(Mise à jour le 26 novembre vers 20h30).
La COP 30 (Conference Of Parties) à Bélem s’est terminée à l’arrache avec un jour de retard et après un incendie dans le centre de conférence. La difficulté à conclure reposait, après pourtant deux semaines de négociations, sur l’absence totale d’accord sur la sortie des énergies fossiles.
Il y a ceux dont l’économie repose sur le gaz ou le pétrole, ou ceux qui en vendent et ceux qui doivent absolument en importer. Il y a aussi les Etats-Unis, dont le président clame que le réchauffement climatique est « la plus grande arnaque » du monde et qui vient d’autoriser de nouveaux forages pétroliers dans trois lieux aquatiques situés dans le golfe du Mexique, en Califormie et dans l’Alaska.
Un autre désaccord a porté sur la protection des forêts. Or celle de l’Amazonie, la plus grande du monde sur laquelle toute la responsabilité de puit de carbone reposait, commence à ne plus en être capable.
Les cyclistes de la COP30ride ont multiplié leurs efforts. Venus de 20 pays en 5 principaux itinéraires ils ont constitué incontestablement le plus grand relai cycliste du monde. Les 5 bannières ont été vues par tous.
Ils ont multiplié les efforts pour convaincre que, selon l’ECF, si 80% des déplacements se faisaient à pied, à bicyclette ou en transports publics, on obtiendrait une baisse de au moins 50 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour rappel 75 % des déplacements urbains font moins de 5 km et 42% des livraisons en ville pourraient être faites à vélo-cargo.
Promouvoir le vélo c’est directement
mettre un terme à l’hégémonie du pétrole
sans avoir besoin de le dire en face

Seul le vélo assure souveraineté et indépendance nationale
C’est aussi renforcer notre indépendance, fait remarquer le Shift project. 72% de l’énergie utilisée en France est d’origine fossile, et très peu provient de l’Europe. Mais s’en passer est devenu difficile, et met en branle tous les mécanismes géopolitiques. Le mieux serait de ne pas avoir besoin d’en importer, donc de ne pas en avoir besoin. Le Shift insiste, quoi qu’on fasse de vertueux (énergies renouvelables, nucléaire, etc) il faudra quand même diviser nos besoins par deux. Il en va de notre souveraineté ce qui signifie désormais d’être capable de nous défendre par nous-même, comme être autonome pour notre industrie.
Il faut le faire, même si cela passe mal dans la population. Dans les ateliers citoyens organisés par la Banque des Territoires, les trottoirs, les transports publics, les livraisons, le végétal en ville et les parkings-relais sont plébiscités. Tout ce qui contraint l’automobile ou favorise le vélo est boudé. Il faut pourtant le faire, quoi qu’en pensent les très nombreux lobbyistes présents à Belem, et parmi eux le champion français Total, dont certains actes sont qualifiés de Complicité de crimes de guerre.
⏩️ A l’été 2021, des civils mozambicains avaient été séquestrés et torturés par des soldats surveillant le site gazier de TotalEnergies. Une ONG met en cause la responsabilité de la multinationale française. Le Monde, 18 novembre 2025.
Le président de la compagnie Total a été remarqué par son omni présence à la conférence de Belem, et sa compagnie proclame qu’elle accompagne ses clients vers une mobilité décarbonée grâce à des solutions multi-énergies (communiqué, 18 novembre). Les lobyistes ont d’ailleurs été extrêmement nombreux.
Le vélo grand absent des engagements et des réalités
26 pays seulement ont fait figurer le vélo dans leur contribution préalable (NDC : National Determined Contribution), et pas toujours de façon très précise. Le Lesotho et Singapour affichent un kilométrage de pistes à construire, la Colombie indique une part modale à atteindre ce qui est évidemment mieux. L’Europe « reconnaît » le rôle de certaines infrastructures comme le rail ou les mobilités actives, sans donner chiffres ou même ambitions.
L’Europe préserve ses intérêts énergétiques et industriels, conciliant « ambition climatique et préservation de la compétitivité économique française et européennes » (communiqué du ministère). Peu après on apprenait que l’Europe allait remettre à la France 75 millions d’euros pour « décarboner les infrastructures de transport » au travers de 16 projets « afin de soutenir le déploiement d’infrastructures d’approvisionnement en carburants alternatifs pour les transports routiers, maritimes, fluviaux et aériens le long du réseau transeuropéen de transport (RTE-T) ».
Il s’agit de l’alimentation électrique (et non au gazoil) des navires à quai dans les ports, de l’électrification des opérations aéroportuaires, de stations de recharge pour autos, de dépôts de bus électriques et le la filière hydrogène. C’est un signal fort pour la transition énergétique des transports, dit le ministre Tabarot en ce 18 novembre 2025.
Les citoyens ont fait preuve d’une grande efficacité
Les cyclistes parvenus à Belem par l’un ou l’autre des 4 grands trajets de la COP30ride ont réussi pacifiquement (avec de l’aide) à entrer dans les lieux alors qu’ils n’avaient pas d’accréditation. Ils en ont obtenu, y compris, pour certains, pour assister aux négociations. Ils ont multiplié les rencontres officielles avec les équipes nationales (Belgique, Luxembourg, Portugal, et les équipes de nombreux autres pays), ont été interrogés par une quinzaine de télévisions et autant de radios nationales, et une centaine de journaux classiques ou de podcasts.


ils ont inventé les Bike to work avec certains délégués dont Christine Taubira venue en voisine. Ils ont même réussi à avoir l’assurance que les lettres d’engagement des villes seraient bien remises au président de la COP, M. Corréa do Lago. 50% de ces lettres portent notamment sur des zones 30 ou piétonnes, et sur la réduction des vitesses, ce qui est une preuve de maturité appréciée par nos cyclistes. Une photo de cette remise est promise…


Origine et contenu des lettres d’engagement recueillies par la COP30Bikeride
Cette année les citoyens ont pu se manifester, contrairement à la COP21 de Paris, il y a dix ans, où nous avions été carrément refoulés (un article parmi d’autres). Les peuples locaux ont d’ailleurs abondamment manifesté, et ont forcé la porte dès le premier mardi de la conférence. Ils représentent 30% de la population mondiale, et reçoivent 1% des fonds destinés à l’adaptation aux problèmes climatiques. Comme le remarque Clément, de la COP30 ride, ce qui reste c’est « le financement » comme un fantôme qui revient de COP en COP sans que jamais on ne le trouve.
Une cop qui a négligé ce pourquoi elle était là
Avec un accord sans ambition, la COP30 sauve le multilatéralisme mais néglige l’urgence climatique conclue le journal Le Monde ce samedi matin :
« Les délégations de 194 pays, réunies à Belem (Brésil), ont validé une hausse des efforts financiers en faveur de l’adaptation mais elles ont échoué à établir une feuille de route contraignante de sortie des énergies fossiles et à rehausser significativement les efforts. »
Alors Rendez-Vous à la prochaine …
Les relations vont se poursuivre jusqu’à la prochaine COP, en novembre 2026, qui se tiendra à Antalia, une station balnéaire très nouveau riche du sud de la Turquie, où se rendent de nombreux russes. Elle sera pourtant sous la présidence de l’Australie ! C’est un compromis diplomatique qui arrange tout le monde. Le Monde (22 novembre) nous fait savoir que l’Australie est « grand producteur et exportateur de charbon et de gaz » et qu’il n’a pris aucun engagement de sortie des énergies fossiles. Nous y revoilà !
En 2027 la COP se tiendra en Ethiopie, et normalement en Inde pour 2028. Les cyclistes de tous les pays, emmenés par les Français de la Copride, y seront aussi.
⏩️ En tentant d’intégrer la sortie des énergies fossiles dans l’accord de la COP30, l’UE s’est présentée comme le « chevalier blanc de la transition », explique le chercheur Édouard Morena, qui dénonce « l’hypocrisie » de l’Europe.
Pour Édouard Morena, (…), la concentration de l’attention médiatique sur cet aspect précis est le résultat d’une stratégie de l’Union européenne : « Elle savait que ça créerait un clivage colossal, et que tout le monde ne regarderait plus que ça. » Et pendant ce temps-là, celle-ci aurait eu tout le luxe de « bloquer ou traîner des pieds sur les autres sujets de négociation ». Reporterre, 24 novembre 2025.
⏩️ Informations sur le site du ministère
▶️ Le livre Le grand sabotage climatique vous explique pourquoi ces conférences ne donnent rien. Son auteur est Fabrice Nicolino.





Bonjour Isabelle, attention à ne pas laisser penser que 80% des trajets < 5km à pied/vélo génèreraient – 50% des émissions totales de GES : il ne s’agit « que » de celles des transports, qui représentent environ 22% du total, donc une baisse de 11% « seulement »… ce qui reste énorme.
Merci pour tous vos articles.
Merci de la précision ! En fait je m’étonnais, puis ai oublié de creuser la question … Je fais un renvoi dans le texte!
Je suis même surpris par ce chiffre. J’ai en tête un graphique réalisé par Aurélien Bigo sur la France (on est bien d’accord que ce n’est pas le monde, mais bon…). Sur ce graphique, il indique par classe de distance la proportion des déplacements de cette classe dans le total du nombre de déplacements, de la distance parcourue, du temps passé à se déplacer et des émissions de GES.
Bon, les premières classes de distance sont 0-1 km et 1-10 km, donc pour faire plus simple je prends les trajets de moins de 10 km. Aurélien Bigo indique que s’ils représentent environ 70 % des trajets réalisés, il ne pèsent qu’environ 15 % des émissions de GES.
Donc, soit les chiffres annoncés excluent les émissions de l’aérien (mais en France, ça ne fait que 20 % des émissions), soit on ne parle pas de la même chose.
Je ne voit pas trop comment, même en imaginant transférer 80 % des déplacements de moins de 5 km sur le mode vélo on pourrait économiser 50 % des émissions de GES, si les déplacements de moins de 10 km tous modes confondus ne représentent que 15 à 20 % des émissions des transports.
Attention par contre à ne pas mal interpréter mes propos (ou ceux d’Aurélien Bigo), ces chiffres ne remettent absolument pas en cause l’intérêt de développer le vélo, ils viennent simplement rappeler que réduire les déplacements en général et ceux en voiture en particulier reste indispensable (c’est un peu le pendant du fait que remplacer toutes les voitures à essence par des voitures électriques n’est pas la solution).
Merci à B. Clément et à Alexandre d’avoir contesté les chiffres « si 80% des déplacements se faisaient à pied ou à bicyclette … . Je suis donc revenue à la source, et en effet je n’avais pas correctement noté pendant la conférence. J’ai enlevé ma première version et mis la bonne, et l’ai mise sur un fond de couleur!