Faut-il vraiment se former ?

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A la suite des informations récemment données ici sur les formations
de l’ADMA
du Cerema
– de Urbanisme et mobilité
– de l’ambassade du Danemark
et la sempiternelle référence aux Pays-Bas,

me vient forcément la question …
Faut-il vraiment suivre des formations ?


Les Pays-Bas sont un pays de petites et moyennes villes, très proches les unes des autres. Le Danemark est un pays rural, avec beaucoup d’espace de forêt, et quelques villes pas très grandes.

Les Pays-Bas ont un passé commercial et urbain très riche, ce qui nous permet de distinguer campagne / centre-ville, un réseau ferré dense, ce qui nous permet de réfléchir aux questions d’inter-modalité, et des villes neuves ce qui est l’idéal et doit faire réfléchir ceux qui s’intéressent à nos « cités » inavouables (et pour lesquelles un grand programme vient d’être annulé; voir le bilan de l’année 2025).

Le Danemark a des petites villes et un réseau de pistes cyclables en-dehors des centres. Ses centres sont aménagés avec discrétion et efficacité. Ses carrefours aussi, comme aux Pays-Bas. Mais le Danemark est un pays audacieux avec de grands architectes. Le nouveau quartier sud de Copenhague est d’emblée cyclable, et en grand, les passerelles de la capitale sont célèbres. La structure viaire de Odense est réussie et efficace. Il n’y a quasiment pas de chemin de fer au Danemark. Et la tolérance au vélo n’est pas acquise partout.

Les deux pays n’ont rien de comparable avec la France, qui est un pays urbain avec de grands espaces ruraux, montagneux ou forestiers. En France les villes même proches se tournent le dos.

Les trois pays ont un réseau dense de véloroutes, mais celui du Danemark ignore les grands axes, qui restent parfois très hostiles, comme en France. Celui des Pays-Bas a une existence symbiotique avec le réseau de déplacements à vélo et pareil, mieux vaut ne pas aller voir ailleurs. Le réseau routier pour automobiles est très bien aussi …


Voici quelques éléments de comparaison. Aucun des trois pays cités n’a quoi que ce soit de comparable avec l’autre, mais les deux premiers ont des solutions habiles qui peuvent vous inspirer et surtout vous faire prendre conscience de votre timidité. Par pitié ne les copiez pas ! Chaque solution a été élaborée pour là où elle est, là où on en est, et bien souvent vous n’en percevez pas l’essentiel. Les centimètres qui font la différence, les secondes qui changent tout …

Evidemment je ne parle pas ici de la formation de base, ingénieur, urbaniste, docteur en géographie ou en politique publique … Cette formation, qui ne suffit jamais à faire un professionnel, je ne l’ai pas. Je parle ici des formations courtes, souvent à la journée, voire moins, et des voyages d’étude. Je ne dis pas qu’elles sont inutiles, je dis qu’elles ne peuvent pas suffire à faire de vous un expert et que vous devez vous méfier de votre capacité à simplifier. Cela que vous soyez élu ou professionnel diplômé.

J’ai fait toute ma formation à coup de voyages d’études, en France, au Danemark, en Suisse, en Allemagne, et aux Pays-Bas. 9 mois d’abord, uniquement en France, comme au temps des cathédrales. Chaque été ensuite, pendant des années. Plusieurs fois par pays, sous un angle ou un autre. Presque toujours seule, avec un bouquin technique de visite de villes pour les Pays-Bas, avec beaucoup de temps passé à observer, compter, tester, m’imprégner, tenter de comprendre. A rencontrer les précurseurs en France, qui m’avaient tous guidés sur leurs réalisations et m’ont permis de publier de nombreux articles à partir de ces visites. Après tout ça j’ai participé à une semaine de formation en Suisse, exclusivement entre professionnels (c’était une fois par an) où j’ai « tout appris » (mille merci à ✝︎Oskar Balsiger1Oskar Balsiger est décédé à Berne en avril 2024 partagés avec tous ceux qui l’ont croisé), tout formalisé. Et l’essentiel au bout du compte c’est que je n’en garde que quelques images et quelques règles, et que je sais que n’importe où il faut tout inventer. Mais ça au moins je le sais encore !

✝︎Oskar Balsiger est décédé à Berne en avril 2024.

C’est en faisant des exercices que l’on apprend. J’ai, bien plus tard, participé à de nombreuses visites, notamment en Suisse avec l’association Rue de l’Avenir. Merveilleux ! Merveilleux parce que, systématiquement, j’arrive la veille et fait ma propre visite. Observation, tests, aller-retour, photos … et quand j’ai tout vu vient la visite. C’est là qu’arrivent les explications. Il faut voir par soi-même, sans intermédiaire. Puis compléter. Enfin j’ai lu quelques livres, dont le plus fondateur fut Le temps des rues, vers un nouvel aménagement de l’espace rue, aboutissement d’une vie professionnelle dévouée à la rue. Lydia Bonamoni, janvier 1990. Un livre d’exemples expliqués. Avec les photos.

Ce que j’ai surtout appris c’est que aménager une ville, c’est d’abord de l’art. Ce n’est pas un puzzle où chaque élément doit être casé (ça serait bien qu’on fasse une rue partagée et des contre-sens à vélo et aussi une zone de rencontre). Ce n’est pas non plus une boîte à outils (et là, est-ce que une rue partagée ne résoudrait pas notre obligation ? Là on n’a qu’à faire une voie verte… montre, c’est écrit comment ? ça a l’air de coller … ), ni, pire, un catalogue (d’accord pour votre aménagement, alors c’est quel panneau ?). Non, aménager c’est dessiner, finir par trouver quelle est la cause du problème, ne surtout rien faire si tout va bien, savoir pour quoi et pour qui on aménage, en quoi ce sera mieux qu’avant même si pas parfait, tester dans tous les sens et en public, accepter de faire de subtiles modifications que personne ne verra et dont personne ne vous remerciera. Mais s’offrir le plaisir après coup de constater que la danse est plus belle … et si cela « n’existe pas » on s’en fiche ! Une rue de largeur inégale, un pignon qui dépasse, un puit qu’on ne peut pas bouger, une courbe, un ressaut … font autant partie de votre ville que votre arbre centenaire et les trois marches de votre église.

Alors formez-vous, bien sûr, et même régulièrement. Mais surtout voyagez, explorez, rencontrez les collègues sur place, prenez des notes, prenez votre temps, roulez …
Les formations c’est pour mettre des mots sur ce que vous avez vu, sur ce sur quoi vous vous êtes interrogé. C’est vous qui devez personnellement faire la découverte.
Et ensuite, tel le peintre ou l’écrivain, vous n’allez pas copier mais créer. Chaque lieu est unique, chaque histoire avance à son rythme.

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marmotte27
17 jours

A lire votre introduction, on a l’impression que la France pourrait s’inspirer des Pays-Bas pour ses centres urbains et du Danemark pour ses espaces ruraux. Ajoutons encore la Suisse pour ses parties montagneuses, et on aurait le tiercé gagnant.

Adrien
9 jours

Cet article rejoint ma propre expérience. La grosse majorité de mes connaissances sur le vélo et les aménagements cyclables, je l’ai obtenue en observant le terrain : la ville où j’habitais, ensuite les autres villes et régions plus cyclables, ensuite les autres pays… Observer les aménagements, mais aussi les usagers, et sans oublier de voir si le comportement de ces derniers est conforme à la manière dont l’aménagement a été conçu (avec d’amusantes surprises…)…

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