Les cyclistes parisiens battent la campagne

Le vélo améliore la qualité de la vie de tous, ont expliqué les représentants de deux associations parisiennes de cyclistes. Pour les Municipales elles lancent une campagne ambitieuse qui pourrait faire trembler les états-majors des candidats au fauteuil de maire de Paris.

Le vélo améliore la qualité de vie de tous, et lui faire de la place c’est aussi rétablir l’équité. Aujourd’hui à Paris le mode de déplacement le moins utilisé impose sa loi, son volume et son poids, à tout le monde et à tous les autres véhicules comme aux piétons. Il pollue, encombre, prend toute la place, créé des accidents et provoque un bruit infernal. Il ne fait que 12% des déplacements, la marche à pied en fait 40%. 

Ceci est le tableau de fond de l’argumentation pro-vélo des deux associations de cyclistes parisiens, Paris en Selle et Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB). En lançant la campagne Vivez Paris, votez vélo ils dévoilent leurs solutions ainsi que le déroulé des évènements devant mener au final à l’analyse des programmes des principales têtes de liste pour les élections municipales de mars prochain. 

Que veulent-ils?

1- Un réseau vélopolitain

Le réseau vélopolitain sera calqué à dessein sur celui du métropolitain, car si le vélo décharge les rames, le réseau du métro est bien connu des Parisiens. On espère évidemment qu’il sera raccord avec le RERvélo que révélera en janvier le collectif Vélo Île-de-France, faute de quoi perdureront certaines barrières. 

Ce réseau parisien sera structurant (principal), réalisé par des pistes cyclables (séparées en dur de la chaussée), en double sens ou en simple de chaque côté de la rue (préférable pour la desserte fine), doté de panneaux indicateurs, et prioritaire grâce à des plateaux traversants notamment. Il devrait coûter 250 millions d’euros, soit l’équivalent de 7 km de tramway ou 2 km de métro. 

Je remarque qu’il n’utilisera que des chaussées existantes, négligeant le potentiel de l’ancienne voie de chemin de fer de la Petite-ceinture ou du périphérique, malgré ses fortes dénivellations (voir les nombreux travaux prospectifs menés, les derniers émanant de 4 équipes et présentés cet été, dont aucune ne maintient la circulation auto en l’état). Ce faisant les associations s’épargnent pas mal de polémiques.
Vous aurez aussi remarqué que le projet profite des aménagements déjà réalisés, par exemple les Réseaux Express Velo de chaque côté de la Seine (les anciennes voies express auto ayant plutôt été dévolues à la promenade piétonne) ou l’axe nord-sud (V4, Bd de Sébastopol, de Strasbourg…) ou est-ouest (V1, rue de Rivoli, Champs-Elysées…).

En exemple ici, la rue Royale, entre la place de la Concorde et la Madeleine. Un des pires endroits de Paris aujourd’hui. Il y aurait une piste de chaque côté, une voie dans chaque sens pour les autos, et une voie de bus « lorsque cela est possible ». Il y a même des places de livraison et de stationnement pour les autos. 

2- Un réseau secondaire et des zones 30

A ce réseau premier s’ajouterait un réseau secondaire qui pourra être fait à travers les quartiers. Les associations plaident pour qu’on revoie très sérieusement le plan des sens interdits, afin qu’il ne soit plus possible de trouver des raccourcis à travers les quartiers. C’est là que l’amélioration du climat général sera le plus perceptible. Tous les véhicules motorisés pourront entrer dans ces futurs quartiers (ou zones30), mais les sens uniques seront disposés de telle façon qu’ils ne pourront qu’en ressortir par le plus court chemin, à proximité de leur entrée. 

Plan de circulation aujourd’hui
Plan de circulation souhaité

Seuls les vélos (et trottinettes), au contraire, bénéficieront de nouveaux axes directs, à vocation locale, par petites rues dont certaines pourraient se retrouver avoir l’allure de pistes cyclables où seraient tolérés les véhicules à moteur ayant à y faire. Par nature, pourrait-on dire, s’y sentant simplement tolérés, ils adapteront leur comportement. 

Ici exemple de rue aux vélos, sur un tronçon de la rue du Château-d’eau, Paris 10, en bleu sur le plan du quartier montré plus haut. Déjà sur un axe très emprunté par les cyclistes.

C’est donc à une refonte de la conception des zones 30 que les militants appellent sous le nom de « Mon quartier n’est pas un raccourci ».

Alexis Frémeaux (MDB) rappelle que Paris est beaucoup plus polluée que toute la métropole, ce qui veut dire que les automobilistes banlieusards qui viennent polluer dans Paris le font là où la densité humaine est la plus forte.
Il rappelle aussi que Paris est la seule capitale occidentale qui accepte encore d’être traversée en son coeur par des axes routiers d’envergure régionale. 

Le souhait des associations est que l’on n’adapte plus la ville à la voiture mais que l’on adapte les moyens de se déplacer à la ville que nous souhaitons. 
Quelques exemples montrent que c’est possible. Le quartier de la Tombe-Issoire (14° arrt) n’a quasiment plus de trafic. Rue Louis-Blanc (10°) ce sont les riverains qui ont demandé que l’on coupe le trafic, et des parents qui se sont assis sur la chaussée pour empêcher les motards de passer. 

3- Des services

Les autres points demandés sont le stationnement (résidentiel, aux gares, devant les passages piétons, devant les établissements recevant du public…) et le vélo à l’école. 
Enfin ils s’alarment du fonctionnement des vélib’, lui reconnaissant un rôle de complément au vélo personnel (le soir où je n’ai pas mon vélo…) et une réponse au problème du stationnement. 
Ils insistent enfin sur le fait que les pistes doivent être disponibles en permanence, et non pas des lieux condamnés plusieurs jours par semaine pour les marchés, où les feuilles ne sont pas balayées et sur lesquelles les travaux s’installent sans se gêner. 

Les dates de la campagne

La campagne lancée par les deux associations promet d’être mouvementée, l’objectif étant que le vélo soit au coeur de la campagne électorale. Pour ce faire ils vont tenter de faire monter la pression.
Cela a commencé le dimanche 17 novembre par la parution d’un article dans le Journal du Dimanche dans lequel était annoncé que le lendemain on en saurait plus. La conférence de presse de lancement a eu lieu en effet le lendemain, 18 novembre. 

  • En décembre aura lieu une « action coup de poing », date et lieu connus la veille, qui sera une illustration grandeur nature d’une de leurs propositions.
  • Le 29 janvier les principales têtes de liste passeront un grand oral (ce sera à l’université américaine de Paris).
  • En février enfin aura lieu l’analyse des programmes, et la divulgation, le 6 février, des résultats du second baromètre des villes cyclables.

Pour explorer plus avant ces propositions : https://votez-velo.paris

D’autres demandes ailleurs en France

Pour mémoire, j’ai publié dans l’article Du nouveau dans les guides d’aménagement (un article assez fourre-tout…) la présentation des « propositions » pour les élections municipales des associations de Bordeaux, du Mans et de Paris, déjà (là c’était le MDB seul et heureusement il n’y a pas de contradictions).  A chaque fois il y avait 5 titres, cette fois-ci ce n’est pas aussi clair. Celui qui lui ressemble le plus est sans doute celui de Bordeaux.

Print Friendly, PDF & Email

1 réflexion au sujet de “Les cyclistes parisiens battent la campagne”

Laisser un commentaire