Vélo : la France dépense 10 fois moins que la Wallonie

Hans Kremers s’intéresse à nouveau aux vrais chiffres du plan vélo de France. Et là il constate que notre pays se fait sérieusement distancer par le nord. Depuis septembre la Wallonie fait beaucoup mieux que la France. 

En 2019, la France a perdu la tête

Parmi les différents bilans de l’année 2019 que l’on peut lire par ci et par là, il n’y en a aucun qui ait abordé un événement majeur malgré tout : c’est bien en 2019 que le vélo en France a perdu le Nord.

Revenons un peu en arrière pour mieux comprendre. En défendant la bonne cause des cyclistes pendant ces dernières décennies, je ne sais combien de fois j’ai dû entendre ce genre d’arguments pour justifier l’absence d’aménagements cyclables en France :

  • oui d’accord, bien sûr il y a plus de cyclistes dans les pays nordiques, mais c’est normal ce n’est pas la même culture …
  • mais dans les pays anglo-saxons c’est différent….
  • nous sommes des latins, ici ce n’est pas comme là bas ……
Baromètre ECF, 2015

Il est vrai que dans le « ECF Cycling barometer » en 2015, les « latins » n’occupent pas les premières places : France (12), Italie (17), Espagne (18), et Portugal (27).
Il reste un pays mi-latin, mi nordique, la Belgique, qui est classée sixième mais qui connaît une énorme disparité :

  • la Flandre, nordique, dont on oublie souvent qu’elle est troisième en Europe pour sa part de 15 % de cyclistes dans le trafic, derrière le Danemark (19%) et les Pays-Bas (28%) en 2014. 
  • la Wallonie, latine, qui se trouve avec une part de seulement 1% en 2017, derrière la France (3%).

454,92 par an et par habitant

Comme cela a déjà été évoqué ici, la Flandre a pris le large en 2018 quand son gouvernement a annoncé vouloir augmenter son budget pro-vélo à 300 M€ par an, soit 45 € par an et par habitant.
C’est un record absolu en Europe, et à quelques années lumière de la France avec ses 2,04 € par an et par habitant.

Heureusement pour atténuer cet écart entre la France et la Flandre il y a « le tampon wallon » grâce à son gouvernement qui dépense seulement 4,9 € par an et par habitant en 2018.

Mais depuis, malheureusement, la France se trouve encore un peu plus isolée car son seul allié au Nord a décidé, en septembre 2019, de changer le braquet de sa politique vélo.

Changement de braquet en Wallonie

Le gouvernement wallon a publié sa Déclaration de Politique Régionale (DPR) 2019-2024 : Le Gouvernement mettra en place une stratégie de développement de l’usage du vélo comme moyen de déplacement utilitaire, de façon à doubler son usage d’ici 2024 et à le multiplier par cinq d’ici 2030. »

Wallonie : Plan Mobilité et Infrastructures 2019-2024

20 € !

Parmi les actions stratégiques de cette politique cyclable, la Wallonie a inscrit l’engagement budgétaire pour le vélo à hauteur de 20 euros par habitant par an (en passant de 18 millions € en 2018 à 70 millions €). 

La Wallonie part ainsi en flèche et risque de laisser la France en queue de peloton …. Le pire est que son objectif est plus modeste, mais peut être plus réaliste, que celui de la France :

Passer de 1% à 5 % en dix ans en Wallonie
contre 3 % à 9% en cinq ans en France
 

Ceci dit, sur ce dernier objectif de 9 % de part modale du vélo en France en 2024, un premier doute s’est peut être déjà installé. En effet pendant le congrès de la FUB à Bordeaux, le 7 février dernier, c’est bien Thierry du Crest, coordinateur interministériel pour le développement de l’usage du vélo, qui a dit : si l’objectif du 9% de part modale du plan vélo n’est pas atteint en 2024 alors ce sera pour juste après. Avec le risque d’être encore un peu plus distancés alors, et pas seulement en argent ! 

Sources

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6 réflexions au sujet de “Vélo : la France dépense 10 fois moins que la Wallonie”

  1. Bon article comme toujours. Il manquerait cependant la comparaison avec les budgets par habitants des autres moyens de transports (voiture, transports en commun…)

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  2. Pour donner un ordre d’idée à la question de M. Gosselin, le compte des transports de la nation, édité chaque année par le ministère chargé des transports (celui de 2018 peut être téléchargé ici), indique que la dépense totale d’investissement de l’Etat en transport était en 2018 de 3,1 Mds d’€ soit environ 46 € par habitant.
    Déjà, on voit qu’on n’est pas bien parti, puisqu’en ajoutant toutes les dépenses d’investissements, tous modes confondus, on arrive à peine au niveau d’investissement sur les seules infrastructures cyclables de la Flandre

    Ces 3,1 Mds d’€ se répartissent comme suit :
    – 37 % pour la route (soit environ 17 € par habitant)
    – 31 % pour le rail (soit environ 14 € par habitant)
    – 9 % pour les TC (soit environ 4 € par habitant)
    – 8 % pour les voies navigables (soit environ 3,5 € par habitant)
    – 5 % pour le transport maritime (soit environ 2,3 € par habitant)
    – 10 % pour l’aérien (soit environ 4,5 € par habitant)
    – 1 % pour le reste (appelé « services communs » dans le document).

    Je pense que les investissements pour le vélo sont noyés dans les investissements routiers, les services statistiques du ministère n’ayant jamais eu à traiter ce type d’investissement…
    Enfin, la politique de transport et mobilité étant largement décentralisée, le total des dépenses d’investissement de la puissance publique s’élève à environ 16,2 Mds d’€, l’État ne représente ainsi que 19 % de la dépense. Je ne saurais pas dire par contre ce qu’il en est dans les autres pays européens.

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  3. Il n’est pas pertinent d’examiner les politiques cyclables européennes à l’échelle d’un pays. Les comparaisons réellement instructives prennent en compte une « comparabilité » multifactorielle (la densité, l’éloignement du lieu de travail, le reste des infrastructures, la congestion des routes (et les temps de trajets comparés), la topographie, etc), ce qui n’est pas le cas entre la France et la Wallonie et encore moins entre Flandre et France.
    Pour info, la Flandre a une densité de 490 habitants/km², la Wallonie 216, les Pays-Bas 416, l’Alsace 225, le Nord Pas de Calais 326.
    L’Île de France, à près de 1000 hab/km², est un cas à part plus comparable à Bruxelles (toutes proportions gardées) ou Londres. Aucune des autres régions française n’est comparable ni à la Wallonie, ni à la Flandre.

    Sans examen sérieux, on en reste à des politiques vélo politiciennes et à des stupidités comme celle du gouvernement annonçant qu’on passerait à une part modale de 9% . Ils n’ont pas la moindre idée de comment on y arrivera puisque ce chiffre n’est qu’un indicateur de pratiques influencées principalement, en France, par des actions relevant des régions et des agglomérations (contrairement à la Flandre qui est plus ou moins équivalente à une grande agglomération française ou allemande), et non pas de l’Etat.
    Donc un article mobilisateur pour les militants mais pas si utile sur le fond du problème, selon moi. L’axe journalistique d’opposition stéréotypée « nordiste/latins » ne me semble pas très productif et pour tout dire assez simpliste voire populiste.

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  4. Il faut demander / que je demande à Frederik Depoortere quel a été le budget de la Région Bruxelloise pour faire passer le nombre de cyclistes observés de 1 à 5% en 20 ans.

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    • Une autre source intéressante, le rapport de l’association Vélo & Territoire qui a demandé à ses membres de grandes données sur leur politique du vélo. Il y a notamment les dépenses par an et par habitant. Du coup, ça confirme ce que je disais dans mon premier commentaire, les collectivités locales mettent beaucoup plus que l’Etat.
      En moyenne, les Régions dépensent 0,94 € par an et par habitant, les Départements 3,75 € et les EPCI (métropoles, communautés d’agglomération et communautés de communes) 9,51 €.
      En cumulé, on est donc en moyenne, pour un habitant d’un EPCI à un peu plus de 16 € par an. Pas si loin des 20 € donc. La question est de savoir si les autres collectivités de la Flandre dépensent aussi dans les politiques vélo.

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