Baromètre des villes cyclables : une mine d’informations

Les résultats de la première édition du baromètre lancé par la Fub ne créent pas la surprise. En revanche ce baromètre est un outil formidable de diagnostic et de mise en perspective que chacun peut s’approprier. Certains élus en ont déjà tiré les conséquences !
Les principaux résultats, avec un guide d’exploration. Complété le 22 à 17 h.

Une mesure de l’avis des citoyens,
et rien d’autre, ou presque

Le baromètre des villes cyclables, présenté le 16 mars 2018 à Lyon, mesure ce que pensent et ce qu’attendent les citoyens, qu’ils soient jeunes ou vieux, récents ou anciens dans la ville, néo-cyclistes ou vieux routiers, ou même non-cyclistes (8% des répondants). De plus il est déclaratif. Ceci nous avait été bien expliqué par Patrice1, en charge des aspects méthodologiques du Baromètre, et ceci est conforme au modèle allemand dont s’est inspirée la Fub.
L’initiative est venue de la jeune association Paris en Selle, dont on a vu le président assurer la présentation des résultats sur la scène de Lyon. 6 personnes au moins ont activement travaillé sur l’enquête, dont un salarié à temps plein.

Il ne faut pas lire les résultats comme telle ville est plus cyclable que telle autre,
mais comme les cyclistes de cette ville en sont plus contents que ceux de telle autre ville.
On parle d’un bon climat si celui-ci est apprécié par la population. 

De 20 à 30 000 habitants.
Moins de 20 000 habitants.

Autant Sceaux est connue pour ses DSC et des passe-partout généralisés et Belfort pour ses pistes très confortables et sa traversée par l’EV6, autant il se dit, pour d’autres communes, que le résultat proviendrait plus de certaines complaisances. C’est le risque du “déclaratif”.
Plus la participation est importante (en nombre de réponses pour 1000 hab), plus les résultats sont “sûrs”. La Fub donne pour exemple la commune de Brax, dans la périphérie de Toulouse, où les 123 répondants représentent plus de 4% de la population communale!

Des arrangements “avec le maire qui est si gentil” il peut y en avoir eu, mais cela ne durera pas. Plus étonnant est le fait que les résultats aient été présentés comme un palmarès alors qu’ils sont un baromètre ; comme la mesure de la réalité alors qu’ils sont celle de l’opinion. Et ce d’autant qu’on nous a bien rappelé que plus on en fait, plus les électeurs peuvent en vouloir…

Quoi qu’il en soit, plus de 100 000 personnes ont répondu à cette première enquête. C’est plus que ce qu’obtient l’Allemagne, comme nous l’avait montré Hans Kremers2. Pour cela les associations de la Fub ont souvent joué un rôle important, distribuant des tracts dans la rue ou diffusant l’information dans les réseaux sociaux…

316 communes ont été évaluées, avec des taux de participation très variables. En tête de la participation des grandes villes on a Lille, Nantes et Lyon; Nice, Marseille et Paris sont en queue. Il manque évidemment de nombreuses communes, qui sans doute se réveilleront pour la seconde édition. Près de la moitié des répondants sont plutôt jeunes (25 – 44 ans), donc ayant probablement peu pratiqué le vélo dans leur enfance, et largement plus de la moitié est masculine. A Paris, 42% des répondants ont entre 25 et 34 ans, et 60 % sont masculins, tandis qu’à Arras ce sont 42% de femmes et des répondants plus âgés. Ni Paris ni Arras n’atteignent la moyenne, dans aucun thème. Normalement la structure des répondants joue un rôle dans les résultats.

Pour chaque commune vous verrez les caractéristiques des répondants (proportion d’hommes, fréquences de pratique, niveau d’aisance à vélo etc. ). Vous pourrez aussi comparer les communes en fonction des réponses aux 27 critères d’appréciation, et en fonction des demandes exprimées, par exemple limiter le trafic motorisé, créer des itinéraires directs et rapides, de la communication, etc.

Le climat du vélo.

Les résultats——————————-
Les villes ont été classées par taille, ce qui, par effet de seuil, fait de drôles de cohabitations. La Flèche se retrouve première ex-aequo avec Sceaux, Belfort et Olivet sont secondes ex-aequo Des grandes (par exemple Belfort) se retrouvent avec des beaucoup plus petites (Illkirch). Ce qui frappe aussi c’est que certains « lauréats » n’ont jamais donné l’impression aux visiteurs d’être très cyclables, mais ont sans doute des associations ou clubs très fans, alors que pour d’autres le résultat est conforme à nos propres souvenirs. Enfin il faut souligner que pas mal de communes de banlieue auront émergé, mais l’aspect sociologique (communes “riches” / “pauvres”, ou populaires/bourgeoises) ne semble pas avoir été pris en compte. Peut-être des commentateurs y penseront-ils.

Les communes rurales sont fort peu représentées, alors qu’elles ont signé la déclaration Territoires à vélo proposée par les DRC. Leur représentant a fait remarquer qu’il y avait en France 10 000 communes de moins de 3600 habitants, soit 98% des communes et 61 % de la population. De plus 80% des communes traversées par les véloroutes sont rurales.  Pour la prochaine édition la Fub comptera sur le soutien de l’Association des maires ruraux de France pour diffuser l’information à son réseau. Elle espère au moins y doubler les réponses.

De 50 à 100 000 habitants.

Sur le site vous verrez des cartes donnant les résultats par région. N’y apparaissent que les communes ayant eu assez de réponses (50 minimum) pour que cela soit significatif. Les communes les plus appréciées par leurs cyclistes sont en vert, la taille du cercle reflétant le nombre d’habitants.

  • Les grandes villes comme Metz, Lille, Tours, Rennes, Dijon, Besançon, Lyon ou Paris ont toutes des résultats mitigés.
  • 69% des villes ont reçu un avis défavorable (de plutôt à très).
  • Seules 21 villes, sur 316 classées, ont obtenu la moyenne, parmi lesquelles quelques habituées des podium comme Strasbourg. Il y a une certaine justice, leurs efforts sont appréciés, ce qui ne fait pas pour autant de la France un pays très cyclable.
  • Aucune commune n’atteint la mention A+ : excellent, ni mêmeAtrès favorable.
  • Certaines régions comptent très peu de communes favorablesB: PACA (Grasse, Mouans-Sartoux et Cagnes), Occitanie (1 seule “plutôt” favorableC-, Marseillan, et 5 moyennementD), Petite-couronne parisienne (1 plutôt favorableC, 2 moyennementD-) …
  • Les demandes les plus citées sont un réseau complet et sans couture (79%),
    Plus de 200 000 habitants.

    des itinéraires rapides et directs (52%), l’entretien du patrimoine (34%), du stationnement (31%) et la limitation du trafic motorisé (31%). 92% trouvent qu’ils ne sont pas respectés par les automobilistes, 80% pensent qu’il vaut mieux être séparés des automobilistes, ce qui est proche de l’avis des non-cyclistes, qui expriment un sentiment d’insécurité et demandent plus d’aménagements. Autant d’indices sur la perception qu’ont les citoyens de leur territoire.

  • Je remarque qu’une bonne appréciation n’est pas forcément corrélée avec le nombre de pistes cyclables mais également avec une ambiance générale.
De 100 à 200 000 habitants.

Quelques bizarreries : 

  • Dans le classement des enseignements par région, on verra que Reims est pire que Nancy et Troyes et que Strasbourg est bien au-dessus de Schiltigheim, pourtant dans la même communauté.
  • Les trois meilleures villes des Hauts-de-France sont Neuchâtel-Hardelot (3800 habitants l’hiver, 1550 résidences permanentes, 3370 résidences secondaires), dotée d’une piste cyclable sur le littoral, Douai, Villeneuve-d’Ascq.
  • La Flèche, petite commune au bord du Loir, est dans la moyenne sur presque tous les sujets, mais le doit-elle à sa voie verte, 45 km dans la campagne jusqu’à Aubigné? à ses pistes et bandes? à sa piste de 1,5 km jusqu’à la base de loisirs? Elle a reçu en 2015 le label « Ville et territoire vélotouristiques » de la FFCT qui distingue des communes favorables au cyclotourisme sportif, selon ce qu’écrit l’auteur de sa fiche wikipedia (dernière modification de la page le 18 mars 2018 à 22:21 !). En tous cas le site de la ville en parle déjà, citant les appuis pour vélo et laissant apercevoir un tourne-à-droite sur une photo.

 

27 critères pour chaque commune.

Une base de données unique ————–
L’usage qui est fait du vélo, le respect des cyclistes par les motorisés, la sécurité sur les grands axes, les endroits les plus problématiques… les résultats de ce baromètre sont une mine d’enseignements sur les attentes des répondants. 
Il faudra en tenir compte et comprendre ce que cela signifie, a-t-on commenté. Etudier les résultats et les cartographier, déjà, comme a fait Montreuil.

Comparaisons. Ici sur l’affirmation “Je peux circuler à vélo en sécurité dans les rues résidentielles”.

Les résultats commune par commune, critère par critère, département, etc. sont ici.
Pour choisir une commune, partir de Résumé ou de Note détaillée, puis aller à l’onglet « choisir une commune » à droite.

Chaque ville peut se comparer avec ses voisines ou n’importe quelle autre ville.

Des résultats qui commencent déjà à provoquer des réactions
Plusieurs villes classées mauvaises ou très mauvaises ont déjà réagi en promettant de faire mieux. D’autres ont décidé d’utiliser les résultats comme premier diagnostic, pendant que les associations comparent leurs villes entre elles. Rouen se découvre ainsi meilleure que Le Havre sur certains points mais pire que Caen et Le Havre sur d’autres. Orléans et Olivet sont passés à la loupe par Jeanne à vélo :  “Toutes ces petites différences dans la structure des répondants peut expliquer en partie la deuxième place ex-aequo obtenue par Olivet dans la catégorie des villes de 20000 à 50000 habitants. Un peu moins de vélo utilitaire – de vélotaf – pour un  peu plus de vélo loisir.” C’est exactement la bonne question, et cela montre aussi que les résultats ne sont pas à prendre au pied de la lettre.

Comparaison des notes. Le Havre, Caen et Rouen n’ont pas les mêmes notes positives.

Si d’autres certainement nombreux sont en train de dépouiller pour ce qui les concerne, certains pensent déjà à l’action : le maire de Houilles annonce un plan vélo, publie deux pages sur le vélo dans le journal municipal, invite l’association au comité vélo d’agglomération. L’adjoint au maire de Caen s’engage à tenir compte des avis recueillis.

Le vélo existe, il occupe l’espace
Il y a un gros résultat pour cette enquête, c’est que, comme l’a noté Jean-Baptiste Germet (1er adjoint, Strasbourg), il n’est désormais plus nécessaire de se compter pour exister, il n’est plus besoin de se justifier pour toute demande d’intérêt.

Est apparu aussi le fait que les cyclistes passent de l’urbain au loisir et vice-et-versa, ou arrivent au vélo par une pratique, puis élargissent leurs pratiques, et que les infrastructures dites de loisir (les voies vertes) doivent donc absolument être de très bonne qualité car elles sont aussi des vecteurs de déplacement entre centre et périphérie, et accessibles à tous, du génie du vélo au traumatisé crânien en fauteuil, du PDG au réfugié, du papi à sa petite fille. C’est même un très bon vecteur de passage d’un usage à l’autre. Cela fait que des communes un peu trop “touristiques” pour être honnêtes (dans ce baromètre) deviendront peut-être des communes à part modale cycliste honorable. Attendons de voir !

  • La prochaine édition aura lieu l’année prochaine, mais à mon avis ce n’est que dans 5 ou 6 ans que l’on pourra commencer à voir des évolutions. Espérons que la loi des Mobilités aura prévu le financement indispensable, et aussi qu’elle exigera des maîtrises d’ouvrage intercommunales comme c’est le cas pour les transports publics.

 

→ Pour voir les résultats détaillés passez par Parlons vélo ou tentez de les trouver directement sur les tableaux publics (utilisez alors le bandeau en haut de la page). Attention, vous allez y passer des heures, les croisements et choix possibles sont multiples !
→ Beaucoup d’autres informations sur twitter, 
#BarometreVelo.
Les résultats et leur présentation sont tellement riches que les analyses pourraient se multiplier. Je ne vous en ai donné qu’un avant-goût.

Préconisations – Thème “Plus de communication autour du vélo”, comparaison des villes de Bretagne.


—Notes—

  1. Voir les commentaires dans l’article comparant les classements de villes pro-vélo en Europe.
  2. Hans Kremers, même article que ci-dessus, février 2018
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5 thoughts on “Baromètre des villes cyclables : une mine d’informations

  1. Habitant d’Olivet, j’ai plaisir à voir ma ville si bien appréciée par les usagers. Aujourd’hui au sein du CESER Centre Val de Loire je viens de lancer un projet de Plan Régional Vélo. Puissent de nombreux décideurs dans nos régions se lancer dans ce sens ! Ainsi le Plan (ou Schéma) National Vélo prendra-t-il réalité sur le terrain. Amitiés cyclables à tous les lecteurs assidus d’Isabelle.

  2. Toutes ces données ont semble-t-il intéressé peu de lecteurs si on en croit le nombre de commentaires… Ou alors on s’abstient. En espérant que les élus répondent sur le terrain.

    • Peut-être parce que les journaux locaux ont donné chacun les résultats pour sa zone? Ou alors parce que dépouiller les résultats depuis le site demande d’y consacrer un certain temps.

  3. Petite précision : l’EV6 ne traverse par Belfort. Elle passe plus à l’est. Par contre, quand on est sur l’EV6 au niveau de Montbéliard, on peut choisir entre continuer sur l’EV6 direction Mulhouse, ou sur la Coulée Verte qui est une autre piste de bonne qualité rejoignant Belfort. Il existe également une piste entre Belfort et Porrentruy (en Suisse) qui croise l’EV6.

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