Dans le rapport présenté ce matin la Cour des comptes insiste pour que les actions environnementales soient explicitement présentes dans le futur budget de la nation. Son rapport demande également que le Secrétariat général à la planification écologique, qui est une idée géniale, selon le Premier président, retrouve très vite son influence et sa capacité d’impulsion. Pierre Moscovici regrette que les décisions des Gouvernements successifs soient hétéroclites, voire contradictoires, et que leurs résultats soient trop peu évalués, par exemple concernant les foyers modestes. Tout cela nous le voyons régulièrement mais en ordre dispersé, dans ce blog.
Il suffit de voir les événements de cet été, sans même avoir à revenir plusieurs mois en arrière, qui nous ont rappelé une fois de plus la nécessité d’agir, et d’agir vite : la canicule précoce de juin a généré une surmortalité estimée à 5,5 %, des milliers de passages supplémentaires aux urgences et des coûts économiques évalués à 0,3 % du PIB par les assureurs ; en parallèle, les forêts, qui permettent de stocker le carbone atmosphérique et jouent un rôle fondamental dans le cycle de l’eau, ont été gravement fragilisées par les incendies et la sécheresse.
Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, 16 septembre 2025.

Pierre Moscovici invite le Gouvernement à avoir une vision globale et stratégique. « Chaque euro investi en prévention permet d’économiser jusqu’à 3 euros de dommages évités ». Ainsi, « investir tôt et massivement dans la transition écologique est un impératif environnemental autant qu’une décision rationnelle et économiquement pertinente ». Il décline 4 enjeux pour la transition écologique : la gouvernance, les résultats, le financement et les leviers mobilisés. Les « fonds verts » doivent être revus, et surtout qu’ils deviennent un outil d’aide à la décision.

Il évoque les niches fiscales dont certaines sont favorables aux énergies fossiles. Qu’attend-on pour les réduire ?
Même si le montant des investissements nécessaires impressionne, il reste bien inférieur à ce que nous coûterait la poursuite des politiques présentes.
Bien sûr il est urgent de régler le problème de la dette, sinon on est complètement piégés. S’il parle marginalement de changer les habitudes, il a tout de même commencé son exposé par sa confiance en la compatibilité du développement économique et la transition écologique.
Reporter les investissements ne fait qu’augmenter la dette environnementale et sociale. L’exemple de la hausse des prix des hydrocarbures entre 2022 et 2024 est éclairant : elle a majoré de 22 milliards d’euros nets par an la facture française d’importation d’énergie, et elle a conduit l’État à dépenser 19,6 milliards d’euros pour financer un bouclier tarifaire sur les énergies fossiles. Ces sommes considérables n’ont produit aucun effet durable. À titre de comparaison, le soutien public à l’installation d’énergies renouvelables sur la période 2018-2023 a coûté un montant équivalent ; mais il a permis de mettre en place 22 GW supplémentaires, soit la moitié de la puissance totale installée depuis 2000 en éolien et solaire.
P. Moscovici, 16 septembre 2025
Enfin il indique que les 3/4 des dépenses écologiques sont faites par les entreprises ou les citoyens. Pour la planification territoriale il va falloir évaluer avec rigueur ce qui a été fait et clarifier les rôles de chacun, localement comme à l’international. Les priorités de chacun doivent être affichées, il espère que les élections municipales de mars prochain en seront l’occasion.
Le montant mondial des pertes économiques liées aux désastres naturels est passé de 50 milliards de dollars par an dans les années 1980, à plus de 270 milliards de dollars par an sur la période récente. En France, les inondations des Hauts-de-France en 2023 ont généré 640 millions d’euros de dommages assurés ; le cyclone Chido représente un coût de 650 à 800 millions d’euros pour le régime des catastrophes naturelles. À plus long terme, sur le seul littoral méditerranéen, la valeur des biens exposés à la montée des eaux pourrait atteindre 11,5 milliards d’euros d’ici 2100.

Le Conseil d’Etat, de son côté, avait rendu son rapport annuel une semaine avant. Son titre Inscrire l’action publique dans le temps long, est un appel à ce que le court terme électoral et politique n’empêche pas d’agir sur le temps long.
Parmi les causes de la versatilité actuelle il notait le durcissement du débat public, où nuance et compromis semblent avoir disparu, et les crises multiples qui induisent des urgences en réparation. Le Conseil appelle l’Etat à mieux faire appel aux institutions pour définir les stratégies au long cour, il l’invitait à prendre le temps nécessaires aux études afin de remplir sereinement son rôle d’anticipation, et à se fixer des priorités capables d’induire de la stabilité.
Au moins n’y a-t-il pas discordance entre nos deux instances « dont le rôle est d’éclairer le citoyen et d’accompagner le décideur public » selon le Premier président de la Cour des comptes.




