En France le vélo survit mais n’a pas joué de rôle aux Municipales

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par | Avr 23, 2026 | Actualités | 1 commentaire

Il est des absences qui pèsent plus lourd que des annonces. C’est le cas du vélo, souvent, parfois rattrapé in-extremis. Un tour du côté du Gouvernement, des Régions normande et francilienne, de quelques communes d’après élections municipales. 

(1) Le vélo en situation difficile au Parlement comme dans certaines Régions

Dans la Loi‑cadre Transports présentée le 11 février 26, le vélo et la marche disparaissent du champ budgétaire national, écrivait Crystelle Cubaud, présidente de l’AF3V.  

Lors de leur audition au Sénat, le 26 mars, la Fub et le réseau Vélo et marche avaient défendu la nécessité d’y intégrer la marche, le vélo et le maillage cyclable comme un objectif à part entière, au même titre que les transports ferroviaires, routiers, fluviaux et portuaires. La question des gares routières avait également été abordée, afin de prévoir une bonne desserte à pied et à vélo, ainsi que des places de stationnement pour les vélos.

Les échanges au cours de cette audition ont également porté sur l’article 21 de cette loi-cadre, qui favorise le développement des voies cyclables en élargissant la liste des aménagements éligibles dans le cadre d’une réalisation ou rénovation des voies urbaines. Un dispositif qui s’accorde aux réalités des collectivités, en leur accordant une souplesse nécessaire.

Finalement le Sénat y remet la cyclo-logistique grâce à un amendement trans-partisan défendu par les sénateurs des Groupes Socialiste, Ecologistes et Républicains dont Franck Dhersin, Sébastien Fagnen et Olivier Jacquin. Il devra ensuite passer le filtre de l’Assemblée Nationale le 28 avril

Le fonds vert, lui, vient de réapparaître et n’a de durée programmée que de trois ans. Il peut co-financer des études sur le potentiel de la marche et du vélo localement si l’on créé des aménagements cyclables, ainsi que
– des études de zones de circulations apaisées et de développement de services
– des aménagements de voirie et de stationnement pour développer l’usage de la marche ;
– une offre de prêt-location de vélos.

L’État ne consacre que 8 % de son budget à la transition écologique, selon un chiffrage du Réseau action climat (RAC) dévoilé par La Tribune le 17 avril. Le journal se demande si ce budget allait encore fondre au bénéfice de la guerre au Moyen-Orient, alors qu’il n’est déjà pas suffisant.

Il s’agit d’une stabilisation du financement de l’État dans la transition écologique depuis 2021. Entre deux, il y a eu le rapport Pisani-Ferry / Mahfouz, la planification écologique. En outre, l’échéance de 2030 pour réussir les objectifs de la France en matière de neutralité carbone approche à grands pas.

Émeline Notari, responsable financements de la transition écologique au RAC.  La Tribune, 17 avril 2026

Dans La Tribune, le 17 avril, je relève aussi que le coût du réchauffement climatique pourrait « être six fois plus élevé que  prévu », selon le Français Adrien Bilal, professeur d’économie à l’université de Standford en Californie.

🌻 Les budgets de l’Etat, sauvés de justesse, restent très insuffisants.

Le contrat de plan inter-régional Ile-de-France – Normandie oublie la véloroute qui les relie

Dans leur projet de contrat de plan inter-régional (CPIER) Ile-de-France – Normandie, portant le titre de  « Pour une vallée de la Seine décarbonée », on trouve trois axes : (1) Aménager la vallée de la Seine à l’aune des transitions, (2) Accélérer les transformations des mobilités, poursuivre la décarbonation et l’accompagnement des mutations économiques, et (3) Valoriser le patrimoine naturel, culturel et historique.
85 % des dotations sont prévues pour les infrastructures portuaires, fluviales et ferroviaires. Le calendrier est flou (signé en 2025, il concerne la période 2023-2027), les principaux projets ne sont même pas décrits, il comporte de grosses lacunes, en particulier sur les déplacements, et s’appuie sur des documents périmés. Avec tout ça l’Autorité environnementale ne fait pas non plus preuve de vigilance, elle se contente de déplorer qu’un bilan du précédent contrat n’ait pas été fait, et dresse la liste de ce qui lui paraît important, biodiversité, couloirs écologiques, réduction des émissions de GES du transport, grâce au report modal, décarbonation, économie circulaire, réduction de l’artificialisation des sols dans le développement des activités portuaires, logistiques et industrielles … 

En Ile-de-France 7 véloroutes ont failli passer à la trappe

En Ile-de-France le nouveau SDRIF-E, adopté le 11 septembre 2024, ne mentionnait que très marginalement les différentes véloroutes existantes ou en projet qui traversent la région. Elles sont pourtant toutes inscrites au Schéma national des véloroutes publié, avec une carte, au Journal officiel. Aucun document de planification ni de contractualisation d’échelle régionale n’en confirmait l’existence et ne soutenait leur mise en œuvre. 
Pourtant sur le terrain elles sont sept, et ne sont pas invisibles : la Scandibérique (EuroVélo 3, route de Saint-Jacques), l’Avenue verte Londres-Paris (V16), la Véloroute du Nord (V32), la Véloscénie (V40, route du Mont-saint-Michel), l’itinéraire Paris-Strasbourg (V52),le Chemin des flotteurs (V55) à l’est de Montereau le long de l’Yonne, et la Seine à Vélo (V33, amont et aval). 

De véloroute de la Seine point de trace à l’horizon, comme pour les axes plus avancés. Ni dans le CPIER ni dans le SDRIF. Partout on parle de ferroviaire, desserte portuaire, y compris multi-modale. Tout cela met en pétard le Collectif associatif « Vallée de la Seine à vélo – de la source à la mer ». C’est bien la peine que François Philizot se soit donné tant de mal

Or dès septembre 2025 le Conseil régional approuvait son Plan de mobilités à l’horizon 2030, comprenant l’ambition de « Achever les sept itinéraires cyclables Véloroutes » et « achever le réseau de véloroutes et d’augmenter sa fréquentation ». 

En décembre 2025 la Région a lancé un nouveau et très ambitieux système de location de vélos, et lors de sa présentation, la présidente Valérie Pécresse fait un discours passionné au sujet du vélo !


🌼 En île-de-France la cause n’est pas perdue ! 

Pourtant l’Etat encourage les Régions à négliger les cyclistes, en particulier dans les trains. 

Le 21 février 2026 un décret a laissé aux régions la liberté de choisir combien de vélos elles acceptaient dans les TER. Jusqu’ici cela avait été tous les vélos sans exception sauf le manque de place, puis minimum 6, dans la LOM (2019) qui se traduisaient bien sûr par 6 mais correspondait à une directive européenne.
Le problème c’est les Régions qui en profiteraient pour accepter moins de vélos, ou même pas du tout. Le problème c’est aussi leur nouvelle manie de faire réserver, ce que je ne décris pas une fois de plus. C’est écraser une mouche avec un marteau, comme dit le Collectif des usagers des transports du Haut-Allier.

Pour un pays qui a l’ambition de devenir la première destination mondiale pour le tourisme à vélo, c’est pour le moins fâcheux fait remarquer la Fub. Dans un contexte de décarbonation, notre défi collectif est de créer un système alternatif, crédible et désirable, à la voiture … dit-elle encore.

🌺 L’Etat a perdu tout pouvoir mobilisateur sur les questions environnementales.

(2) Si l’intérêt porté au vélo est fragile aux niveaux supérieurs, qu’en est-il au niveau des municipalités, particulièrement pendant la récente campagne électorale ?

Deux médias en ligne, parmi ceux que j’ai consulté récemment, m’ont troublée. Ils expliquent que le vélo a eu un rôle prépondérant dans le succès du nouveau maire de Paris, Lyon ou Grenoble, et dans l’échec de l’ancien à Bordeaux ou Strasbourg. Cela n’est pas du tout mon analyse. Pour moi le vélo n’a joué aucun rôle dans ces élections, et faire croire autre chose me paraît n’avoir aucun intérêt stratégique sauf celui de faire plaisir à ses lecteurs-clients ou de se bercer d’illusions.

A l’issue des élections municipales des journaux diverses annoncent que c’est le vélo qui a fait gagner. Il faut dire que la spectaculaire descente à vélib du nouveau maire de Paris a fait le tour du monde. Cela ne figurait pas dans son programme et la veille à midi ce n’était même pas imaginé. 

🚲 Citycle, un media adossé à un magasin en ligne, y va fort et s’adapte au fur et à mesure. 

« Paris confirme sa mutation profonde en faveur du vélo, lors des municipales 2026. » et aurait « massivement investi dans le vélopolitain » (un réseau structurant calqué sur les lignes de métro, conçu pour traverser la capitale de part en part sans jamais quitter une voie protégée.) En réalité la mutation, bien réelle, date par définition d’avant les municipales, et le « vélopolitain », dans Paris, a été abandonné avant même de commencer à être construit. Il avance assez bien en banlieue et dans la région. Ce qui reste vrai, c’est les 130 km de pistes séparées et la piétonnisation des abords « de centaines d’écoles ». 

Le media en ligne vante ensuite Grenoble et Chambéry, à juste titre me semble-t-il, et prétend que cela leur a donné « un socle électoral solide ». Tu parles, si c’était si simple ! D’ailleurs ensuite pour Strasbourg, dont la maire a changé, il a fallu trouver une explication, ce sera celui de l’usure. Cependant il est sans doute juste de relever que « en focalisant les budgets sur ces projets neufs et spectaculaires, la ville a laissé vieillir son réseau historique. ». Pour Bordeaux ce serait la question du stationnement automobile qui aurait fait perdre (de très peu) la mairie à Pierre Hurmic.  

Et rebondissement rédactionnel, ce qui suit indique qu’une piste cyclable ne suffit plus à gagner une élection. L’électeur exige désormais des services, stationnement sécurisé, « modularité » train – vélo … Le maillage des abri-vélos aurait fait la réélection grenobloise (et une partie du fond de commerce du propriétaire). 

L’article est ici : Municipales 2026 : Comment Le Vélo Fait-Il Gagner Les Élections ?

🚲

Une lettre associative belge publie également sur les municipales françaises, en posant une question : Les politiques en faveur du vélo sont-elles récompensées dans les urnes ?

« Malgré de nombreuses campagnes de dénigrement, les choix politiques en faveur du vélo ont, semble-t-il, convaincu l’électeur parisien lors des dernières élections municipales. Et si les majorités silencieuses (de Paris ou d’ailleurs) étaient en fait demandeuses d’une mobilité plus durable? »
Désolée les amis, la question est juste, mais pas la phrase qui la précède, ou au moins pas autant.


L’article démarre sur la descente à vélo vers l’Hôtel-de-Ville, dont j’ai dit tout le bien que j’en pense, mais qui n’a été décidée qu’après la victoire acquise. Il continue par la fermeture des quais de la Seine aux autos, dont il me faut préciser que cela a bénéficié aux piétons avant tout, surtout avides de troquets et restaus, et que ses premiers effets commencent à être anciens.

Il est vrai que Grégoire a été largement élu, mais il faut aussi l’attribuer à d’autres facteurs : la politique de plantations d’arbres, les rues aux écoles, la politique du logement social, et peut-être bien le second tour où une partie de l’électorat de droite n’a pas voté à droite … En conclusion, pour cette association « Il n’empêche. En affichant sa volonté de poursuivre les aménagements cyclables de sa prédécesseure, il a obtenu un score sans appel. » Et bien moi je ne vois pas de cause à effet, d’autant qu’il n’a guère parlé de vélo pendant sa campagne.

Pour Lyon l’article semble plus proche de la réalité, « le succès, certes serré, de Grégory Doucet qui aura défendu tout au long de la campagne son mandat en faveur du vélo (mise en chantier des voies lyonnaises, végétalisation et piétonisation du centre-ville) » «  prouve également qu’une campagne orientée vers une ville plus résiliente et une mobilité apaisée est un pari payant. » ce qui ne prouve rien du tout. Hurmic aussi était écologiste, tout comme 5 maires écologistes non-reconduits, à Besançon, Strasbourg, Poitiers, Annecy et Colombes (banlieue parisienne). 

Lire l’article de AVello en entier
et lire aussi :

Le parti au tournesol a certes réussi à conserver Lyon, Grenoble et Tours et à remporter Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), Villepinte et Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Mais il a aussi perdu six villes conquises en 2020 : Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Poitiers, Annecy et Colombes (Hauts-de-Seine). Sans parler de la Métropole de Lyon, passée chez Les Républicains, une configuration qui va compliquer la tâche du maire écologiste, Grégory Doucet, qui a été, lui, reconduit. Ou de Bègles, dont Noël Mamère fut maire de 1989 à 2017 et restée depuis aux mains des écologistes, ravie par un candidat sans étiquette.
Le Monde, 26 mars 2026

Explications de vote. A Paris « l’appel au changement » de Mme Dati n’a pas convaincu, quant aux maires d’arrondissement ils ont peu changé. A Bordeaux il y avait 7 listes de gauche au premier tour, ce qui renforçait mécaniquement le risque de perdre, et Pierre Hurmic parlait de valeurs humanistes, écologistes et de solidarité. Ailleurs en France le RN est souvent réélu là où il l’était déjà, tandis que les Verts ont résisté, uniquement grâce à des alliances. A peine élu maire de Paris Emmanuel Grégoire a dit que sa « feuille de route » initiale porterait sur le périscolaire, les frais de représentation, ses déplacements à vélo ou en métro, et sur ce qu’il appelle l’hyper-proximité. Entre les deux tours il parlait de logement, de pouvoir d’achat, d’écologie, de principes républicains. Le soutien que lui a apporté l’ancien maire Bertrand Delanoë peut aussi avoir conforté un nombre non négligeable d’électeurs.

🌸

De vélo, décidément, pas grand’chose.

🚲 Pour conclure

Un candidat qui n’aurait que le vélo dans son programme n’aurait pas beaucoup de chances d’être élu. Il y a des élus pro-vélo qui sont remplacés par des pro-bagnole (Besançon, comme nous dit Adrien en commentaire), d’autres qui veulent fermer un tunnel cycliste (Nice) ou annuler une piste délabrée sans en proposer une autre (Rocquencourt), il y a même des élus très « anti-vélo » qui sont remplacés par des encore plus pro-auto (le cas de Saint-Avold, cité par Michèle, courte vidéo à l’appui ci-dessous) !!! Anti ou pro-vélo, rien ne s’est opposé à leur élection ou à leur échec.
Le responsable de la lettre de AVello me précise : « Nous avons privilégié l’hypothèse crédible de dire que mener des politiques en faveur du vélo était un bon pari politique. Souvent décriées dans les médias et sur les réseaux sociaux, les politiques vélo à Paris ont vraisemblablement offert aux Parisien·ne·s une vision d’une mobilité plus souhaitable pour les années à venir. Aucune marche arrière n’a en tout cas été plébiscitée dans les urnes. » Ce à quoi je lui répond qu’une hypothèse ne fait pas une preuve, et que si, en effet, il n’y a pas eu « plébiscite » sur la candidate de Droite, la cause est « probablement » à chercher ailleurs que dans le vélo, comme je l’indiquais.

Lendemain d’élection à Saint-Avold

Les résultats des élections municipales de 2026 sont sur le site du ministère de l’Intérieur.

🌸 Peut-on dire qu’il y a un lien entre le fait que le vélo n’ai pas été soutenu par le Gouvernement et le fait qu’il n’a pas vraiment joué de rôle dans les élections municipales ? 🌺 🌼 Pour ma part je ne pense pas. Je pense plutôt que le vélo est devenu banal, ou toujours aussi « inexistant » dans certains cas.


28 avril : Le nouvel adjoint parisien à la voirie, Dan Lert, a déclaré hier :

80 cœurs piétons : c’est notre engagement pour cette mandature, pour permettre aux parisiens et parisiennes de tous les arrondissements de bénéficier d’espaces apaisés, où la pollution de l’air est réduite, et où tout le monde peut circuler en toute sécurité 🚸🧑‍🧑‍🧒‍🧒
La piétonisation sera une priorité pendant ce mandat ! 👷‍♂️💪

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C’était d’ailleurs le premier engagement du candidat Emmanuel Grégoire, enregistré par le collectif Vélo en Ile-de-France ! (Il est suivi par 25 autres, plus marqués par le vélo.)

Alors,

 « Paris confirme sa mutation profonde en faveur du vélo« ,
« les choix politiques en faveur du vélo ont, semble-t-il, convaincu l’électeur »
… Ah bon ? Seul l’avenir le dira.

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Tissot
2 jours

Chez moi en Alsace, la Voie Verte (« VV31 ») est abandonnée depuis des lustres. Et pour cause, tous les trois km la voie change d’exploitation, tantôt les communes, tantôt les communautés et personne ne se sent engagé lorsque les racines affleurent le sol ou lorsqu’un exploitant agricole implante une canalisation d’irrigation ou dégrade le revêtement. Le vélo est un parent pauvre de la mobilité au plan alsacien.

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