Flécher les véloroutes dans Paris, un engagement oublié depuis plus de vingt ans

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Deux véloroutes nationales partent de Paris. Ce sont Paris – Le Mont-Saint-Michel en passant par Lisieux, et la Seine à vélo, qui mène au Havre et à Honfleur. Une véloroute internationale en part aussi, c’est la Paris – Londres, qui passe par Dieppe, et une la traverse, c’est la Scandibérique (ou route de Saint-Jacques, des pélerins, Eurovéloroute 3), qui part de la Norvège, et dont la partie française est la plus longue du pays avec ses 1680 km. 

Avec les trois premières on se la rejoue Paris – la Normandie, avec la quatrième on magnifie Notre-Dame de Paris, la tour Saint-Jacques et le plus précieux du patrimoine religieux de France, ainsi que la communauté des peuples vivant sur le continent européen.

Combien de pèlerins français et étrangers s’arrêtent à Paris chaque année ? Combien de vélo-touristes s’élancent de Paris vers la Merveille ou vers la mer ? La France est la seconde destination vélotouristique d’Europe. Et même si la question des traversées de ville à l’aveugle est présente sur presque toutes les véloroutes françaises, Paris est la capitale du vélo … A-t-elle le sens de ses responsabilités ?

(Plan Vélo de la Ville de Paris)

Dès les années 2000 l’association CyclotransEurope pose la question du jalonnement des véloroutes au départ du point kilométrique 0.

Plus de 20 ans après, Paris, qui se croit toujours capitale mondiale du vélo, continue à ignorer cette question. Non seulement elle commence à peine à s’occuper de la mise au chaud des vélos pour la nuit, non seulement elle semble avoir abandonné une bonne part de son projet de réseau express (voir le bilan réalisé par l’association pugnace Paris en Selle) mais en plus elle abandonne un jalonnement ancien (et complètement loufoque), sans le remplacer par un jalonnement moderne et efficace. Emmanuel, de Sortir de Paris à Vélo, en faisait dès 2015 une description que je trouve presque charitable. Pourtant montrer c’est déjà faire croire !

Les associatifs se sont décidé en 2019 à poser quelques panneaux, très bien faits, par exemple sur l’axe de la Seine, comme l’expliquait le journal Le Parisien, qui ne devaient être que provisoires. Et bien non. 

Ils ont même été complétés en 2021 par le collectif Réseau vélo Ile-de-France en banlieue et dans Paris pour les axes métropolitains.

Et pourtant ce jalonnement était bien prévu aux deux Plans vélo récents : « Un nouveau jalonnement sera proposé, ainsi qu’une information touristique adaptée » (Paris Capitale du vélo 2020, p. 18).
Cela sera répété au plan vélo suivant (2021 – 2026) : « Inscription dans un réseau et une dynamique métropolitaine et régionale: RER Vélo + Vélopolitain, avec jalonnement spécifique + Réseau cyclable olympique à horizon 24″ (p. 1), « mise en place d’un nouveau jalonnement » (p. 14), « Développement du cyclotourisme, Conditions d’accueil des cyclotouristes, stationnements et consignes, signalétique » (p. 16)… La fin de ce document est assez surprenante, par ailleurs.

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Même pour le tourisme, c’est-à-dire pour des personnes qui ne connaissent pas, il ne reste aujourd’hui que quelques vagues panneaux d’on ne sait quelle époque, et surtout il n’y a rien de continu. Même depuis la tour Saint-Jacques, Notre-Dame ou l’Hôtel de Ville… C’est bien la peine d’adhérer à Vélo&Territoires et aux comités d’itinéraires de la Seine à vélo et de Saint-Jacques, comme nous l’apprenions il y a un peu plus d’un an. Cela s’appelait « être résolument engagé dans la transition écologique du tourisme parisien« . A l’époque nous relevions :

aucune des 3 véloroutes partant de Paris (Paris-Londres, Paris-Le Mont-Saint-Michel et Seine à vélo aval) ou y passant (Scandibérique, c’est-à-dire la route de Saint-Jacques) n’a de jalonnement complet dans sa traversée de Paris, ni encore d’aménagements suffisants bien que le Plan vélo les mentionne à l’occasion. 

Pour le jalonnement, une source bien informée nous indique que le plan est prêt pour les 4 véloroutes et qu’il aurait dû être mis en oeuvre l’an dernier. Maintenant que les Jeux Olympiques approchent on peut craindre que cette affaire tarde encore pas mal.

Paris s’inscrit dans le monde des véloroutes, 20 décembre 22.

Il y en a pourtant qui seraient bien contents. Les vélo-touristes, mais aussi les hôteliers et les commerçants.

C’est pourquoi la délégation francilienne de l’AF3V et CyclotransEurope ont proposé ce jalonnement au budget participatif. Elles viennent également d’écrire à M. David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge du vélo, de la mobilité et des transports. 

Par leur lettre, datée du 27 février 2024, les deux associations lui demandent de faire réaliser une signalétique visible avec des panneaux suffisamment grands assurant une continuité des itinéraires dans Paris. Et tant qu’ils y sont ils suggèrent que les 4 véloroutes disposent d’un «lieu emblématique et central » où les destinations seraient indiquées (Trondheim, Mont-Saint-Michel, Londres, Saint-Jacques de Compostelle, Le Havre). Le point zéro kilométrique devant Notre-Dame leur paraît le mieux, mais ils ne vont plus jusqu’à le dire clairement. Après tout s’il le faut l’Hôtel de Ville serait acceptable, ou la fontaine Saint-Michel ? 

Elles se contentent d’expliquer que ce réseau de véloroutes doit s’intégrer au réseau cyclable urbain tout en s’en distinguant par son type de panneaux. Elles suggèrent de s’inspirer des recommandations du guide technique publié par Vélos et Territoires en avril 2022. Certains d’entre eux ont par ailleurs été faire des prières à Notre-Dame des cyclistes, ça ne peut pas nuire. La chapelle se trouve sur le chemin de Saint-Jacques et vous attend particulièrement chaque lundi de Pentecôte.


Espérons que la Région d’Ile-de-France mette en oeuvre elle aussi son fléchage, les visuels ont été présentés en juin 2023. Si les panneaux franciliens pouvaient servir aux véloroutes le distinguo souhaité d’avec les panneaux « ville » serait tout trouvé. Hélas on peut craindre que ce voeu soit difficile à exaucer.

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promeneur
25 jours

Ces logos ne signifient rien et sont illisibles. Qu’ils mettent des numéros bien gros, bien lisibles comme pour les routes pour les voitures.

Thomas Tours
25 jours

C’est bien connu, les cyclotouristes existent par génération spontanée.
De ce fait, il est totalement inutile de flécher le point zéro (ou les portes de Paris correspondant aux sorties, ou tout autres points pertinents sur les trajets) depuis les grandes gares parisiennes.
De toute façon, vélo et train en France, c’est le couple « Je t’aime, moi non plus. »

Adrien
16 jours

Ça, c’est un truc que je n’ai jamais compris. Il est pourtant évident que c’est en milieu urbain qu’on a le plus besoin de véloroutes jalonnées.
À la campagne, quand la véloroute est sur une ancienne voie ferrée, le long d’un canal, ou dans les champs, s’il manque un panneau, on arrive à se débrouiller et à retrouver l’itinéraire sans problème.
En ville, s’il faut consulter la carte interactive de l’AF3V sur son smartphone à chaque carrefour (et donc s’arrêter sur le trottoir pour le faire), on risque de faire 20 km par jour même si on a la capacité physique d’en faire 100. Et je n’exagère pas tant que ça.
Je me souviens de l’Avenue Verte, que j’avais suivie juste après avoir été hébergé à Paris par une certaine Isabelle : une fois sorti de Paris, c’était plutôt bien jalonné (sauf à quelques endroits comme Maisons Laffite) mais dans Paris c’était n’importe quoi.

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