Le Forum Vies Mobiles présentait hier soir, le 16 septembre 2025, ses travaux démontrant qu’un système alternatif de mobilité pouvait être mis en place dès demain. Il serait plus inclusif, plus écologique et cinq fois moins coûteux que le système automobile actuel et s’appuirait sur les infrastructures existantes.
Au cœur de ce système, le développement massif de trains, bus et cars cadencés 7j/7 et 24h/24, une véritable politique d’intermodalité, et une réduction forte de la place allouée à la voiture pour créer des réseaux sécurisés pour les modes actifs partout dans le pays.
Rien de neuf, c’est à peu près ce que souhaite l’association Objectifs RER métropolitains, créée en 2022 par ✝︎Jean-Claude Degand. Elle suit de près toute l’actualité du secteur et participe aux réunions locales et nationales. C’était également le thème du congrès de l’Association des Véloroutes et Voies Vertes (AF3V) qui s’est tenu hier sur l’idée de la réaffectation des voies. Rien de neuf, mais toujours pas grand chose de fait. Il fallait donc en remettre une couche, s’adressant d’ailleurs à un public plus large que celui de ceux qui savent déjà tout ça, mais patinent.

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L’intérêt de ce travail est de démontrer non seulement que cela peut fonctionner mais qu’en plus cela apporterait des réponses aux grands défis auxquels nous sommes confrontés : isolement de certains territoires, exclusion de certaines populations (jeunes, seniors, sans permis…), crise climatique… Cela assurerait aussi une autonomie stratégique dont nous devrions ou pourrions avoir besoin sous peu.

Le tout-voiture, un modèle insoutenable dont beaucoup sont exclus
En dehors de quelques centres-villes, il est aujourd’hui presque impossible de se passer de voiture. Or, loin de garantir la liberté de tous, ce système exclut : seuls 12 % des Français se disent réellement libres de conduire où et quand ils veulent (Enquête sur les éconduits de la voiture). Pour les près de 60 millions restants, un système alternatif de mobilité se traduirait par une plus grande liberté de déplacement. Nous vous en parlions en juin dernier.
La voiture est aussi un fardeau collectif : émissions de CO2 (15% des émissions nationales), pollution (air, bruit), sédentarité, occupation de l’espace, exclusion des autres modes … sont les prix que nous payons pour le règne de l’auto. Le système automobile coûte plus de 300 milliards d’euros par an à la société française, soit l’équivalent de 10% du PIB.
Inutile de préciser que la relance des autoroutes est une belle hérésie, un contre-temps majeur, comme elle l’est forcément pour la Cour des Comptes, même si hier matin elle n’y a pas plus été nommée qu’ici. Voir Visite ministérielle sur le chantier de l’autoroute Castres – Toulouse avec un historique.
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Une «assurance mobilité» pour tous
Le Forum Vies Mobiles démontre que l’on peut dès maintenant mettre en place et faire fonctionner un système alternatif de mobilité qui apporterait une véritable « assurance mobilité ». Pouvoir se déplacer librement partout en France, à toute heure et sans voiture, sera possible, mais à certaines conditions qui relèvent de choix politiques structurants.

Les moyens à mettre en place
- Un réseau ferré entretenu et rénové pour une offre cadencée de trains du quotidien, et une desserte en transports collectifs cadencée sur route, tous au minimum à la demi-heure en journée et à l’heure la nuit : tout le monde doit disposer d’une desserte fine, tous les jours de la semaine. C’est certainement là-dessus que doit porter l’effort financier.
- Presque la moitié des routes locales débarrassées des voitures : 20% formeront un réseau cyclable et piéton continu, en ville comme à la campagne ; 23% seront à priorité donnée aux transports collectifs routiers.
- Offre, information et billettique harmonisés à l’échelle nationale, pour rendre le réseau lisible et simple d’utilisation pour tous, et facile à comprendre même en voyage.
Sans réseau cadencé, infrastructures dédiées, lisibilité nationale et sans limitation de la place donnée à la voiture, le passage d’un système dominé par cette dernière à un autre ne se fera pas. Ceci n’est pas négociable.

Questions-réponses
Prendre la route à la voiture pour la donner aux autres modes ? Avec plus d’un million de kilomètres de route, la France est le pays qui compte le plus grand nombre de kilomètres rapportés à sa population. On peut en réaffecter une partie aux transports collectifs cadencés et aux modes actifs. C’est une solution pour agir vite et à moindre coût, contraindre l’usage de la voiture et favoriser le report modal.
Peut-on vraiment prendre en charge tous les déplacements actuels ? Oui ! Il est même possible d’accueillir les déplacements de ceux qui, jusque-là, étaient exclus du système, leur offrant enfin la liberté de se déplacer de façon autonome.
Est-ce qu’on a l’argent pour ça ? Oui, en réutilisant massivement les infrastructures existantes, ce système coûterait cinq à six fois moins que le système automobile actuel.
Et l’écologie ? Le gain est massif : une réduction a minima de 70% des émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements des personnes. Au-delà des économies pour les ménages et les collectivités (achat et entretien des véhicules et des infrastructures), une grande partie des conséquences néfastes de la voiture (pollution, bruit, congestion, accidents …) disparaitraient quasi intégralement, représentant à elles seules au moins 70 milliards d’euros chaque année.
Enfin, c’est aussi l’assurance d’une plus grande autonomie stratégique pour le pays : moins de dépendance au pétrole, aux métaux critiques (batteries et systèmes électroniques), et aux industries automobiles étrangères.
Alors, en résumé
SYSTÈME ALTERNATIF DE MOBILITÉ
Être libre de se déplacer sans voiture sur tous les territoires !
en 4 minutes sur youtube.
Vers une expérimentation sans attendre
Alors que le débat public s’intensifie autour des arbitrages à faire entre transition écologique, rigueur budgétaire, désenclavement des territoires, pouvoir d’achat et autonomie stratégique, ainsi qu’on l’a vu par exemple hier avec le rapport de la Cour des comptes, le Forum Vies Mobiles démontre qu’il existe un système alternatif de mobilité qui apporte des réponses à ces enjeux.
Il ne s’agit pas d’une utopie, mais d’un scénario concret, conçu à partir des réalités territoriales et prêt à être expérimenté.
Puisse le nouveau Gouvernement s’en saisir
maintenant et pas plus tard.
Il pourrait déjà le programmer sur un territoire – pilote volontaire.
La Lorraine ? Le Nord ? le Doubs ?
Chers lecteurs, à vous de faire en sorte qu’on en parle !
Allez-y, la population est partante !
Le Forum Vies Mobiles est un club de réflexion français sur la mobilité dont le souci est de rendre service aux citoyens tout en sortant du système de la mobilité carbonée. Il utilise de nombreuses façons de rendre visibles et compréhensibles la façon dont les gens vivent, expositions, bandes dessinées, conférences …
Au travers de recherches, d’enquêtes et de débats citoyens sur les grands enjeux de mobilité, il explore depuis 2011 une voie originale pour formuler et soutenir des propositions d’action, et ainsi contribuer au tournant écologique et social indispensable.
C’est une association loi 1901 créée en 2011, financée par le mécénat de la SNCF. Son équipe est composée d’une dizaine de professionnels sous la présidence de Antoine de Rocquigny et la direction de Sylvie Landriève. Son rayonnement est fort en France comme à l’international.
Pour des raisons d’emploi du temps je n’ai pu me rendre à la présentation en ville. Cet article a donc été rédigé à partir du dossier de presse.





J’avais lu avec gourmandise et enthousiasme le rapport du Forum Vies Mobiles. Quelles perspectives formidables… Oui, incontestablement cela donne envie. Merci de s’en être fait ici le relais.
Oui, mais ça met de côté le fait que de nombreuses personnes transportent des choses. À certaines époques de l’année, presque une voiture sur trois qui traverse mon village tire une remorque. Les gens ont toujours des trucs à transporter. Et étant moi-même brocanteur, je ne fais pas exception à ça.
J’ai toujours été convaincu qu’on pouvait se passer de voiture en ville, et dans la plupart des trajets vers ou à partir des villes, même pour aller dans certains territoires ruraux, dès lors qu’on n’a rien d’important à transporter. Et pareil pour un grand nombre de trajets ruraux (internes à un village ou entre villages proches). Je fais moi-même des courses ou l’expédition de mes colis à 10 km de mon village avec un vélo électrique.
Mais à la campagne, c’est plein de gens qui passent leur temps à acheter des outils, ou des trucs sur Leboncoin ou à transporter tout et n’importe quoi. Et s’il on peut sans doute rationnaliser ou supprimer certains de ces transports, ce n’est pas le cas de tout.
Enfin bref, à défaut de supprimer totalement la voiture, si on pouvait déjà cesser de l’utiliser pour tous les trajets faisables sans elle, ça serait déjà un énorme progrès.