Un triangle d’eau entre la Loire et l’Ile-de-France

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Les travaux en cours sur le canal d’Orléans permettront de boucler un parcours en triangle à la porte de l’Ile-de-France. Ses points d’entrée sont Montargis, Orléans, et Gien ou Briare. Le tout peut se parcourir en 4 ou 5 jours, à condition de prendre son temps.

J’ai commencé par le canal d’Orléans car j’en connaissais déjà le charme et que je voulais voir ce qu’il devenait. Les travaux vont bon train entre Orléans et le nord de Montargis, où se rejoignent le canal d’Orléans et le canal de Briare.

Devant Orléans on retrouve la Loire, sur une portion aux aménagements plutôt médiocres, mais passer de ce canal à ce fleuve a quelque chose de magique, on passe d’une certaine clôture protectrice à la largeur alanguie d’un fleuve aux rives habitées, aux sombres forêts et aux villes et villages royaux.

Affiché sur les panneaux. Remarquez l’itinéraire piégeux de la V3, qui ici va de Paris à la côte basque, c’est-à-dire plein sud-ouest. L’aménagement du canal d’Orléans devrait permettre de rattraper ça.

Au bout du tronçon ligérien il y a la ville de Gien, pont mal commode. Côté sud, sur la véloroute, beau camping et hôtel fonctionnel à l’aspect d’une clinique. Le Sanhôtel ne l’est pas, ses chambres sur jardin sont au calme, il y a un garage à vélos, braver son aspect rébarbatif, y compris à l’accueil, vaut la peine. En ville, un réputé mécanicien, Christian Bernard, qui cherche un successeur, au nord de la place de la Victoire. A noter que la gare de Briare est enfin équipée de belles rampes, ce qui en fait désormais un point d’accès parfait.

Ensuite c’est le célèbre canal de Briare, puis la montée vers le nord le long du canal puis du Loing, pour rejoindre l’Île-de-France, ou repartir après Montargis par le canal d’Orléans pour rejoindre Orléans. Le canal de Briare et les rives du Loing, c’est ce que j’ai préféré, et de loin ! C’est délicat et charmant, plein de vie, de vieux villages, il y a épiceries (et épiciers dévoués, comme à Cepoy) et campings (merci à Pauline pour son dévouement à Cepoy encore), et même un café-librairie-théâtre à Montbouy dans une maison éclusière!

J’ai utilisé le guide Chamina de la véloroute des pèlerins, écrit par l’association CyclotransEurope. Il fait passer par un itinéraire proche du canal d’Orléans car il est direct vers le sud-ouest. C’est le guide, et quelques chefs de chantier, qui m’ont aidée me repérer lors des parties encore en travaux. Certains des détours sont d’ailleurs très correctement indiqués, d’autres pas du tout, cela dépendant des communes, me rappelle un de ces professionnels. Pour vous qui viendrez l’an prochain il y aura encore plus de facilités. 

Orléans

L’arrivée à Orléans est quant à elle faite depuis une quinzaine d’années, bien que peu indiquée (il faut changer de rive à Combieux), et d’une ampleur incomparable, le canal et la Loire avançant ensemble. Elle souffre cependant, sur sa rive, d’une relative étroitesse, étant partagée par de nombreux promeneurs, et d’une entrée en ville à la hauteur de leur gloire … mais victime d’une lutte féroce pour l’espace. Lorsque j’arrivais toute la largeur était occupée et barricadée pour les installations liées aux festivités de la vingtième fête de la Loire, sans la moindre signalisation de déviation, en bordure d’une route surchargée.

Le vélo est-il pris au sérieux à Orléans ? Il semble donc que non, pourtant sur le pont Georges V, au centre, la voie sortante a été remplacée par une piste en double-sens. Cela change du tout au tout la vie des cyclistes, mais complique très sérieusement le fonctionnement de l’autre partie de l’axe, de la Loire à la gare. Piétons, passagers du tram et vélos se retrouvent ensemble dans un espace déjà étroit. Sur le pont il n’y a toujours qu’un seul trottoir, et l’accès sud relève du bricolage. La moindre erreur sera fatale, ce qui a déjà été le cas (ainsi que je le relevais dans la revue de presse d’août 23). Gageons que tout cela n’est qu’une étape vers un pont exclusivement pratiqué par tram, cyclistes et piétons. 

Dans le vieil Orléans, dont une bonne partie est rénovée et piétonne, j’ai trouvé un hotel parfait, le Jackhotel. Il ressemble à un foyer d’étudiantes catholiques, son plan est biscornu, son adresse en-dehors des grands circuits touristiques, sa façade pourrait être celle d’une clinique, où celle de la maison des curés, et dedans c’est simple et bien. Il y a même un local à vélos.

La Loire, belle, large, alanguie … ne se donne pas beaucoup de mal.

La Loire, disais-je, est large et lente, ses bords sont souvent des digues où passent des autos riveraines et la véloroute. C’est vaste, et parfois pas très marrant. Peu avant Gien il semble qu’on ait renoncé à faire sauter les obstacles. C’est ainsi qu’on se retrouve sur un étroit sentier qui monte raide en forêt plutôt qu’à rouler entre camping et fleuve. Ailleurs le chemin est partagé avec les promeneurs, nombreux, alors on fait passer les cyclistes en arrière là encore dans la forêt. Est-ce que ces pis-aller vont durer ??? 

A Saint-Gondon, toujours proche de la Loire, c’est plutôt l’inverse, on roule sur une route nationale. Une vraie, sûrement d’avant guerre de 14. La France est une perpétuelle leçon d’histoire. Ici on voit à quoi ressemblait une route nationale du temps des piétons, charrettes et carrosses, goudron en plus. Ailleurs j’avais trouvé une route bien chargée portant le nom de chemin rural…

Une exposition de photos de cinéma, classée par photographe, est également disséminée dans chaque commune de cette communauté, plutôt dans un endroit peu fréquenté. Pas mal, mais quel rapport ? Le manque d’ambition ?

A quoi sert une voie verte ??? Exemple avec le canal d’Orléans. A la troisième photo plus personne ne se pose de questions.

Retour par le canal de Briare, et là c’est le plus charmant et le plus soigné des trois. Un vrai plaisir de villages, de gens, de paysages. L’arrivée aux 7-Ecluses se fait par une piste en forêt à peine terminée sur l’assise de l’ancien canal, et qui sera indiquée depuis la RD14 quand vous y arriverez. 

Passer en Île-de-France …

Quoi qu’il arrive, si vous continuez vers le nord vous arrivez en Ile-de-France. Et là … Après un sentier minuscule pour passer sous un petit pont, comme un passage clandestin de frontière, voici ce que vous découvrez … L‘île-de-France, image de la France, laisse à l’abandon sa plus grande véloroute, desservant pourtant sa capitale et plusieurs de ses sites les plus prestigieux !

Arrivée en Ile-de-France par le sud … Heureusement il y a bientôt Nemours …

Nemours n’est pas encore un modèle de fléchage (comme je le signalais lors d’un précédent passage l’année dernière), bien que la flèche de la gare qui envoyait dans les rails ait disparu, mais elle risque d’être un modèle d’accueil. Sa maison des cyclistes (photo avant travaux dans le même article) est visiblement sur le point d’ouvrir, avec garage à vélos au sous-sol, salle commune avec bar, et dortoirs ! La gare n’est pas loin, au bout à gauche de cette portion de canal … Pour trouver votre chemin jusqu’à Paris rien de mieux que de suivre la véloroute Scandibérique (des pèlerins), ou attraper un train. Les billets de RER (TER franciliens) sont plafonnés à 5 euros. Ils acceptent les vélos tous les jours sauf aux heures de pointe.

Un triangle, ou trois routes ?

L’intinéraire officiel de l’eurovéloroute n° 3 (des pèlerins) passe par Montargis, mais cela rallonge exagérément le parcours jusqu’à Orléans, ce qui est contraire aux principes d’économie de km des véloroutes. Ce triangle n’en a pas besoin, il se suffit à lui-même bien mieux que ne le fera jamais le Tour de Bourgogne. Accessible depuis la Loire comme depuis la région parisienne, c’est un trésor. Faire durer artificiellement le parcours c’est surtout s’exposer au mécontentement des cyclistes, ou la fuite des mieux informés, mais la prochaine fin des travaux sur le canal d’Orléans devrait permettre de corriger ce point.

Extrait de dépliant

Il y a le canal d’Orléans, qui pique au sud-ouest, le Loing et canal de Briare qui piquent au sud, et les deux qui ouvrent la porte de la Loire à vélo, n’est-ce pas merveilleux? Merveille également dans l’autre sens : depuis Tours vous rejoindrez Paris en à peine quelques jours ! C’est ça le progrès.

♦︎

  • Amis en route vers Saint-Jean-Pied-de-Port, suivez le guide et passez directement du nord de Montargis à Orléans par le canal d’Orléans, sans attendre l’officialisation de ce tracé.
  • Amis promeneurs, parcourez le triangle dans le sens que vous voulez, depuis où ça vous arrange, vers où vous voulez, et tentez juste de ne pas avoir honte de la Loire. Comment vous dire ? Sur ce tronçon se trouvent des édifices religieux parmi les plus prenants du nord de la France … Prenez votre temps … J’ai passé 3 heures à visiter l’église de Germigny, avec l’aide précieuse de l’office de tourisme, et passé la nuit à l’hôtel de la Place. Rien de plus simple.

Quelques photos encore

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« Cela change du tout au tout la vie des cyclistes, mais complique très sérieusement le fonctionnement de l’autre partie de l’axe, de la Loire à la gare. »

De toute façon la gare d’Orléans est planquée derrière un immense centre commercial sorti de terre au milieu des années 1980 et placée au coeur d’une zone devenue encore plus inhospitalière aux piétons et cyclistes depuis l’aménagement de la première ligne de tram à la fin des années 1990.

Petite erreur : On parle de l’Oratoire Carolingien de Germigny (il s’agit d’une église – église de la Sainte Trinité et non d’une basilique), et de la basilique de Fleury à Saint-Benoit-sur-Loire.

promeneur
9 mois

Ceci correspond à peu près à ma toute première balade, dont voici un résumé.
Ce beau jour de mai 2003, à 48 ans, je reprends le vélo après une interruption de 30 ans, et je débute en randonnée. Je vais tester pendant une semaine le matériel et ma condition physique.
Me voilà parti vers la gare de Lyon où je prends le RER D. Je descends au terminus à Malesherbes, direction le sud. Montagis, Chatillon-Coligny, Rosny-les-sept-écluses, St Fargeau. Puis vient la Loire. Bonny-sur-Loire, Briare, Giens, Sully-sur-Loire, St-Benoît-sur-Loire, Chateauneuf-sur-Loire, Et retour au bercail à Malesherbes.
Tout fut une découverte : La descente vers la gare souterraine du RER: utilisation acrobatique des escaliers mécaniques avec mon vélo chargé, demander l’ouverture du portillon pour handicapés, prendre l’ascenseur, prendre le RER (où mettre mon vélo pour ne pas gêner ? réponse en bout de wagon). Faire du vélo sur une route avec peu ou beaucoup de véhicules. Grosses frayeurs au départ de Malesherbes sur les 5 Km de la RN152 (RD2152) étroite, en mauvais état, bourrée de camions qui vous doublent dangereusement. Mais aussi les odeurs de la terre, des plantes, la beauté de la campagne. Le camping. Planter la tente.Je n’ai pas pensé au marteau pour planter les piquets. Je réussirai malgré tout avec une petite pelle (qui ne me servira plus jamais). Faire la cuisine. Le camping de Rosny-les-sept-écluses ouvert à tous vents, unique campeur, la trouille. Vue envoutante sur la Loire depuis ma tente juste au bord de la Loire au camping de Chateauneuf-sur-Loire.Les fréquents arrêts pour me situer sur la carte IGN, j’ai peur de me tromper. La beauté et la curiosité du pont canal de Briare. Inutile de dire qu’en ce temps-là pas de voie et piste cyclable ni voie verte, juste des itinéraires de balades en vélo proposés par l’IGN sur des cartes spéciales.
Depuis, je pratique le vélo quotidiennement et une ou deux petites randonnées par an.

Michel Hareng
9 mois

Merci pour toutes ces infos, Isabelle. Ne pas hésiter à faire des incursions en forêt d’Orléans. Maison disponible sur Noyers en donativo pour ceux qui veulent passer du temps dans la région.

Millotte
9 mois

Ce sont des itinéraires que je connais bien et que je pratique depuis longtemps :
J’ai fait le canal de Loing et de Briare une première fois en avril 1992.
C’était un enchantement et ça l’est toujours à chaque fois que j’y retourne (la dernière en juin 2023).
J’ai eu d’ailleurs la surprise de découvrir que l’arrivée à Briare avait été modifiée (en beaucoup moins bien) : on ne prend plus le bras de canal qui mène au Pont-canal, mais celui qui mène au centre ville. Quel dommage ! Du coup, l’ancien itinéraire ne doit plus être très praticable, car peu entretenu.
Pour le canal d’Orléans, je l’ai parcouru une première fois en 2005 et j’ai toujours été surpris que ce soit un des premiers canaux dont les berges [orléanaises] avaient entièrement été aménagées en voie verte (tout comme le canal du Nivernais).
Merci, en tout cas, de parler de ce beau parcours qui reste très peu fréquenté.

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