L’année a été difficile pour tous. Economie, erreurs politiques, querelles budgétaires, géopolitique et guerres nombreuses et rôdantes … Deux grands sujets auraient dû suffire à notre tache, la mobilité et le soutien financier à ceux qui font le boulot citoyen. Rien de va mais l’optimisme reste.
- Un état en apesanteur
- L’expertise muselée
- 2025, une année désastreuse
- Que reste-t-il ?
- Saisirons-nous notre chance ?
- L’âge d’or est terminé
- La conclusion par Audrey Azoulay
Un Etat en apesanteur
On ne peut que constater qu’il n’y a plus de Plan vélo national et que le rapport Barbe, commandé suite au décès de Paul Varry, n’a pas été ouvert.
On ne peut que s’apercevoir que la Direction de la Sécurité routière, après nous avoir assommés sous ses casques, ne parle plus que de véhicules motorisés.
On ne peut que se rendre compte que la Mission vélo a été engloutie par le ministère des transports et va se retrouver à traiter de tout … de tout ce qui n’est ni automobile ni avion ni train. De tout sauf de ce qui est gros et se croit beau. C’est toujours mieux que l’inverse mais il va falloir s’accrocher.
Souvenez-vous aussi de la réunion des influenceurs, en avril au ministère des Transports. Faute d’action gouvernementale il s’agissait d’essayer de rendre les influenceurs plus efficaces dans leur promotion du vélo. J’observais sans bien comprendre, Altis se tenait à l’écart.
L’expertise muselée
On sait que la Fub va devoir réduire sérieusement la voilure. La baisse du soutien à la vie associative fragilise des milliers d’initiatives locales utiles au quotidien, rappelle-t-elle en se joignant à la journée d’action du 11 octobre dernier. Les associations « sont des acteurs de transformation au service des territoires durables et d’une démocratie vivante. Leur reconnaissance, leur soutien et leur implication dans les processus décisionnels doivent être renforcés » dit-elle encore en parlant de coopération entre associations et territoires, constituant un investissement précieux pour l’avenir.
On a vu que que France Renov‘, l’ADEME et le CEREMA sont dans le viseur des économies à faire, et que le président de l’ADEME, ayant vu venir le coup, a passé son été à alerter et plaider, jusqu’à maintenant.
Mon rôle de Président de l’ADEME est aussi d’expliquer à chaque occasion, sans relâche, le rôle et les résultats de l’agence pour faire en sorte que l’on soit jugé sur ce que nous sommes et faisons. Plus de 600 personnes cette semaine auront patiemment écouté mes propos sur l’ADEME et la transition écologique au cours de nombreuses conférences et rencontres terrain.
Tour de France du monde économique (9eme étape) à Dijon, 180 chefs d’entreprises. Président de la Région et son équipe. Elèves ingénieurs à Paris et Saclay. Banques. Conférence de presse sur le rôle d’expertise de l’ADEME. Intervention à Produrable sur l’économie circulaire et la décarbonation. Auditions parlementaires … Il aura tout tenté.







Selon La Tribune (15 janvier 2025), c’est M. Berteaud qui aurait proposé la fusion entre le CEREMA, l’ADEME et Agence nationale de cohésion des territoires.
Ce n’est pas seulement l’expertise technique qui est en jeu, c’est également les programmes sur la Ville, les quartiers, la mobilité …
L’absence de budget permet de couper MaPrimeRénov’, mais pas de continuer les programmes de recherche déjà engagés. Pourtant, mon petit doigt me dit qu’on n’est pas sur les mêmes échelles budgétaires » commente un architecte.
Des décisions à courte vue, dit-on aussi, «décider de couper dans la recherche sur la ville, l’habitat et l’aménagement au moment même où les crises sociales, écologiques et territoriales s’aggravent est un non-sens absolu.
Le Monde titrait, le 22 décembre, Stupeur après les coupes de Matignon dans des programmes de recherche sur la ville. Le groupement d’intérêt public qui pilote l’ambitieux projet Quartiers de demain, ayant mobilisé près d’un millier de professionnels, est amputé de 70 % de son budget.
Le journal rappelle que c’est une première depuis … 1989 et le programme révolutionnaire Banlieue 89 proposé à François Mitterand par Roland Castro et Michel Cantal-Dupart. « On va faire des démonstrateurs de transition écologique, populaire et juste. Et redonner sens à la parole habitante » se félicitait M. Macron cette année… Il peut sourire.
Emmanuelle Cosse, présidente de L’Union sociale pour l’habitat, parle de décision stupide et de décisions très inquiétantes pour l’avenir.
Toute l’histoire nous est racontée le 29 décembre sur un ton picaresque par l’architecte Yann Legouis sous le titre Pas de quartier !
Les CAUE aussi sont en danger : Une réforme fiscale mal ficelée met en péril l’existence même des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement. Des structures associatives qui portent pourtant la qualité de ces disciplines au cœur des départements. Le Moniteur, 22 décembre. Tous ceux qui s’intéressent à l’art d’aménager les bourgs et villages connaissent leur expertise pour faire du beau et de l’apaisement. Lien vers leur fédération.
Une année 2025 désastreuse
Encore plus directement pour nous, ambitieux en 2023, supprimé en 2024, relancé en partie en 2025, le plan vélo vacille. Dès mars nous avions bien vu que le vélo ne figurait pas au programme de la conférence des financements pour la mobilité.
En novembre, nous avions senti un vent d’optimisme grâce à un amendement adopté dans le Projet de Loi de Finances 2026 (PLF). Il projetait une somme de 100 millions d’euros pour développer l’usage du vélo électrique et mécanique. Mais l’Assemblée Nationale a rejeté le texte le 22 novembre, qui est parti en relecture au Sénat à partir du 27 novembre.
Plan vélo 2026 : le Sénat sauve in extremis un budget de 50 millions d’euros, mais rejette deux aides ciblées vélo. Cela n’aura de résultat que si c’est encore dans la Loi de Finances.
Les deux aides rejetées par le Sénat sont le bonus vélo (aide à l’achat d’un vélo) ainsi que l’aide à l’achat de vélo-cargos professionnels, qui aurait été une nouveauté.
Le Réseau vélo&marche alertait dès janvier dernier sur ce que nous vivons : Plan vélo, le Réseau Vélo & Marche entre stupeur et colère.
Pour l’heure il s’intéresse aux prochaines élections municipales, comme la Fub et ses associations.
En mars le Fonds Vert noyait le vélo dans la saumure.
Même la réunion annuelle et internationale de la COP30, cette année à Belém, a ignoré le vélo, malgré les efforts énormes de nos amis de la COPbikeride.
Pendant ce temps on construit une autoroute et on aide l’industrie des voitures électriques. Pour l’automobile tout semble possible. Le 30 décembre l’autorisation de construire la A69 était rétablie…
Et pourtant seules la marche et le vélo nous éviteront que tout se fige
S’il en reste un …
Alors revenons à nos vélos, le projet de Loi sur les Transports (« Financer l’avenir des Mobilités ») a été présenté et pourrait se réduire à des aides pour les Réseaux métropolitains. Ce n’est pas rien si l’on arrive à maintenir les liaisons à vélo, notamment vers les gares, comme étant une partie aussi déterminante dans la mobilité du quotidien que les chemins de fer. Les associations cyclistes semblent l’avoir compris et seront présentes aux Journées de la Mobilité au quotidien fin janvier à Tours.
Il est certain aussi que les RER métropolitains seront bien présents dans les Municipales. Dans l’aire toulousaine, 75 communes, il a pour mesure-phare un « grand cadencement », par étapes, de tous les transports en commun autour du métro et du futur RER toulousain. A Rouen le dossier pour l’obtention du statut de SERM a été remis le 28 novembre au ministre des Transports. Là aussi l’ambition est « complète, intégrée et progressive ». A La Rochelle le RER est présenté comme une réponse aux enjeux du quotidien, embouteillages, accès au travail ou études, liaisons simples entre quartiers. Les investissements, eu égard de l’existant, seront d’un montant raisonnable et d’une mise en oeuvre rapide.
Quant à l’industrie du cycle et à son commerce, les années récentes ont été très mauvaises, mais, voyant que la reprise commence à se faire aux Pays-Bas, elle se reprend à espérer pour 2026. La location de vélos publics (courtes durées, sur l’espace public) elle, est florissante.
Seuls le vélo et la marche nous garantissent la liberté de nous déplacer
Passera-t-on à côté de notre chance ?
Pour le président de l’association francilienne MDB ces coupes budgétaires surviennent à un moment de remise en cause de la transition écologique, et même, par certains parlementaires, des dispositions de la loi d’orientation des mobilités favorables au vélo. C’est le même mouvement qui est à l’œuvre appuyé par l’action de lobbies bien organisés, conclut-il.
Pourtant tout le monde a vu qu’une nouvelle ère s’était ouverte. Le vélo maintenant est un vrai sujet, et a commencé à être très visible. Ce serait bête de ne pas profiter de cette popularité pour en faire une solution facile à mettre en oeuvre et répondant à de nombreux problèmes actuels. Concernant le monde associatif au sens de « citoyen », l’Etat devrait penser aux services, uniques et difficiles à monétiser, qu’il fournit et l’aider si besoin, ainsi que décrit par la Fub plus haut. Pas forcément sans contrôle, pas forcément comme un emploi, et avec l’hypothèse qu’il fasse partie du système, comme on l’a vu ces dernières années, justement pour la Fub ou le Collectif Vélo-Ile-de-France. Le payeur éventuel devra accepter un nouveau partage des taches ainsi que cela s’était passé à Brest et à Saint-Ouen1Respectivement ville du dernier président-solo de la Fub et siège de la Région d’Ile-de-France. On peut cependant penser que le bénévolat occupera à l’avenir une place plus importante que ces dernières années.
Les associations professionnelles ou d’élus perçoivent des cotisations bien plus importantes, c’est donc un autre sujet. Mais là ce sont les travaux qui sont empêchés. Les « plans vélo » départementaux ou locaux sont partiellement reportés, le plan vélo ambitieux de la Région d’Ile-de-France lui-même risque le « déraillement à cause du resserrement budgétaire », a-t-on appris le 28 décembre. Ce n’est pourtant pas la plus pauvre de France et le fonctionnement avec le Collectif Vélo Ile-de-France ressemble à ce que j’imagine pour l’avenir.
Pour l’heure ne va-t-il rester que le tourisme à vélo ? Un secteur florissant, ma foi, mais qui a besoin d’infrastructures jusque dans les coeurs de villes et ne peut vivre qu’avec des trains ! De plus, sans entretien des pistes il n’est que ruine.
Alors chacun va faire de son mieux, dans la situation qui lui aura été faite. Chacun va tout faire pour sauver l’essentiel. Pour combien de temps encore ? On ne rattrape jamais le temps perdu2Ce qui n’a pas été fait lors de ce mandat ne sera sans doute jamais fait.
L’âge d’or est terminé
Sans même parler des accessoires les plus courants de notre vie quotidienne (les brosses à dents, les couteaux ou râpes à légumes, les sous-vêtements ordinaires …) ou de nos vélos, tout cela fabriqué pour tout ou partie en Chine, on ne peut que constater que l’Etat est impuissant. La cyber-attaque des services postaux, le casse informatique à Beauvau (« le pirate informatique a eu 26 jours pour fouiller les fichiers sensibles » dit le Canard enchaîné du 24-12) n’en sont que des exemples. La dernière gigantesque fraude aux certificats d’économie d’énergie (CEE), aboutissant à l’éclairage de milliers de kilomètres de chemins ruraux (Reporterre, 29 novembre) en est encore un exemple, l’Etat est en apesanteur.
Pendant ce temps les associations de cyclistes ou d’environnement vous harcèlent pour recevoir vos dons (« Je me permets de vous écrire … un don de 100 euros vous revient à 33 euros après déduction). C’est sûr, l’âge d’or de l’argent facile est révolu. Nombreuses sont les associations qui vont devoir, très vite, décider de leur nouveau modèle financier. Elles devront sans doute revenir à leur identité première, s’interroger sur leur pertinence, et se replier sur ce qu’elles sont vraiment. Les autres disparaîtront de mort naturelle, ou dans le bec de leur concurrent. Et les associations sans salariés continueront tant qu’elles auront des adhérents, des bénévoles et parfois un local.
En conclusion …
« Les Français qui s’engagent, piliers de notre cohésion sociale », par Audrey Azoulay, présidente de La France s’engage. La Tribune, 21 décembre 2025
Dans cette tribune, l’ancienne directrice générale de l’Unesco veut mettre en avant les millions de Français et Françaises qui s’engagent dans des associations et des fondations.
Dans un monde percuté par les révolutions technologiques et le bouleversement climatique, c’est notre façon de faire société et notre confiance en l’avenir qui sont interrogées.
Qu’ils soient bénévoles, salariés, donateurs, ils sont les piliers de notre cohésion sociale et démontrent que notre pays n’est ni tout à fait déchiré ni tout à fait épuisé.
Guidés par une exigence d’efficacité et d’évaluation, nous devons accompagner avec plus de force ces innovations sociales …
Bonne année, n’hésitez pas à prendre les bonnes décisions.
Pour le bénévolat
Pour le vélo et la marche
Pour la liberté
Bonne année 2026 !
Merci à Laurent Sommé pour ses signalements






Aie aie aie !!!
Bonne Année 2026 tout de même, et à vélo !