fameuse piste collée à gauche et me retrouvais finalement le soir à Melun.


Melun
Melun n’a que deux hôtels, tous deux du même groupe et tous deux tout en haut d’une aride côte de 2 km. La rue du Général-De Gaulle et l’avenue de Meaux sont étroites et chargées, je les monte donc à pied comme la dernière fois. C’est alors qu’il ne faut pas se laisser piéger.
Vous avez réservé à l’Ibis-Style et pas à l’Ibis budget que vous trouverez en premier, à gauche avant le pont qui passe au-dessus de la rocade. Ne vous trompez pas ! et ne changez pas d’avis ! Le premier à gauche sort ses étendards et récupère des clients en route, mais beaucoup ne reviennent pas une deuxième fois, préfèrant se retrouver le coup d’après de l’autre côté du pont, sur la commune de Rubelles. C’est mon cas aussi, bien que le prix soit nettement plus élevé. Les évènements d’il y a 2 ans m’ont suffisamment marquée pour ne pas risquer que cela se reproduise, et je ne me voyais pas faire comme si de rien n’était.
D’ailleurs vous y gagnerez la découverte d’un ouvrage vraiment intéressant. Je parle du pont et des deux rond-points qui en marquent les extrémités. Ils sont bordés de trottoirs cyclablables, larges, nets et même beaux, avec des fleurs et des rebords qui sont de véritables bancs pour qui en veut, et des accès bien pensés. On se croirait dans un salon de plein air rien que pour soi. Pour le souper cela ne vous coûtera rien de repasser le pont, et de rester à gauche à la sortie du pont.


(Photos de la toile, travaux presque terminés)
En avant pour Paris !
La suite de l’itinéraire est de qualité variable, et finalement je perd toute signalisation. J’ai perdu la route de Saint-Jacques, je perd également la Seine à vélo, mais je trouve une astuce. Je dois toujours rouler parallèlement à la Seine, puisque je sais qu’elle atteindra Paris, et bientôt elle restera à ma droite.






Beaucoup de signalisation peu efficace. Elle est quelque fois bien, d’autres fois elle aide bien peu, et souvent elle est absente, ce qui est plus difficile à photographier. Notez que Melun aime les cyclistes, c’est l’essentiel !
Après avoir roulé sur des sentiers chaotiques mais au frais en forêt, dans une base de loisir (ayez l’oeil et le bon sur les panneaux, sinon vous allez tourner en rond), dans un parc et encore d’autres lieux agréables, j’en ai fini des bosses et des trous, des racines et des cailloux, des vols planés évités et des cris de colère.



Ce panneau ne me dit pas dans quelle direction est Paris ou Nemours, ni que le tracé de ces deux véloroutes est l’oeuvre d’une seule association, CyclotransEurope.
A la fin je me retrouvais en terrain connu, le quai plein d’autos est bordé d’une vieille piste cyclable sur des kilomètres puis est même barré à toute circulation motorisée. Je ne dérogeais pas de ma méthode, mon guide est la Seine, n’en parlons plus. C’est une adaptation du chemin de Saint-Jacques, et j’espère que cela sera celui de la Seine à vélo. En même temps que la nuit j’entrais fièrement dans Paris par la porte de Bercy, sous le périphérique, comme à mon habitude. Ce n’est pas encore un arc d’accueil triomphal, mais cette entrée a le mérite d’avoir remplacé, en 1998 (le maire était Jean Tibéri), un passage glauque et large comme un sentier francilien, entre une barrière et un mur, avec saleté et bruit en plus.
Pour faire tout ça il faut connaître un peu, et ne compter que sur soi. Le vélo donne confiance en soi !





Bonjour Isabelle, votre article est très fidèle à nos propre constats. Je voulais vous donner 2 informations complémentaires. Vendredi 14/08 et samedi 15/08 nous avons réalisé une partie du même itinéraire que vous mais en sens inverse.
Nous avons logé dans la chambre d’hôtes que vous avez citée. Le propriétaire nous a préparé un délicieux dîner avec, entre autres, les légumes de son jardin. Il fallait le prévenir 48h à l’avance pour qu’il puisse faire les courses et s’organiser. Les portions étaient très imposantes. Nous étions 2 et nous aurions pu manger à 4.
Par ailleurs, le lendemain nous avons croisé un lieu dégageant beaucoup de sympathie à Vieilles-Maisons-sur-Joudry : le relais des 3 écluses. Ils font aussi chambre d’hôtes avec une dimension d’insertion.
Tes remarques sur la passerelle de Saint-Mammes me font penser à celle qui, à Nanterre, permet de franchir la darse d’accès au port. Même goulotte unilatérale le long d’escaliers et même confiance dans des ascenseurs (Hauts-de-Seine obligent) au lieu de longs plans inclinés.
Quand au très mauvais état de certains tronçons, il me rappelle ce que j’avais rencontré en 2013 lorsque j’avais emmené mon gamin de 10 ans le long du canal du Midi entre Toulouse et Carcassonne : à partir de Port Lauragais, on sent le peu de considération portée par le Département de l’Aude au cyclotourisme international (il paraît que c’est pire le long de la Méditerranée)
Article très intéressant, qui me rappelle ma propre entrée dans Paris, en 2013, le jour où nous nous sommes rencontrés. J’avais effectivement opté pour une technique simple et efficace : suivre la Seine.