Mobilités partagées : Comment le capitalisme transforme villes et écologie

Les mobilités partagées : Régulation politique et capitalisme urbain.
Dans cet ouvrage Maxime Huré nous explique comment les mobilité partagées ont transformé le gouvernement des villes, et comment le capitalisme a récupéré les idéaux écologistes. Un ouvrage passionnant et indispensable qui nous montre comment les grandes entreprises ont pris le pouvoir dans nos villes.

Celui ou celle qui commence à s’intéresser aux questions de services urbains s’aperçoit vite que la plupart sont opérés par des entreprises privées, souvent grosses, voire internationales. Cela est vrai pour l’eau, la chaleur, le ramassage des ordures et leur traitement (la construction de bâtiments et les travaux de voirie aussi), les transports publics et même les mobilités partagées. En somme, tout ce qui paraît « écologique » est opéré par le capitalisme.

Ces phénomènes complexes ont transformé l’exercice du pouvoir municipal, et modifié profondément les espaces publics (le chapitre 5 du livre Les mobilités partagées s’intitule d’ailleurs Une nouvelle privatisation de la ville?). Le sous-titre du livre de Maxime Hué, que je vous présente ici, le résume : Régulation politique et capitalisme urbain. 

Maxime Huré explique comment les idéaux libertaires et écologistes se sont transformés jusqu’à être récupérés par le capitalisme, et comment l’interdépendance entre les grandes firmes transnationales et les capitales nationales s’accroît de telle sorte qu’aujourd’hui on puisse parler de capitalisme urbain. 

A partir de La Rochelle pour les vélos, des coopératives pour les autos partagées, on arrive à ce que JCDecaux et des villes comme Lyon, Bruxelles ou Paris soient liés dans le renforcement de leur pouvoir local (cf. les extensions de périmètre renforçant le pouvoir de la ville-centre) et leur notoriété à l’internationnal (les souvenirs de Paris ont été souvent des souvenirs de vélib’). Ils se tiennent par la barbichette. 

L’injonction à la mobilité, dont le Forum Vies Mobiles a si bien parlé1, propre au capitalisme, se pare des vertus de la «mobilité propre».  

Plus récemment les villes ont dû réafirmer leur pouvoir sur les opérateurs des « nouvelles mobilités », qui affichent eux aussi une image de mobilité active, ou écologique. Mes amis parisiens liront notamment avec intérêt le chapitre 7, intitulé Gouverner les mobilités partagées à Paris. Le capitalisme en tension. On y parle de la transition entre les prestataires, mais aussi de « la montée en puissance de l’expertise publique » du temps de JCDecaux, et des changements politiques qui ont induit le changement d’opérateur. On voit aussi quel enjeu représentent les vélos en libre-service dans l’affichage des résultats d’une politique publique du vélo.

C’est un livre tout à fait passionnant pour qui s’intéresse à la mobilité et à sa gouvernance, et pour qui s’intéresse à la chose publique. Un livre qui montre toute l’ambiguïté du capitalisme aux allures écologiques, et des pouvoirs locaux déléguant au « privé » des pouvoirs très importants sur son espace public, au point par exemple que JCDecaux connaissait mieux les réseaux électriques et les mobilités à vélo que la direction de la Voirie de Paris. Le livre décrit aussi les conséquences de tout ça en termes d’inégalités sociales et territoriales, ce qui pose une question que l’on ne peut évacuer facilement.

Ceci est un ouvrage que ne peuvent ignorer tous ceux qui s’impliquent dans ces questions. Les cas de Lyon et de Paris y sont les plus développés, mais Bruxelles ou l’Europe sont également cités. J’ajoute qu’il a beau être écrit par un professeur de l’université… il est bien écrit, c’est-à-dire facile à lire.

Les mobilités partagées
Régulation politique et capitalisme urbain
Maxime Huré
Nouvelle édition, septembre 2019.
Editions de la Sorbonne, 20 €

Maxime Huré est maître de conférences à l’université de Perpignan, chercheur associé à l’Ecole normale supérieure de Lyon, et président de l’association Mobilité-Territoires-Innovation, conseil et recherche.  

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6 réflexions au sujet de “Mobilités partagées : Comment le capitalisme transforme villes et écologie”

  1. Une fois de plus, merci Isabelle.
    Le capitalisme (néolibéral), et l’objectif de l’abandon généralisé de toute forme de gouvernance autre que celle visant le bénéfice (à court terme) d’institutions privées, est la plaie qui relie tous les malheurs planétaires.
    L’échelle de la ville n’est qu’un des étages de la soumission et de l’illusion qui se cache derrière le spectacle de pantins qu’est le monde politique. Sous ce joug, le vélo ne doit être que « vélib », le transport urbain (en cours de privatisation) celui de la vente de billets et des marchés pour vendre Métros et Tramways, la recherche est devenue le Téléthon (piège à c…), l’information c’est Bourse Télévision, Bouygues, Lagardère, LVMH… L’agriculture n’est encouragée que via l’agro-industrie planétaire avec la vente et l’épandage de tonnes de pesticides et, ouvrons les yeux, nos retraites sont actuellement sous la manœuvre de prédation du jeu de la bourse et des fonds de pension…
    Les populations ne sont considérées qu’au titre de moutons à tondre.

    Les politiques de droite, de gauche et d’écologie ne sont que les ramifications du même « Bluff Technologique » dont Jacques Ellul nous avait mis en garde il y a bien des décennies.

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  2. Il faudrait cesser de feindre de découvrir que le capitalisme n’est pas une oeuvre charitable, de croire que la puissance publique serait capable de tout, et commencer à se demander pourquoi celle-ci demeure incapable de correctement gérer l’emploi de prestataires privés dans l’intérêt des citoyens. La gestion des contrats de prestations tels qu’Autolib ou Vélib’ (ce sont loin d’être les seuls) ont révèlé l’incompétence de l’autorité publique qui les a contractés, trop prompte à se soumettre aux promesses alléchantes de son « partenaire » privé et insuffisamment armée pour en contrôler l’avidité.

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  3. Bravo pour l’article. Cela étant on peut toujours mettre tout ce qu’on veut sur le dos du capitalisme, ce qui est commode mais pauvre pour la réflexion. Je pense qu’il s’agit surtout de l’incurie et de l’incompétence des élus locaux et territoriaux qui n’ont rien fait pour empêcher cette situation, se laissant griser par la venue des super puis hypermarchés. Tout comme ils ont favorisé ces zones immondes de hangars partout à la sortie des villes, défigurant notre pays, tout comme ils ont laissé construire des milliers de ronds-points, souvent inutiles, avec les fonds européens qui auraient été plus utiles à lutter contre la désertification des villes, tout comme ils ont laissé fermer les gares SNCF dont ils ont la responsabilité régionale, etc…etc…Bref, même s’il faut reconnaître que si quelques élus se battent contre la désertification des provinces, beaucoup sont inefficaces pour l’intérêt général. Et quand on le leur dit, ils répondent courageusement « c’est de la faute de l’état ». A quoi servent-ils alors ?

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  4. Le capitalisme ne s’occupe que de satisfaire des besoins solvables, y compris les biens et services dits «écologiques» : eau potable, électricité, logements, voirie, transports… Il n’y a aucune raison de laisser des fonctionnaires municipaux faire eux-mêmes ce travail, qu’ils feraient à coup presque sûr moins bien. Aux politiques de faire les bons choix et de prendre les bonnes décisions pour servir l’intérêt général !

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    • Les frais de gestion de la sécurité sociale sont quatre fois inférieurs à ceux des mutuelles. A service supposé équivalent, la santé et l’enseignement représentent une part du PIB pas comparable entre USA et France. Donc affirmer une meilleure efficacité, par principe, du privé sur le publique ne relève que du parti-pris idéologique.

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