La Fub a-t-elle vraiment fait le meilleur baromètre du monde ? Pas sûr …

La comparaison avec ce qu’ont fait Allemagne et Pays-Bas n’est pas en faveur de la France. Elle l’emporte sur certains aspects, mais moins sur la qualité de ce qui est évalué.

La Fub est très fière, à juste titre dans une certaine mesure, de son baromètre. Pourtant l’annonce pratiquement simultanée des meilleures villes cyclables françaises par la FUB (le 6 février) et de la Véloville (Fietsstad) de 2020 par le Fietsersbond néerlandais (le 28 mars) permet de se livrer à quelques comparaisons. Après, c’est affaire d’appréciation et de décision. 

Les méthodes

D’abord il convient de rendre à l’ADFC (ésar…) ce qui est à l’ADFC allemande, dont le Fahrradklima Test1  a fortement inspiré la FUB2 et le Fietsersbond3. 

En Allemagne (2018)

L’ADFC a été le précurseur en matière d’enquêtes nationales des cyclistes4. Elle a réalisé son huitième test du bicyclimat en 2018 et elle reste la plus complète dans la présentation des résultats.

Aux Pays-Bas (2020)

L’enquête pour l’élection du Fietsstad 2020 donne la liste des 100 meilleures communes. La ville qui arrive en tête, Houten, est interdite, semble-t-il, de compétition jusqu’en 2028 étant donné qu’elle a été lauréate en 2018.
Ainsi c’est la commune de Veenendaal (62000 habitants), deuxième sur la liste du Top 100, qui est devenue LA Véloville de l’année toutes catégories confondues et la meilleure des communes moyennes.
La première des grandes communes est Enschede (159000 habitants) et la première des petites communes est Winterswijk (30000 habitants).
L’île de Schiermonnikoog a obtenu une mention particulière en tant que l’île la plus accueillante pour les cyclistes.

Que des inconnus, me diriez-vous. En effet, les poids lourds des classements internationaux que sont Utrecht, Amsterdam et Groningen ne figurent pas dans le Top 100. L’excellent site de Bicycle Dutch consacre un long article (en anglais) à l’élection de la Véloville 2020 : il formule des interrogations sur la méthode (priorité à l’opinion publique) qui éloigne même des lauréats d’il y a quelques années (N°26 Zwolle / N°44 Den Bosch / N°77 Nijmegen)5.

La participation

Communes concernées en France

Il est intéressant de comparer la participation dans les trois pays. C’est en France, avec un + 63%, que l’augmentation de la participation a été la plus forte, par rapport au + 40% en Allemagne et + 0% aux Pays-Bas. Cela s’explique par l’état plutôt affamé des Français en aménagements cyclables et celui des Néerlandais déjà bien nourris en la matière. Il est plus que probable que la participation en France augmentera encore fortement au prochain Baromètre de la FUB.

Communes concernées en Allemagne

Par contre, pour le nombre des communes renseignées, la France, handicapée par son découpage communal, est à la traîne avec seulement 2,2 % de toutes les communes, contre 6 % en Allemagne et un 100 % pour les Pays Bas.

Communes concernées aux Pays-Bas : toutes.

Le nombre de participants ne veut pas dire grand chose en soi, c’est le nombre de réponses pour un habitant qui importe. C’est grâce au dernier Baromètre que les Français (une réponse pour 363) dépassent les Néerlandais de justesse (1 pour 386) et en laissant les Allemands bien derrière (1 pour 487 habitants).

Comparaison des taux de participation

La Fub doit-elle ou peut-elle encore améliorer son Baromètre ? 

La FUB, avec ses deux éditions du Baromètre, a fait un travail considérable qui donne une impulsion incontestable à la prise en compte des besoins des cyclistes dans l’ensemble du pays. Faut-il aller encore plus loin la prochaine fois dans les questions posées et dans la cartographie ? C’est à la FUB d’en décider. 

Quelques points sont ici proposés au débat.

Les niveaux de qualité

La FUB s’est alignée sur l’ADFC en distinguant 8 niveaux de qualité, les Néerlandais se limitent à 5 niveaux.

Longueur du réseau ou qualité partout ?

Une commune lauréate en France ne peut pas forcément être comparée avec une commune lauréate aux Pays Bas étant donné que les questionnaires ne sont pas les mêmes. Les questions posées aux Néerlandais portent beaucoup plus sur le réseau cyclable et la qualité des infrastructures. Elles comprennent une attention pour les plus fragiles (les 8 et 80 ans). Par ailleurs le Fietsersbond intègre quelques données plus objectives comme l’importance des détours, la prise en compte des cyclistes dans les giratoires, le niveau de mixité sur les voies limitées à 50 km/h.

Les limites de la cartographie collaborative

La FUB se distingue de l’ADFC et du Fietserbond par sa cartographie collaborative remarquablement précise des « Points noirs » et des « Tronçons prioritaires ». Toutefois la localisation des tronçons prioritaires est en grande partie plutôt contre-productive. En effet qualifier une voie pouvant mesurer plusieurs kilomètres de prioritaire sur la base d’une seule demande, cela permet de remplir un plan mais ce n’est pas très crédible. Par ailleurs d’autres tronçons surprenants, avec une ou deux demandes, ont ce même défaut de crédibilité, comme les bretelles d’un échangeur, un petit bout d’une allée au milieu d’un cimetière, une impasse très courte, un bon aménagement cyclable en site propre, plusieurs kilomètres de rocade … La seule localisation sur la carte des tronçons identifiés par 10, voire 20 demandes aurait donné un résultat moins spectaculaire mais plus robuste. 

Notes

  1. Fahrradklimatest de l’ADFC, Allemagne
  2. Voir l’article Classements de villes pro-vélo : êtes-vous pour la forme ou pour le fond ?
  3. Fietsstad du Fietserbond, Pays-Bas
  4. Sur le bicyclimat on peut relire l’article que lui avait consacré H. Kremers en mai 2015.
  5. Veenendaal is Cycling city 2020 of the Netherlands.
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2 réflexions au sujet de “La Fub a-t-elle vraiment fait le meilleur baromètre du monde ? Pas sûr …”

  1. Je ne connais pas les 2 autres enquêtes donc mon commentaire ne concerne que le baromètre de la FUB.
    Pour moi, c’est un outil politique (au sens noble) avant d’être un outil fiable destiné à l’aménageur ou l’Autorité Organisatrice des Transports (à qui il pourrait quand même rendre des services, bien entendu).
    Il est très utile et efficace comme outil politique: collaboratif, accessible, médiatisé. Il contribue à présenter la cause du vélo sous des termes mesurables, ce qui a le grand avantage de capter l’attention des élus et de permettre de dépasser les discussions sans fin de gens ayant des opinions, pour ou contre. Il est donc excellent pour rendre compte de la * »qualité cyclable » perçue* d’une ville par les cyclistes eux-mêmes (un groupe de plus en plus électoralement significatif).
    Par contre, je doute qu’il soit, en l’état, l’outil fiable pour rendre compte de la * »qualité cyclable » objective*. Comme indiqué dans cet article, les biais statistiques sont trop nombreux.
    Je pense que le but de la FUB étant d’en faire un outil pour la cause du vélo, c’est un succès. La question de savoir s’il peut devenir plus fiable au fil du temps est intéressante mais il faudra alors y mettre des moyens autres et je ne suis pas sûr que ce soit la vocation de la FUB de faire ce travail. L’idéal serait que cette enquête soit reprise par un autre organisme, indépendant des autorités mais aussi des associations militantes, qui aurait les moyens de corriger les biais inhérents au processus choisi par la FUB.

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    • Le timing (juste avant les élections municipales) et la communication de la FUB ne laissent que peu de doute sur les intentions politiques de cette enquête. Et je me sens à l’aise avec ces intentions.
      Pour en faire un outil d’aménagement, la difficulté serait de trouver l’organisme indépendant tant des autorités que des militants pour s’en charger. Peut-être le Cerema ou un autre organisme administratif équivalent aurait les compétences. Encore faudrait-il lui en assigner la mission et les budgets nécessaires.
      Mais la FUB peut aussi monter en compétences (après tout ce n’est que la 2ème édition) et faire progresser la qualité de cette enquête pour en retirer aussi une qualité objective du réseau, ce peut être sa vocation en tant qu’association d’usagers et donc de citoyens. Elle incite déjà chaque association locale à valoriser son expertise d’usage, elle pourra les agréger au niveau national.

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