Françoise Rossignol et Chrystelle Beurrier, les co-présidentes du Réseau vélo et marche, sont atterrées. La France est un pays centralisé. Si le message sur l’importance du vélo ne vient plus de là-haut, il va disparaître, ont-elles dit et redit ce matin lors de leur conférence de presse de nouvelle année.
Pour le Gouvernement, qui vient de faire sauter le Plan vert et avec lui les 50 millions qui surnageaient, le vélo ne relèverait pas de l’Etat mais des collectivités territoriales. Nous voilà revenues aux années 80, ai-je pensé … où on l’entendait souvent. Or, outre le message et l’élan, il faut évidemment une cohérence des réalisations et de la réglementation, il faut des liaisons inter-communales et inter-départementales, et il faut aussi un sentiment d’unité nationale, insistent la Nordiste et la Savoyarde. Et c’est bien joli d’avoir abandonné les ZFE1zones à faible émission si ce n’est pas pour faire mieux (on parlait il y a 3 ans des autres solutions dans Les véhicules intermédiaires doivent jouer un rôle important dans les zones à faibles émissions).
Elles réclament qu’on ait à nouveau un délégué interministériel à la marche et au vélo (voir La mission vélo et marche devient le bureau des mobilités actives et décarbonées), car le vélo ce n’est pas que du transport, c’est aussi de la ville, de la santé, de l’économie, de la culture, de l’insertion, de l’industrie et plus encore. Les parlementaires présents (Jacques Fernique, Catherine Hervieux, Guillaume Gouffier-Valente) n’ont pu de leur côté que certifier que sur le budget ils ne lâcheraient pas. On est loin de l’affirmation de François Bayrou selon laquelle le plan vélo se poursuivrait et « avec les moyens qui lui sont nécessaires ».

Une campagne électorale qui commence mal
Les deux co-présidentes sont affolées aussi par la tenue actuelle de la campagne des élections municipales. 80% de l’espace des medias nationaux est occupé par Paris, ont-elles remarqué, Paris et sa foire d’empoigne. Il est vrai que pour l’heure aucun des deux candidats majeurs ne parle de vélo (on attend avec impatience le débat du 6 février, organisé par Paris en Selle et Clean cities, où sont invités tous les candidats et que vous pourrez suivre en ligne).
Tout est lié. S’il n’y a ni message ni aide financière, ni programme ni même vision, la tentation d’abandonner sera forte. Et si les CEE2Certificats d’Economie d’Energie, qui financent les SRAV3Savoir Rouler A Vélo, disparaissent, cet apprentissage scolaire du vélo va passer en « fonctionnement » municipal et on laissera tomber. Si rien ne va, la « fracture territoriale » reprendra de plus belle, il y aura les modernes et les trainards, les gagnants et les perdants. La présence à la conférence de presse de ce matin de Philippe Laurent, en tant que président de l’association Cente-ville en mouvement est, de ce point de vue, très importante. On sait que nos territoires ont enfin repris en main leurs centre-villes. Le Réseau s’appuie aussi sur l’enquête menée par le Collectif Vélo Île-de-France auprès des commerçants de 4 villes de la moyenne couronne qui l’a montré, seuls 17% des clients viennent en auto, la grande majorité venant à pied.
Optimistes par devoir
Les deux co-présidentes ont tenté d’être optimistes. 660 territoires ont été soutenus par le programme AVELO de l’ADEME, nous avons 63 690 km de pistes cyclables dans le pays et 48 804 places de stationnement dans les gares, 83% du réseau de véloroutes est fait. Il y a eu 330 000 réponses au baromètre de la Fub, qualifiant 2 700 communes. Il y a même eu une centaine de candidats au dernier concours du Réseau (voir Les lauréats des Talents du vélo et de la marche 2025 viennent d’être rendus publics). Entre 2000 et 2006 le vélo a fait des bons énormes.

Finalement le mandat qui s’achève avait très bien commencé et a été tué en plein vol. Quand au suivant il va être très intéressant de voir les programmes, concluent-elles. Sur ce blog il se pourrait qu’on ne parle que de Paris …
⏩️ Après les zones à faibles émissions, le plan vélo à son tour victime de « l’écolo-bashing », deux mois avant les municipales 2026. Challenge, 27 janvier.
L’Etat pourrait, même sans argent, avoir un rôle important : Légiférer enfin sur les angles morts (et sur d’autres sans doute).
⏩️ Paris : Une cycliste meurt sous les roues d’un camion. Le Parisien, 27 janvier 2026. Il s’agit d’une question d’angle mort, et la réaction est « aménageons enfin ce carrefour que les associations n’avaient même pas repéré comme étant dangereux », alors que la vraie réponse, au moins complémentaire, est attendue depuis longtemps de l’Etat : un autocollant efficace sur les camions (« Si tu es là tu es déjà mort » par exemple) et des caméras obligatoires sur les camions.
Dans mon article j’ai oublié de signaler qu’un bel hommage nostalgique avait été rendu à Elisabeth Borne. Voici ce que j’en disais lors du pot de départ de Thierry du Crest :
▶️ Marc Papinutti, alors directeur de cabinet d’Elisabeth Borne lorsqu’elle était ministre des Transports, nous raconte qu’elle ne voyait pas bien au début en quoi il fallait s’occuper du vélo. Il a du faire preuve de toute sa diplomatie de vélotafeur pour le lui faire admettre. Quel succès ce fut, renforcé sans doute par la sympathie qui s’était nouée avec Olivier Schneider, alors président de la Fub, de l’avoir amenée à être la grande ministre du vélo qu’on a connue ! Sa page twitter n’était-elle pas claire ? Et souvenez-vous aussi de sa photo ravie à vélo sur le pont de Neuilly !





Dans les communes pas encore convaincues de l’urgence de remettre le vélo au premier plan des mobilités en ville, le vélo risque effectivement de voir sa place réduite au maximum dans nos rues.