Pérénisation du bonus voitures électriques : quand les généraux font l’inverse de ce qu’il faudrait 

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MàJ le 16 décembre (mention d’un article)
Maj le 25 décembre (mention d’un article sur l’avis de la Commission européenne)

Le Gouvernement a annoncé le 27 novembre la poursuite en 2026 du bonus pour l’achat des véhicules électriques neufs par les ménages, s’ajoutant au leasing social des autos électriques (lire ici : L’Etat a déjà aidé 41 500 foyers à se procurer une voiture électrique). Cela est censé aider les ménages les plus précaires.

« Le maintien d’un niveau de soutien significatif est un choix stratégique qui reflète l’engagement du Gouvernement en faveur d’une transition bas-carbone rapide et vers des véhicules moins polluants et accessibles à tous les Français », nous dit le communiqué du Ministère, qui dit aussi que cela va bénéficier aux industriels et aux concessionnaires en soutenant par exemple la montée en cadence et les investissements des usines européennes de batteries. 

C’est à peu près ce que dit aussi le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone, qui devrait être publié fin 2026. Ce texte entre en ce moment dans une ultime phase de consultation et pourra encore être ajusté. Concernant les transports l’électrification des voitures y est présentée comme un objectif, et non comme un moyen (p. 8) et les infrastructures cyclables sans détails se trouvent en page 9. Voir ici le résumé de la stratégie bas-carbone N° 3 (pdf).

Quant au montant de la prime il dépend des cours des certificats d’économie d’énergie et des négociations contractuelles entre les différents constructeurs et les obligés. A l’heure actuelle les aides pour les véhicules électriques pourraient atteindre 5 700€ pour les ménages précaires, 4 700€ pour les ménages modestes non précaires et 3 500€ pour les autres ménages. Le sur-bonus additionnel pour les véhicules dont la batterie est fabriquée en Europe pourrait quant à lui atteindre 1200 à 2000€.

Ce bonus est réservé aux voitures particulières électriques atteignant un seuil minimal au score environnemental, et dont la masse est inférieure à 2 400 kg, Son prix d’acquisition doit être inférieur à 47 000 euros hors options. 

La liste des véhicules éligibles est sur le site de l’ADEME, ce qu’on découvre seulement après recherches à rebonds, le ministère ne donnant que la liste des revendeurs agréés. J’ai regardé la liste et n’ai pas la moindre idée de celles dont la puissance serait acceptable. Il y a 937 modèles éligibles et pas de référence à leur prix !!! Rien qui encourage l’achat le plus raisonnable d’autant que j’ai fini par découvrir que les petits véhicules -dont on parle ci-dessous- ne sont pas elligibles (à lire par exemple dans Passion car).

La part de marché des véhicules 100 % électriques neufs a atteint 24 % en octobre 2025. Elle se situait à 16,8% en moyenne depuis janvier. On peut supposer que les « ménages modestes et précaires » , même avec une « aide » n’y représentent pas grand monde. On peut aussi être navré par la démarche, pendant que les voitures électriques chinoises déboulent chez nous ! « L’arrivée massive de BYD, MG et XPeng va obliger les constructeurs européens à s’aligner : prix, équipements, stratégie » (linkedin). Faire des SUV n’est sûrement pas une bonne idée, faire des petites voitures a sûrement plus d’avenir.

Pour ceux qui me croient trop révolutionnaire, ou pas assez, je signale cet article paru le même jour que le mien et vu le lendemain :

C’est ce à quoi pensent le Shift project comme la Société des ingénieurs de l’automobile, qui invitent tous deux à arrêter de fabriquer des grosses voitures, fussent-elles électriques, et à revenir à ce qui correspond aux usages réels. Le 4 décembre 25, lors d’une conférence tenue à l’ESTACA de Laval, ils ont montré que pour eux la voiture d’aujourd’hui est trop grosse, trop rapide, trop chère. En plus elle est au repos 93% du temps. 95 % des déplacements peuvent se faire en petite auto, une catégorie inventée sous le nom de POPcar que les ingénieurs voudraient voir officialisée, comme c’était le cas dans les années 60. Elle coûterait 12 000 € au maximum et faciliterait la réindustrialisation de la France aussi bien que les grosses voitures. Même l’électrification y serait beaucoup moins chère. 

A titre d’exemple les ingénieurs citent le Japon dont 40% du parc automobile est constitué de Kei-Cars, petites voitures. Leur autonomie est à la taille de leurs besoins, 100 à 150 km. C’est ce que Stellantis appelle un véhicule juste. Leur AMI est faite d’une structure tubulaire, et les parois de plastique. Leurs clients ne rechargent en général qu’une fois par semaine.

Je me dois de rappeler également l’Oeuf électrique de Paul Arzens, un petit véhicule présent dans la circulation depuis 1942 et dont la présentation en video vient de nous être ressortie par Gabriel Plassat, monsieur Véhicules Intermédiaires à l’ADEME.

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Si tout cela ne dit pas que l’électricité est écologique, cela dit au moins que 95% des trajets n’ont pas besoin de SUV et pourraient être faits en petite auto à bien moindre impact. Mais cela ne semble pas rentrer pas dans les ambitions gouvernementales.

Si vous lisez Aurélien Bigo vous verrez que la voiture électrique n’est nullement « écologique ».

👉 Les batteries concentrent 40 % du bilan carbone des VEs et utilisent des métaux critiques.

👉 Alors qu’il y a eu de forts progrès sur les batteries (densité, bilan carbone, prix…), ils ont aussi été compensés par une capacité en hausse (effet rebond).

👉 En Europe, la capacité moyenne des batteries de VEs neuves a doublé en 10 ans, de 35 à 70 kWh.

Lisez ça et le reste dans Faut-il arrêter la course à l’autonomie des voitures électriques ? de Aurélien Bigo sur Linkedin. 

Le Gouvernement a tout faux, doublement tout faux.
Sur la taille, et sur l’électricité.

L’Etat ferait mieux de favoriser les petites voitures, elles ouvrent le chemin pour les véhicules intermédiaires, le vélo, la marche.

La Tribune, le 22 décembre, nous informait que

Bruxelles remet en cause le projet de mini-Citroën à moins de 15 000 euros. Les mesures automobiles annoncées mi-décembre par la Commission viennent contrecarrer le projet Eurocar, un mini-modèle pas cher de 3,50 mètres de long. A ce stade, aucune mesure européenne n’est prévue pour soutenir des tout petits véhicules d’entrée de gamme.

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Promeneur
1 mois

Il est facile de produire une grosse voiture électrique qui soit l’équivalent d’une grosse thermique. Il y a la place pour une grosse batterie. En plus la marge est grosse.
Par contre construire une petite électrique qui soit l’équivalent d’une petite thermique comme la Dacia Sandero à 13000 € qui est à la fois une voiture de ville mais aussi une routière capable de parcourir de grandes distances, est impossible. Car la batterie nécessaire est trop grosse et trop chère.
Une petite électrique avec 150 Km d’autonomie, ça s’appelle une seconde voiture. ça ne répond pas à la demande de la plupart des ménages au revenus modeste qui veulent les capacités (ville+route) d’une Dacia Sandero.
Ce qu’il faut c’est une voiture, non pas avec traction hybride, très chère, mais juste une traction électrique alimenté par une batterie garantissant 150 Km d’autonomie et un générateur électrique qui prend le relai pour les 5 fois dans l’année où il est nécessaire de faire une grande distance. Ce générateur électrique est mu par un moteur thermique. C’est ce qu’on appelle un prolongateur d’autonomie. En plus pas besoin de boîte de vitesse. Bref une solution beaucoup moins chère.

Promeneur
1 mois

La critique du coté non écologique et durable de la voiture électrique n’est pas recevable. Nous devons choisir entre plusieurs solutions qui ont toutes des effets secondaires, celle qui produit le moins de CO2. L’électrique est gagnante si le but est d’éviter le réchauffement climatique. Le réchauffement climatique a des effets secondaires monstrueusement plus grands que la voiture électrique. Il faut hiérarchiser les effets secondaires.

Vincent
1 mois

À cause des contraintes européennes, les subventions françaises finissent en fait par financer des constructeurs étrangers ailleurs en Europe, notamment les constructeurs chinois qui y ouvrent des usines pour contourner les droits de douane.
Et l’État français rechigne d’autant moins à subventionner … que la patate chaude est à présent passée aux énergéticiens via les CEE payés in fine par les consommateurs dans leurs factures d’énergie, CEE qui sont sans cesse présentés comme ne coûtant rien.

Monique
1 mois

L’électricité, ce sont aussi des centrales nucléaires qui réchauffent l’eau des rivières et dont les déchets empoisonnent les sous-sols, entre autres nuisances.

mhareng
1 mois

Merci Isabelle pour ce rappel, contrepoids au matraquage médiatique en faveur des véhicules électriques. Merci pour ta référence aux articles d’Aurélien Bigo.

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