Respire demande que les épandages agricoles soient fortement réduits

L’association Respire a déposé hier un référé – liberté sur le lien entre pollution de l’air et coronavirus.

L’association Respire souligne que toutes les mesures permettant de réduire la pollution de l’air sont bonnes à prendre pour freiner la propagation de l’épidémie et aider les patients à lutter. Le lien entre mortalité et pollution de l’air est clairement établi, notamment en cas de troubles respiratoires.

Or, la très forte réduction de l’activité économique, et donc de la circulation, a permis de voir fortement baisser les taux de pollution aérienne. Rappelons que les 4 sources principales en sont la circulation, l’industrie, le chauffage et l’agriculture. 

Pour l’agriculture ce sont les particules fines, ainsi que l’ammoniac, précurseur des particules dites secondaires (créées par réaction chimique). Ces particules secondaires peuvent constituer la composante majoritaire des pics de pollution. 

L’association réclame donc que les épandages, cause majeure de la pollution agricole, soient sinon interdits, du moins réduits à l’essentiel. Que l’on se rassure, certains secteurs du système agricole, parmi les plus rentables, n’ont guère de lien avec l’approvisionnement alimentaire. Les vins du sud-ouest ou les céréales de la Beauce, par exemple, sont des produits d’exportation. 

Ainsi l’association Respire demande à ce que soit reconnue la carence de l’État à réglementer les épandages générateurs d’ammoniac, créant ainsi avec certitude une pollution atmosphérique susceptible d’aggraver l’épidémie de coronavirus. Elle demande au Conseil d’Etat d’enjoindre le Premier ministre, le Ministre de la santé et le Ministre de l’agriculture d’étendre le champ d’application de l’arrêté du 7 avril 2016 (réglementant les épandages lors des épisodes de pics de pollution), pour en faire une application immédiate et durant toute la pandémie. Son avocat est maître Corinne Lepage, avocate spécialisée dans les questions d’environnement, ancienne ministre de l’Environnement à qui nous devons la Loi sur l’Air. 

L’association insiste : tous les secteurs économiques souffrent, il n’y a pas de raison de faire d’exception pour un secteur partiellement non-indispensable.

L’audience a eu lieu jeudi 9 par audio-conférence. La réponse de l’Etat devrait être donnée lundi 13 avril, l’association y répondra, puis la décision finale tombera assez vite car c’est un référé. 

Peut-on voir dans cette action un début de changement vertueux dans le secteur agricole ? On peut l’espérer, mais les pesanteurs peuvent être lourdes. Le préfet de Gironde a déjà retoqué une plainte en ce sens. Pour ma part je verrais bien qu’une procédure équivalente soit lancée contre les automobiles. En période de confinement je me demande bien si tous ces véhicules motorisés correspondent bien à un déplacement indispensable. Car après une première semaine magnifique, bruit et danger reviennent. 

L’association Respire s’est illustrée récemment sur la pollution intérieure des salles de classe ou sur l’accident de l’usine Lubrizol à Rouen. Nous en avons parlé sur ce blog au sujet des outils de mesure de la pollution de l’air à fabriquer soi-même (à condition de savoir le faire) et à transporter avec soi. 

« Un moratoire sur les épandages de pesticides près des habitations est une nécessité sanitaire et morale » selon l’association Nous voulons des coquelicots. Le Monde, 18 avril 2020.

Cette requête a été rejetée le 20 avril. Voir Le Conseil d’Etat a rejeté la requête de Respire.

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