Paris s’inscrit dans le monde des véloroutes

La Ville de Paris a décidé de pointer à deux comités d’itinéraire, celui de la Seine à vélo aval et celui de la véloroute de Saint-Jacques. Sur le territoire communal les progrès sont réels pour l’infrastructure, pour le reste on ne voit pas encore grand’chose. 

La Ville de Paris vient de décider de son adhésion, pour la seconde année, à l’Association Vélo&Territoire, qui coordonne 4 comités d’itinéraires de véloroutes françaises, parmi lesquelles la Scandibérique, qui passe à Paris. Elle a, lors du même Conseil de Paris, le 15 décembre 20221, décidé du versement d’une contribution annuelle forfaitaire au Comité régional du Tourisme pour ce même projet.
La Ville, ce même jour, a aussi décidé d’adhérer au comité d’itinéraire de La Seine à vélo aval, dont le Département de l’Eure assure le pilotage et qui commence à Paris.
Ce n’est d’ailleurs pas ça qui mettra la Ville en faillite : 5000 € pour Vélo&Territoires, 10 000 € pour le comité régional du tourisme et 10 000 € pour le Département de l’Eure, soit 25 000 €,  montants qu’on m’assure être dans les habitudes.

Dans l’exposé des motifs des décisions soumises au vote la Ville explique qu’elle s’est « résolument engagée dans la transition écologique du tourisme parisien » et que … 3 épreuves de cyclisme figureront aux Jeux Olympiques… Adhérer à ces deux instances du tourisme à vélo, et contribuer à celle du tourisme en général, est présenté comme un accompagnement de son Plan d’action pour la transition écologique, « s’inscrivant dans les orientations de (sa) stratégie Tourisme 2022 ». 

Et concrètement ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’hôtellerie n’a pas spécialement fait d’efforts pour accueillir les cyclistes et leur vélo2, et que jusqu’ici les vélostations ne prennent que des abonnements au mois… Les auberges de jeunesse, par contre, celle de la porte Bagnolet et celle de la rue Pajol au moins, abritent sans problème les vélos. Le centre international de séjour Kellerman (porte d’Italie) le fait aussi depuis septembre 2003, lorsque les organisateurs avaient cherché des hébergements pour le congrès Velo-city Paris 2003, mais pas celui de la porte de Vincennes. C’est beaucoup mieux que rien, même si cela n’est jamais mentionné sur leur site.

Aucune des 3 véloroutes partant de Paris (Paris-Londres, Paris-Le Mont-Saint-Michel et Seine à vélo aval) ou y passant (Scandibérique, c’est-à-dire la route de Saint-Jacques) n’a de jalonnement complet dans sa traversée de Paris, ni encore d’aménagements suffisants bien que le Plan vélo les mentionne à l’occasion. 

Pour le jalonnement, une source bien informée nous indique que le plan est prêt pour les 4 véloroutes et qu’il aurait dû être mis en oeuvre l’an dernier. Maintenant que les Jeux Olympiques approchent on peut craindre que cette affaire tarde encore pas mal.

Tracé de la véloroute de Saint-Jacques (dite Scandibérique) dans Paris

Pour l’infrastructure, qui s’améliore nettement à l’intérieur des murs de la ville, il est intéressant de s’apercevoir que la Seine à vélo n’est plus sur la Seine à son arrivée à Paris, mais sur le canal Saint-Martin, au nord, faisant perdre aux cyclistes une trentaine de kilomètres à longer la Seine pour une arrivée des plus prestigieuses avec vue sur la tour Eiffel. Le comité de pilotage, coordonné par l’Eure comme indiqué plus haut, ne semble pas s’émouvoir du blocage à Saint-Cloud (le tramway passe au bord de la Seine, dans un tunnel, et la route est trop dangereuse), alors même que, du pont de Saint-Cloud à l’autre bout de Paris, l’aménagement est fait (et est vraiment magnifique) … hormis le franchissement du parc André-Citroën, au sud-ouest, qui est remis, au mieux, au mandat prochain. D’ailleurs en attendant un jalonnement de contournement serait faisable.

Arrivée détournée de la Seine à vélo, pour 2 difficultés

Pour le départ de la véloroute du Mont-Saint-Michel, le guide Chamina parle d’attention, de prudence et de tension dans Paris, bien que l’itinéraire soit rectiligne.
Pour Paris-Londres le guide du même éditeur suggère de ne pas suivre l’itinéraire officiel par le Nord mais de couper par le bois de Boulogne et de rejoindre Nanterre au plus court, éventuellement même par le RER ou le train.
Bref le vélo-tourisme dans Paris ce n’est pas encore tout à fait ça. Pour une « capitale mondiale du vélo » c’est gênant, mais mieux cependant que dans la plupart des villes françaises.

A l’écoute des usagers ? 

Pour la Scandibérique l’association CyclotransEurope (CTE), tout comme l’AF3V3, s’est trouvée exclue du comité d’itinéraire (présidé par la Région d’Ile-de-France) sous le mandat du président socialiste Jean-Paul Huchon, et l’est toujours sous le mandat de l’élue de droite Valérie Pécresse. C’est pourtant CTE qui avait lancé le projet et fait tout l’énorme travail préparatoire, repérages d’itinéraire, contacts politiques et même publication des guides nord et sud (aux éditions Chamina).

Pour la Seine à vélo amont c’est aussi CTE qui a lancé le projet (voir Un congrès fondateur pour la Seine à vélo) et en outre créé un collectif ad hoc4. Celui-ci publiera d’ailleurs dans les prochaines semaines un gros document sur l’état des lieux, assorti de propositions. Et sera exclu du comité d’itinéraire lorsqu’il sera créé ?  

Un appel au concret sur le territoire parisien

Un gros travail attend la Ville de Paris pour être à la hauteur des ambitions qu’elle affiche. En infrastructure, en services et en gouvernance, beaucoup reste à faire. Pointer dans des comités peut faire un peu illusion, mais ne saurait suffire. Un peu comme pour les Jeux-Olympiques pourrais-je demander si je voulais porter malheur … d’autant que « le cyclisme » concerne 3 sites … comme signalé dans la DAE 231, mais un seul se trouve à Paris. Les épreuves de cyclisme sur route se disputeront en vallée de Chevreuse puis traverseront la capitale, nous indiquait-on. Au moins, là, cela ne concerne pas le tourisme, et n’avait rien à faire dans cette délibération.

  1. Sources : Conseil de Paris, 2022 DAE 231, 2022 DAE 230 et 2022 DAE 97 de décembre 2022
  2. Seul l’hôtel du Nord – le Paris vélo, créé fin 2002, affichait une ambition dans ce domaine. Il ne pouvait pourtant pas héberger les vélos. Il a fermé le 31 mai 2022.
  3. AF3V : Association Française des Véloroutes et Voies Vertes, association d’usagers.
  4. Collectif La Seine à vélo de la Source à la Mer.
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5 réflexions au sujet de “Paris s’inscrit dans le monde des véloroutes”

  1. Juste une petite remarque, sous l’illustration du tracé de la Scandibérique, est-il normal de lire : « tracé de la Transibérique dans Paris » ? 😉

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    • Presque… les personnes originaires de la péninsule ibérique sont nombreuses à Paris… mais j’accepte de remplacer par Route des pèlerins, ou par route de Saint-Jacques …

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  2. Merci pour ces informations intéressantes, mais attention à ne pas rajouter de confusion à une situation déjà pas très claire…
    L’EV3, pour l’ECF (qui porte le projet) c’est la Véloroute des Pèlerins, baptisée Scandibérique en France (et seulement en France, par ceux qui ne voulaient pas heurter les défenseurs de la laïcité…).
    Quand à la véloroute « St-Jacques à vélo », c’est —je crois bien — le nom donné à la V41 que certains verraient bien partir de Rouen pour rejoindre Chartres sans passer par Paris, puis qui rejoindrait l’EV3 à Tours et qui s’en écartera à Chatellerault pour passer par Poitiers pour rejoindre Saintes puis Bordeaux…

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    • En effet … n’ajoutons pas à la confusion !!! La véloroute de Saint-Jacques via (Tours ?) est en plus mal nommée car elle continue de s’appeler « via » après qu’on ait dépassé ce « via ».

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  3. Concernant la véloroute Paris-Londres, c’est bien dommage qu’elle ne soit toujours pas jalonnée correctement dans Paris.
    Lorsque je l’avais suivie en 2013, j’avais personnellement tout à fait apprécié le tracé urbain permettant de sortir de Paris puis de sa banlieue nord. Il était très varié et permettait de voir autre chose que ce qu’on voit le long des autres véloroutes. Je ne suis pas d’accord avec la suggestion du guide qui dit de le shunter.
    Mais le problème, déjà à l’époque, c’était le jalonnement. Heureusement que je partais avec une carte, un téléphone mobile, et les conseils avisés d’Isabelle !
    C’est fou de lire que le problème est toujours là, 10 ans plus tard, quand on voit à quelle vitesse certaines autres véloroutes progressent.

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