Je suis vraiment désolée, ce numéro hors-série de 200 est très bien, il est même largement au niveau des rares bons ouvrages sur le voyage à vélo que je connaisse. Je suis tiraillée, dans l’un j’ai contribué, dans l’autre je figure, lequel choisir ?
Les deux bien sûr, et aujourd’hui 200. Et d’abord 200 part du début, il sait que vous avez des craintes, il sait que vous voudriez acheter un vélo d’occasion. En langage clair et sans vous brusquer le magazine vous démonte vos idées fausses, et parfois vous invite à changer de boutique. Il vous expliquera aussi comment vous re-familiariser avec le vélo, peut-être même en prenant un vélib’. Chacun peut avoir son idée, je suis d’accord avec presque tout, mais pas à la page 19 où vous apprendrez que j’ai la tête plus solide qu’une bordure de trottoir (jusqu’à preuve du contraire vont-ils dire). J’ai donc la tête dure mais une vérité émerge pourtant de la même page : « Le patron c’est vous » (ce qui veut dire Prenez votre place sur la route).
200 vous prend comme vous êtes
200 ne va pas vous prendre pour les héros que vous n’aviez même pas pensé tenter de devenir. Il vous prend pour ce que vous pouvez être, un lecteur qui débarque dans le monde du vélo. Il prend même le temps de vous expliquer ce qui pourrait vous être utile (il y a même un glossaire qui vous permettra d’avoir l’air initié) et vous prouve que le code de la route ne dit pas que des âneries, contrairement à moi parfois. Vous en ressortirez en sachant qu’un piéton, même distrait, ne mérite pas le sort que vous aurez bien un jour l’envie de lui réserver. 200 vous dira comment devenir un bon cycliste.
Ce 200 ne fait pas tout à fait 200 pages, et il vous fait progresser pas à pas, par exemple jusqu’à la page 141 où il y a un portrait de moi, ce qui m’oblige à être gentille. D’ici là il y en a une quinzaine, d’un genre nouveau (un questionnaire, toujours le même, vite expédié) où tous les âges coexistent, de 31 ans dans le Verdon à 82 à Annecy, et où les réponses sont loin d’être nulles, de celle qui s’est reconvertie en marchande de vélos à celui qui est cycliste depuis tout petit, en passant par le cycliste post-covid. Vous y apprendrez que le voyage à vélo c’est faire comme Montaigne, plus que comme Vélocio (encore un crime), quel que soit votre âge.
Vous comprendrez vite qu’elles (vos premières balades) sont le prolongement de ces instants merveilleux qui vous voient lâcher vos freins intérieurs.
200 vous donne de bons tuyaux
Le journal 200 hors-série numéro 3 vous apprendra bien des choses qu’aucune publication n’a eu l’idée de vous apprendre. Comment faire 100, puis 200, km dans la journée (c’est leur marotte), et aussi pourquoi faire peu de kilomètres, au moins au début, comment rouler sur les grand’routes, même vides, comment prendre les virages en descente si vous souhaitez leur survivre, le tout montré par de très efficaces illustrations.
Vous apprendrez aussi quel braquet choisir (ce que vous appelez « vitesse »), comment faire des réparations de fortune (à lire avant de partir !) et surtout comment faire en sorte de ne pas avoir besoin d’en faire, et sinon trouver une autre solution. Il vous dit à peu près ce que je dis, les rustines auto-collantes ne valent pas grand chose, il faut parfois accepter de faire ce qui paraît être un sacrilège (remonter un pneu à l’aide d’un démonte-pneu, et dans quel sens le faire, 200 vous le dira) … mais les auteurs ne vous parlent que d’axe de pédalier, de dérailleurs et de couronnes, en ignorant les boîtes de vitesse et les pédaliers creux (qui doivent bien porter un nom eux aussi). Finalement … ils ne sont pas si modernes que ça à 200 ? Ils ne vous disent même pas qu’on peut réparer une crevaison sans démonter la roue, ce qui avec un dérailleur est précieux, et oh combien aussi avec une boîte de vitesse dans le moyeu … C’est Gérard H. qui m’apprit à réparer sans démonter, c’était dans les années 80 et je sais toujours.
200 vous apprend par où commencer
200 vous montre comment choisir votre vélo (et c’est bien plus difficile pour un d’occasion, ça me démange de vous recopier le journal), et celui de son enfant. La couleur est très importante, certes, mais la solidité du cadre aussi, et difficile à voir, et sa forme et ses trois tailles, et s’il a des oeillets (je cherche à vous perdre). Maintenant vous saurez ce qu’il faut vérifier.
Les auteurs vous montrent aussi quoi et quand manger et comment être vu de loin, ce qui est un gage de sécurité auquel je n’avais jamais pensé. Le transport des vélos en train est bien détaillé, avec des conseils bien pratiques, là un peu comme ailleurs. Enfin on est quand même au vingt-et-unième siècle, le bikepacking, le GPS (quasiment pas un seul mot sur les cartes imprimées !!!) et le gravel finissent la marche, juste avant l’achat d’un bon vélo et quelques images qui nous rappellent les magazines de vélo. Ce n’est pas grave, c’est tout à la fin et ça peut vous apprendre des trucs. Et eux ça peut leur permettre de payer leur loyer, bien qu’ils s’en défendent.


Alors le Manuel du voyage à vélo ou le 200 ? Les deux bien sûr, car s’ils sont tous les deux amicaux et de très bon conseil, 200 peut-être plus pour la pratique du vélo pendant l’année, le manuel de Cyclo-Camping-International ne parlant que de voyage plutôt l’été ou de plusieurs mois et même très loin. Ils sont tous deux complémentaires quand au choix des conseils donnés, leur ton étant très différent, et, de toutes façons le 200 n’est en vente que pendant 3 mois pendant qu’un livre ça tient debout tout seul dans une bibliothèque.
▶️ Pour que je vous dise que les deux sont très bien, il faut vraiment que j’en sois sûre. C’est le cas. Ce n’est pas par gentillesse. Le hors-série numéro 3 de 200 est en vente pour 3 mois, je n’insiste pas.

Avant qu’il y ait internet et tous ces bons journaux, on trouvait bien un adulte ou un ami qui nous prenait en charge. Apprendre à pédaler (la cadence, la cadence !), oser aller plus loin, savoir s’habiller … MERCI à ✝︎ Bruno P. qui m’a appris, entre autres, à monter la côte de Mont-Saint-Aignan avec une main dans la poche … C’était dans les années 70.
200
Hors-série n° 3
162 pages, 8,50 €
Se trouve chez les bons kiosquiers
Merci au cyclo de rencontre, dans l’est lyonnais, qui me dit que je tirais trop grand. Vous ferez 25% de kilomètres en plus avec moins de fatigue, me dit-il. C’est ainsi que ce jour-là je fis plus de 100 km. Ce fut la seule fois de ma vie !!! C’était en 1989.
Tous les renseignements sont sur le site :
Dans le prochain hors-série, en septembre, il n’y aura que des filles. Ça leur apprendra, aux garçons, à nous écouter




